lundi, novembre 27, 2006

Drogue réflexive

Je ne vais pas le cacher, je suis en train de devenir accro à Découverte. Après le reportage sur l’épigénétique, je me suis intéressée à un reportage sur l’équipe spécialisée en cardiologie de l’Hopital Ste-Justine qui s’est rendue au Maroc dans le cadre d’un programme de partage de connaissance/compétences de la Clinique du Cœur de Casablanca.

Le reportage suivait l’aventure des médecins québécois qui prenaient part à la mission. Considéré comme un pays en voie de développement, le Maroc éprouve de la difficulté à suivre le rythme scientifique moderne et le corps médical marocain se montrait très reconnaissant de l’expertise que leur a transmise l’équipe canadienne. Compte tenu du manque de ressources et d’expertise pointue, les cas les plus lourds et les plus rares avaient été réservés aux médecins de Ste-Justine, qui ont grandement apprécié de pouvoir se pencher sur des cas aussi instructifs.

Il faut une grande ouverture d’esprit pour accepter de se prêter à un tel échange. Il faut accepter de travailler dans des conditions qui ne sont pas celles que l’on préconise habituellement, avec des moyens réduits et des contraintes prononcées. Le reportage expliquait que pour limiter la durée d’hospitalisation des patients, ces derniers ne recevaient pas de morphine, ni aucun autre anti-douleur, se contentant d’une dose de Tylenol, et ce même dans le cas d’une opération à cœur ouvert.

Outre la grande compétence et le professionnalisme de l’équipe de Ste-Justine, ce qui m’a le plus impressionné c’est la grande générosité et le dévouement de chacun des intervenants (cardiologue, chirurgien cardiaque, intensive, infirmières) qui désiraient partager leurs connaissances avec leurs homologues en plus de se soucier réellement du mieux-être des patients, qui étaient bien plus mal-en-point que ceux qu’ils ont l’habitude de voir à Montréal.

Belle humanité!

Métaphorisation Occident / Orient

Edward Said, dans son célèbre "Orientalisme" parlait de l'opposition occident / orient en utilisant la métaphore de l’homme et de la femme.

Pour les peuples de l’occident, l’orient représente l’autre. L’orientalisme c’est la représentation, de l’orient, que se sont bâtie les occidentaux, à travers leur regard de colonisateurs conquérants, pour justifier cet impérialisme.

À travers l’étude d’un large spectre d’écrits – politique, économique, littéraire, poétique, etc - traitant de l’orient, Said tire des conclusions sur les principaux traits, généralement reconnus comme caractéristiques de l’orient : faiblesse, féminité. C’est la sexualisation de l’orient. L’Orient devient femme. Le parallèle se fait rapidement avec l’occident, qui est considéré comme fort et masculin et donc à même de dominer l’orient. La métaphore peut se décliner aisément, les colonisateurs pénètrent en territoire à conquérir, s’emparent des ressources (le viol des terres) et imposent leur volonté par la force.

Malgré cette position de faiblesse induite, il est important de mentionner que les femmes/orient pouvaient aussi être perçues comme mythiques, tentatrices et dangereuses, et c’est ce raisonnement qui justifiait leur domination par l’homme/occident.

Cette opposition homme/femme, occident/orient ne peut naître que d’une perception de base reposant sur l’égalité. L’occidental domine l’oriental pour ne pas se faire dominer par ce dernier dans un jeu où aucun des opposants n’est théoriquement favorisé.

Certaines autres régions du monde, comme l’Afrique, n’ont même pas leur place dans cette dynamique métaphorique sexuée. Les Africains sont perçus comme les « enfants » des occidentaux. Loin d’être de potentiels partenaires « égaux » qu’il est à notre avantage de dominer, les Africains ainsi que les peuples de l’Océanie, ne représentent aucun danger et, plutôt que de tenter de les dominer, les occidentaux préfèrent les materner.


Les métaphores ne sont jamais choisies aléatoirement et leur acuité réside dans leur capacité à rendre compte avec justesse, d’une réalité autrement difficile à synthétiser.

lundi, octobre 09, 2006

Peuples sans histoire

Je me considère à la base comme déjà trop lucide et sous cet angle, je dois admettre que mes séminaires d'anthropologie ne font rien pour aider... Depuis le début de la session dans le cours de Pr. Lanoue, on parle d'états nations et de l'émergence d'histoires nationales qui ne sont rien d'autres qu'un mécanisme de contrôle.

Pourquoi l'histoire est-elle si importante? Pr. Lanoue posait la question et tout le monde semblait se rabattre sur son sens commun pour préciser que l'histoire avait fait de nous ce que nous sommes aujourd'hui, qu'elle était à la base de notre identité...et bla bla bla. Mais dans le fond, l'histoire de ma nation n'a absolument aucun impact sur mon quotidien.

L'histoire n'a aucun rôle apparent. Mais voilà que les gouvernements de par le monde investissent considérablement dans l'éducation pour que tous leurs citoyens de demain "maîtrisent" l'histoire nationale - et quelques fois internationale (mais là c'est beaucoup en demander : )...pourquoi?

L'histoire lie entre eux, des individus qui n'ont pas nécessairement autre chose en commun. En proposant un modèle "absolument" rationnel de l'histoire de la nation, l'état se saisit du contrôle du temps et justifie le statut quo... le fait que les choses sont aujourd'hui telles qu'elles sont.

Une histoire nationale, pour invalider les mémoires individuelles.

L'histoire est aussi basée sur l'oubli. Et même lorsque des faits historiques sont réfutés ou demystifiés (comme ce cher Dollar qui aurait bravement prévenu de l'arrivée des Iroquois, alors que la version originale voudrait qu'il ait tiré par mégarde et sans vraie motivation dans un baril de poudre à cause d'un état d'ivresse avancé), on continue de les considérer comme réels. Les autochtones s'insurgent contre notre version de la découverte de l'Amérique, avançant qu'ils y étaient bien avant nous...on leur ajouter deux, trois pages dans nos manuels d'histoire et basta...prochain appel?

Les questions et les tentatives de réponses qui émergent de ces séminaires ont un effet des plus bouleversants sur ma vision du monde. Tellement de choses que l'on prend pour acquis sont "debunkés", tellement de certitudes rassurantes s'écroulent et tant de justifications apaisantes foutent le camp, c'est déstabilisant, surtout lorsqu'en parallèle, la vie continue à suivre son cours normal.

Peut-on savoir et continuer à vivre comme si on ne savait pas?

À quand une photo par satellite de notre patrimoine génétique?

Je dis souvent à la blague que si je n'avais pas poursuivi mes études en anthropologie, je serais sans doute devenue épidémiologiste. Fascination pour les virus, les mutations, la propagation. D'un autre côté, je travaille en pub...champ métaphoriquement rapproché.

Quoi qu'il en soit c'est mon petit scientifo-freak qui s'est délecté de la dernière émission de Découverte sur l'épigénétique. Il y était question de l'influence de l'environnement sur les phénomènes épigénétiques - qui sont des genres d'interrupteurs - qui activent ou inhibent certains gènes dans le cas de maladies génétiques et qui sont parfois observables sur plusieurs générations de descendants.

Ils donnaient l'exemple d'une corrélation entre les épisodes de famines ayant touché les grands-parents et les décès liés au diabète des petits-enfants ou encore la corrélation entre la taille plus petite de l'enfant à naître d'une mère qui aurait subi la famine durant sa puberté, et qui aurait donc un canal obstétrique plus étroit. Un peu comme si la mère parvenait à transmettre de l'information à son foetus pour favoriser sa survie.

Des chercheurs américains ont exposé des souris enceintes à des pesticides et des fongicides pour constater une fréquence beaucoup plus élevée que chez le groupe témoin, de tumeurs et autres affectations, qu'elles ont toutes transmis (activation des interrupteurs) à plus de 85% à leurs descendants, qui les ont ensuite transmis à plus de 85% à leurs propres descendants, faisant de l'exposition de leur "arrière-grand-mère"à ces toxines, un facteur déterminant de la santé de plusieurs générations à venir.

Un des chercheurs a conclu magnifiquement le reportage en faisant allusion à ces premières photos de la planète terre à avoir été rendues publiques. De voir cette "petite" planète toute colorée et si fragile sur un fond d'une si infinie immensité, a grandement contribué à la conscientisation environnementale et les gens se sont non seulement mis à se considérer comme citoyens de la terre, mais ils ont entrepris des actions concrètes pour protéger les ressources des populations futures.

Peut-être qu'une fois que les gens verront l'impact des phénomènes épigénétiques, ils en arriveront à se considérer davantage comme les gardiens de leur génome pour les générations à venir...

jeudi, octobre 05, 2006

Se souvenir c'est bien, mais à deux c'est mieux!

Je me demandais pourquoi l'être humain a besoin d'évoquer des "insides". De préciser, par le biais de souvenirs partagés, des liens qui résistent au passage du temps.

Je suis tombée dernièrement sur 8 CD que j'avais gravés avant de partir en Grèce et de les ré-écouter m'a plongé dans un mood plutôt nostalgique. Je ré-entendais des pièces que je n'avais pas entendues depuis des lustres. Certaines d'entre elles étaient associées à des moments précis de ma vie, des tournois de volley, des poèmes analysés en classe, des voyages, des sorties et je me suis mise à radoter les petits bouts d'histoire de chacune à mon frère qui en avait absolument rien à faire...

J'avais un prof de littérature à McGill qui avait résumé l'existence humaine à sa plus simple expression: "tout ce que fait l'être humain a pour but de l'éloigner de la mort, de la nier, de la repousser..." Et une des façons les plus efficaces de résister au temps qui file - quoi qu'on y fasse - c'est de se replonger dans le passé.

Est-ce que le fait d'avoir un passé partagé est garant d'un meilleur futur?

Pourquoi collectionne-t-on les reliques d'époques révolues? Sont-elles autant de petits cailloux blancs que nous laissons derrière nous pour retrouver le chemin si on se perd en route?

mardi, septembre 26, 2006

Élaboration perpétuelle

"Il y a longtemps que l'homme a cessé de se borner à vivre et qu'il s'est mis à penser à la vie. Il a élaboré, à partir de tous les phénomènes qui contribuent à la vie, une idée de la vie."

Hocart

lundi, septembre 18, 2006

Perspective anthropologique du bonheur


Je parlais avec un copain qui me racontait la solennité ressentie lors de la visite archéologique d’une grotte. « On pouvait voir l’endroit où ils faisaient leur feu et j’ai ressenti à quel point, la famille qui y avait vécu avait été heureuse. » J’ai tout de suite trouvé drôle qu’on prête de tels sentiments intangibles à des êtres vivants pour lesquels la survie quotidienne était la priorité primordiale. La notion même du bonheur est inétudiable. Il faudrait d’abord convenir d’une définition pour laquelle je suis certaine, il serait loin d’avoir un consensus. Et ensuite tenter de trouver des artéfacts, matériels ou oralement transmis, appuyant la thèse de l’existence d’un bonheur quelconque. Ce loin d’être une mince affaire.

Ce même ami me disait que nos ancêtres, avec leurs besoins et leurs désirs limités au strict minimum ne pouvaient qu’avoir été plus heureux que nous. Quand rester en vie est l’ultime défi journalier, le bonheur doit effectivement prendre des formes que l’on considérerait aujourd’hui anodines.

Si on pousse plus loin ce raisonnement et qu’on s’imagine, sous la loupe des anthropologues du futur, disséqués exactement comme le sont aujourd’hui nos propres ascendants, on peut juste se demander s’ils en concluront comme l’a fait mon ami, que les humains du 21e siècle avaient sans doute été très heureux.

Qu’est-ce que le bonheur aujourd’hui? Que sera le bonheur demain?

Est-ce que le bonheur peut vraiment laisser des traces?

dimanche, septembre 17, 2006

Réconcilier l’irréconciliable

On essaie tant de bien que de mal d’être des individus congruents. On se fixe des objectifs, on vit selon des principes directeurs, on fait des sacrifices et on tente, du mieux que l’on peut, de devenir ce que l’on sait pouvoir être. Ce qui est loin d’être chose aisée. Entre ce que l’on voudrait être, ce qu’on est réellement pour soi-même, ce qu’on est pour les autres et ce qu’on pourra devenir, il y a mille et une bonnes raisons de se perdre en route.

Et puis il y a de quoi devenir complètement dingue.

Je n’ai pas l’impression que l’être humain est fait pour exécuter linéairement le programme de son existence mais plutôt pour rebondir, dériver, s’entrechoquer, se compromettre, se perdre, se retrouver et se réinventer…mais on se le permet rarement.

On devrait se permettre d’être par moments, complètement contradictoire. Lire tour à tour Le Devoir et le People. Déjeuner aux Fruits Loops et souper d’Osso Bucco. S’amuser autant dans un bar crado que dans un 5 à 7 branché. Écouter des films de répertoire mais Occupation Double. Enchaîner backpacking en Europe et tout inclus dans le sud. Acheter du café bio mais des vêtements fait en Chine. Être tout blanc ou tout noir en fonction de l’impulsion du moment.

J’ai l’impression de vivre dans un monde de purs et durs, où la rigidité des idéaux existentiels empêche toute spontanéité. La plupart des individus préférant renoncer à des parts entières d’eux-mêmes plutôt que de dévier de la « voie sacrée ». Si certains « guidelines » permettent de traverser le quotidien sans avoir à se poser trop de questions, il faut seulement faire attention de ne pas devenir obtus.

Détester méthodiquement certaines choses par principe. Refuser catégoriquement d’en envisager d’autres par dégoût. S’éructer disproportionnellement contre des trucs inoffensifs. Et lever le nez sur d’autres par convictions que sa position est tellement supérieure sont des attitudes qui nous mèneront directement à l’aile # 10.

J’ai toujours considéré l’ouverture d’esprit comme la plus importante des qualités, parce qu’elle en permet naturellement une foule d’autres.

Donc, la prochaine fois que vous vous trouverez au cœur d’une discussion qui semble à prime abord exaspérante, prenez une grande respiration, mettez votre cerveau en mode « ouverture » et tentez de voir les choses autrement.

Rafraîchissement garanti.

mardi, septembre 12, 2006

Et j'ai pensé à l'Halloween

Quelques fois, on n'est à ce point obnibulé par certains aspects de nos vies, que l'on perd le contact avec le temps qui passe autour de nous. On a beau s'habiller chaque matin en fonction de la température fluctuante, reprendre le cours d'activités saisonnières, célébrer des dates charnières, le temps est comme arrêté et tout notre être est en suspens.

Et puis un déclic se produit et on se rend compte que les feuilles changent graduellement de couleur. L'air s'est refroidi - même si le matin-même on en avait pas encore conscience - et on se met à penser aux tricots de laine et à l'Halloween, même si on n'a plus du tout l'âge du trick or threat.

Je trouve particulièrement merveilleuse cette capacité humaine à se soustraire temporairement à l'espace temps... pour vivre, le temps d'un instant, dans une bulle d'intangible.

Et puis un jour de septembre, sur le coup de 13:00 on reprend brusquement pied dans la réalité et l'automne s'installe spontanément.

On rentre chez soi en frisonnant.

vendredi, septembre 08, 2006

Immersion artistique

Je viens de passer 24 heures d'immersion artistique, entrecoupée bien sûre, de la réalité de tous les jours qui n'arrive jamais vraiment à éclipser la magie des instants passés à côtoyer des artistes. Outre la fraîcheur, l’innocence et la profondeur qu’on leur reconnaît toujours, ce à quoi je goûte tout particulièrement, c’est l’intensité, le non-compromis, l’ardeur, l’à l’enverstisme de leur vision du monde qui me fait un bien fou et m’encourage à entretenir la petite part artistique de moi-même qui est bien trop souvent étouffée par les conventions du monde mercantile et bassement aliénant dans lequel je vis chaque jour.

On dit souvent que le monde ne semble pas fait pour eux, le quotidien, pas taillé à leur mesure sans jamais avancer l’hypothèse que le monde n’est peut-être pas taillé à la mesure de qui que ce soit et que les artistes sont peut-être les seuls à assumer ouvertement cette aberration, ce non-sens.

Qu’ils soient peintre, sculpteur, comédien ou tout simplement tourmenté, les côtoyer me fait un bien fou et j’encourage fortement toute personne désireuse d’améliorer son sort, de prendre le temps, pour une soirée, d’ouvrir une, deux, trois bonnes bouteilles pour mieux se laisser porter par les discussions créatives et toujours éclairantes des artistes d’aujourd’hui.

mercredi, septembre 06, 2006

Galanterie masculine (bis) et aspirations romanesques

Je me rends compte à quel point j’apprécie les petits gestes de galanterie qui parsèment mon quotidien ou qui me sont rapportés informellement par mon entourage. J’ai un petit sourire en coin, chaque fois qu’on me tient une porte en m’invitant d’un subtil mouvement de la tête, à passer la première. J’aime qu’on me cède la meilleure place au théâtre ou au cinéma et surtout qu’on insiste gentiment mais fermement si je refuse. J’aime qu’une main se pose délicatement sur moi pour me prévenir ou me maintenir à distance d’un « danger . J’aime qu’on me porte mes sacs de courses ou qu’on s’assure que j’ai toujours entre les mains, la consommation dont j’ai besoin dans les « social gathering ». Je trouve adorable qu’on prenne le temps de me conseiller un met ou un livre en bonne connaissance de cause de mes goûts, parce qu’on est sûre que ça me plaira. J’adore recevoir des fleurs et je trouve franchement que les filles de nos jours n’en reçoivent pas assez. Bon c’est sûre que ça fane et que c’est plutôt futile mais le geste, qui sous-tend la matérialisation du bouquet, est ce qui le rend si ensoleillant.

Une copine me racontait l’autre fois que son amoureux s’était levé à 5 :00 du matin pour aller régler un dégât d’eau à son appart à elle et qu’il avait pris la peine, sur le chemin du retour, de ramasser des croissants, du café et le journal pour lui faire la surprise à son retour. Elle me dit : « ça y est dis moi que je dois le marier… ». Ce même amoureux a aussi fait des pieds et des mains, lors d’un voyage d’affaires, pour dénicher sa pointure (sœur ressource ultime à l’autre bout du fil) pour mieux lui ramener de superbes talons hauts de designer minutieusement choisis. Une autre fois c’était un parfum unique d’une boutique new-yorkaise.

Tout ça pour dire que, mis à part ce superbe exemple de douces petites pensées récurrentes, j’ai véritablement l’impression que le romantique se perd. La plupart des gens ne font pas d’efforts pour donner à leur existence et à leurs relations la petite touche de magie grisante et nécessaire pour faire sentir l’autre exceptionnel. J’aurais bien envie d’entendre ou de lire des histoires qui me donneraient furieusement tort, parce que j’ai besoin de croire que la vie peut être plus grandiose que cela…

mardi, septembre 05, 2006

Plaidoyer des joies d’être parents?

Étant la benjamine de l’équipe au bureau, je suis souvent témoin silencieux – par manque d’expérience pertinente - de discussions omniprésentes sur les enfants. Je lance souvent à la blague que la plupart de leurs commentaires et anecdotes ne sont pas « très vendeur ». Quand il n’est pas question de nuits de sommeil atrophiées, de réveil aux aurores ou d’activités évoluant strictement autour de la routine du petit, c’est le prix faramineux des garderies, le casse-tête de la gestion quotidienne, la douleur physique de la grossesse et de l’accouchement ou encore les listes d’attente pour les garderies, sur lesquelles vaut mieux inscrire l’enfant à naître alors qu’il est encore au stade de fœtus…

Y aurait-il quelqu’un pour faire un pitch de vente un peu plus positif?

Bon peut-être que toutes les grandes joies de la maternité et de la paternité résident dans les petits détails qui parsèment l’intimité quotidienne des familles et que c’est plutôt par désir de garder pour soi, ces petites bulles de bonheur que la plupart des gens partagent plutôt les aspects cauchemardesques avec leurs collègues de travail.

Quoiqu’il en soit, étant à la base plutôt bien disposée à l’idée d’avoir un jour des enfants moi-même, je ne me suis jamais autant remis en question que dernièrement. Je n’entends que des trucs négatifs, quand ce n’est pas totalement déprimant ce qui me fait repousser sans cesse l’âge auquel je crois que je serais prête à envisager de peut-être avoir un bébé.

Ouf, c’est pas demain la veille!

mercredi, août 30, 2006

Question d'inclinaison de l'axe de rotation

Il y a de ces matins où l'on se réveille plus tôt que prévu - même si on s'est couché très tard et qu'on devrait être claqué - et on n'arrive pas à se réendormir tant on se sent vivant, plein d'énergie et limite euphorique. On se lève alors, marchant sur la pointe des pieds dans la maison endormie. On regarde le soleil qui éclabousse paisiblement certains recoins inusités et on a une irrésistible envie de sourire. On se fait tranquillement à déjeuner, goûtant le paix simple de l'instant, le bruit des couverts qui s'entrechoquent, la fraîcheur de l'air de la fin août qui coule silencieusement des fenêtres entrouvertes. On respire profondément et on sourit encore.

Je marchais pour me rendre au bureau et je ne pouvais m'empêcher de sourire. La lumière était si belle, à travers les feuillages encore bien verts des arbres qui n'ont pas encore capitulé devant l'automne. Le soleil était radieux. L'air "crisp". Tout ça me donnait une folle envie de faire des tours sur moi-même, pour le simple plaisir de goûter l'instant.

J'essayais de comprendre pourquoi je me sentais ainsi et j'en ai conclu que c'était une question d'inclinaison de l'axe de rotation de la terre ;o)

lundi, août 21, 2006

Petit con, petite conne


Mon frère et moi, on se surnomme affectueusement « petit con » et « petite conne ». Outre le fait de choquer les gens à l’aéroport quand il m’interpelle spontanément d’un « petite conne » raisonnant, on a pris goût à s’apostropher de la sorte pour des raisons multiples et décousues. Un peu à cause de la chanson éponyme de Renaud, un peu par admiration pour le personnage d’Andrea, du bref roman Hell, qui se considère comme un petit con assumé, lucide et déterminé à vivre sa vie envers et contre toutes les règles et contraintes qui régissent l’existence. Et puis on a un raisonnement un peu bidon qui nous incite à penser que si « petit con » est péjoratif pour tout le monde, il sera mélioratif entre nous. En m’appelant « petite conne », il entame un dialogue d’initié avec un code de départ, un primer qui délimite les initiés des non-initiés.

Je me dis qu’il y a de nombreuses occasions dans la vie où l’on fait appel à des surnoms pour des raisons plus ou moins semblables. On s’appelle mon chéri, mon cœur, mon poulet pour créer une bulle d’intimité, qui exclut les autres. Mon cousin de 6 ans surnomme son ami « son pot » pour mieux exprimer leurs liens d’amitié privilégiés. Il est intéressant de remarquer que la plupart de ses surnoms sont généralement précédés d’un pronom possessif : « mon amour », « ma colombe », « mon petit homme ». L’amour est attachement, physique et littéraire.

La chanson « Les mots d’amour » de Bénabar a ça de rafraîchissant qu’elle dénonce les formules toutes faites :

« Miauler " Je t'aime " tout le monde peut l' faire, c'est comme Amen C'est pas très dur. Pour dire " bonne nuit " chaque soir, là, faut vraiment y croire”

Comme quoi, il vaut parfois mieux être une “petite conne”.

mardi, août 15, 2006

Matière à réflexion 1984esque

Il m'arrive souvent de m'arrêter sur des passages ou des formulations qui m'interpellent particulièrement au fil de mes diverses lectures. En entamant ma lecture de 1984 de Georges Orwell, je me suis sentie particulièrement apostrophée par :

"Les conséquences d’un acte sont incluses dans l’acte lui-même."

Mais dans quelle mesure le sont-elle? En a-t-on conscience avant même de poser le geste? Si oui, le motivent-elles? Si non, prennent-elles la forme de vagues impressions qui se confirment avec le temps? Est-ce dire qu’à partir du moment où l’on commet un acte, le domino de ses répercussions est déjà immuablement en progression?

Est-ce que les conséquences peuvent avoir préséance sur l’acte, réduisant ce dernier à une simple formalité permettant la mise en marche d’un schème plus grand?

Une chose est certaine, tant que nous disposons de la liberté de poser un geste, qu’il soit l’objectif en lui-même ou l’outil de plus larges dessins, on résiste à l’aliénation.

mardi, août 08, 2006

Priorités d’autodéfinition

Vous êtes-vous déjà demandé ce qui vous définit? Par quels traits, votre personnalité vous permet-elle de vous démarquer de ce qui vous entoure? Quels sont les rôles cruciaux qui font de vous ce que vous êtes?

La plupart des réponses à ces questions vont à ce point de soi qu’on parvient difficilement à en faire consciemment la liste. Moi, je suis fondamentalement étudiante, exemplaire dans mon rôle d’aînée, responsable en tant que grande sœur, professionnellement fiable, compréhensive envers mes amis, disponible pour ma famille. Ce sont ces images de moi que me renvoie mon entourage et comme tout le monde, j’ai fini par les intérioriser comme étant mes caractéristiques fondamentales. Pourtant j’ai l’impression de me retrouver davantage dans mes nuances que dans mes lignes directrices, comme si les subtilités, en étant la part des choses le moins susceptible d’être influencée par les autres, étaient ce qui me représentait le mieux à mes yeux.

Entre le moi idéal et le moi réel, on doit lutter chaque jour pour demeurer congruent, réconcilier la réalité avec nos aspirations, réinterpréter nos désirs pour ne pas avoir l’impression que la grande majorité sont plus souvent qu’autrement brimés.

lundi, août 07, 2006

Hyperactivité invisible

Je ne sais pas trop ce qui est pire, cette perpétuelle impression que tout mon être fonctionne à 200 à l’heure ou ce sentiment intenable d’attendre quelque chose qui tarde à venir. La nuit, je roule dans mon lit, incapable de trouver le sommeil, assaillie par les ombres d’angoisses difficiles à cerner. Durant le jour, j’abats le travail sans que jamais ne s’ensuive de gratification réparatrice.

J’ai comme cette impression de purgatoire, de période transitoire. Suspendue dans l’espace temps, j’ai l’impression qu’aucun de mes gestes ne parvient à me sortir de cette léthargie énergétivore et syncopée.

vendredi, juillet 07, 2006

Une langue pour chaque chose

Je me suis rendue compte que j'avais la drôle d'habitude de m'inventer des bouts de phrases en anglais quand je me projetais en train de dire quelque chose de plus "daring". Un peu comme si ma langue seconde me permettait d'être en quelque sorte une autre personne. Tout ce que je n'aurais pas l'audace de dire en français me pop dans la tête en anglais. Pourquoi?

jeudi, juin 29, 2006

Morosité florale


J'ai cueilli des fleurs avant de partir de la maison ce matin, question d'assembler un beau bouquet pour agrémenter la cuisine du bureau. Le temps du trajet et d'un arrêt pour ok de presse, mes belles sauvages étaient à l'artique de la mort, molles, fannées et à la veille de rendre leur dernier souffle.

Retrospectivement, j'ai trouvé mes actions bien futiles. Pourquoi arracher les fleurs à leur milieu naturel pour les faire faire les belles pour un instant seulement, sur une table dans un bureau...

Y a des fois où je me trouve barbare!

mardi, juin 27, 2006

Twilight zone aéroportuaire et réflexions sur le caractère mélioratif de notre évolution

Je suis revenue hier soir d'un voyage d'affaire éclair à Boston. Je n'ai même pas été partie 48 heures mais j'ai eu l'impression étrange d'avoir été partie deux semaines. Ça m'a fait me demander si les aéroports n'avaient pas se drôle d'effet de fausser notre percetion temporelle. L'attente inévitable, les protocoles d'enregistrement, de douanes, de débarquement et d'embarquement sont autant de composantes contribuant à nous faire perdre la notion du temps. À l'extérieur de nos repères habituels, on se retrouve dans un espèce de twilight zone plutôt flou. Et si l'on rajoute à cela, les changements de fuseaux horaires, le décalage et la perpétuelle reconversion (pas de le cas de Boston mais vous saisissez le principe)"y est quelle heure chez nous?" on en vient rapidement à être complètement perdu.

Ce qui m'a ensuite amené à réfléchir sur ce temps si précieux pour nous occidentaux. Nos existences sont à ce point règlées au quart de tour qu'on arrive difficilement à penser qu'il n'en est pas ainsi depuis le début des temps. Il y avait une époque où l'on dormait quand l'envie nous prenait, où l'on chassait quand on avait faim, cueillant aussi des baies et ça et là si notre fringale était plus superficielle et où l'on passait la plus grande partie de son temps à se divertir, créer, innover.

Notre espèce est issue de cette espèce qui, bien que considérée comme moins efficace et moins "évoluée", disposait de plus de temps de loisir que ce dont nous pouvons rêver. On n'arrête pas de développer de nouveaux outils pour devenir plus efficaces et réduire ainsi notre charge de travail, mais en bout de ligne on fait tout le contraire. On utilise ces technologies pour en faire plus en moins de temps, devenant un peu plus chaque jour ces bourreaux de travail que personne parmi nous ne souhaite réellement devenir.

Mais en bout de ligne, ça continue comme c'est parti, parce qu'on ne fait jamais rien pour qu'il en soit autrement.

vendredi, juin 23, 2006

Ondée urbaine



Sans vouloir tomber dans les clichés. Se faire surprendre par la pluie, un orage démentiel qui plus est, et décider de continuer à marcher en sachant très bien qu'on va être totalement trempé. Sentir ses vêtements coller à sa peau, ses cheveux se plaquer contre son crâne et s'en ficher éperdument. Rire parce qu'on perçoit l'incontestable magie du moment.

Il y a de ces petits moments qui donne tellement raison à Arhtur H de chanter "Pourquoi la vie est si belle?".

jeudi, juin 22, 2006

(parenthèse)

Le Petit Robert définit la parenthèse comme une « insertion dans le cadre d’une phrase, d’un élément, qui a la différence de l’incise, interrompt la construction syntaxique.» ou encore comme une « phrase ou épisode accessoire d’un discours, une digression. ».

Je me suis demandé comment un signe typographique avait pu donner naissance à toute une « méta sémantique » de la digression. On parle d’ouvrir une parenthèse qui se refermera assurément dans le cas d’une amourette de passage. On qualifie de parenthèse, nos quelques écarts qui nous ont tenu à distance du droit chemin que l’on s’est tracé. On parle donc de parenthèses courtes et de parenthèse longues, de parenthèses qui commencent où d’autres finissent, les parenthèses que l’on ouvre avec l’intention de les refermer, d’autres qui restent ouvertes sans que l’on sache trop pourquoi.

Mais la vraie question réside dans le pourquoi de notre besoin d’interrompre la construction syntaxique…

Quitter le nid

Alors que ma soeur, mon frère et moi nous apprêtons tous à partir en appartement, j’ai assisté ce week-end avec ma mère, à la première et définitive envolée d'oisillons matures.

En voyant les petites bêtes, pas encore remplumées et chancelant sur leurs petites pattes, tenter maladroitement de prendre leur envol définitive – parce que chez les oiseaux, quand on quitte le nid, on n’y revient plus jamais- ma mère et moi avons eu la même pensée : « Quitter le nid prend une toute autre dimension dans le monde animal! »

En espérant que celui qui s’est coincé la patte dans une de nos chaises de lecture, pour ensuite se débattre comme un forcené s’infligeant de sanglantes blessures et réduisant considérablement ses chances de survie, ne soit pas un présage de ce qui nous attend :o)

lundi, juin 19, 2006

Ces hommes en costards flash

L’un en bleu royal, l’autre en mauve et monsieur H vêtu d’un chatoyant pantalon style brocart et de la veste assortie – et ce malgré la chaleur moite de cette dernière soirée des Francopholies - ont vraiment donné tout un show. Outre la superbe poésie de ses textes c’est le charisme artistique de ses musiciens, qui y sont allés de solos inspirés à la contrebasse et à la guitare électrique à plusieurs moments du spectacle, qui m’a charmé. Arthur h est aussi un merveilleux spécimen sur scène à la fois viril et sensible (pour reprendre l’expression d’Isabelle), très énergique et langoureux. Sa complicité avec ses musiciens, notamment le bassiste/contrebassiste Jérôme pour la pièce « Est-ce que tu aimes? », est indéniable et très rassembleuse. Après moult rappels et des duo avec Lhassa et Ariane Moffatt, il a conclu la soirée avec « Confessions nocturnes » ma pièce préférée, celle-là même qui m’a mis en tête l’idée de me trouver une robe rouge...

jeudi, juin 15, 2006

Des souris et des hommes

Un ami m’avait suggéré de lire « Qui a piqué mon fromage? » une petite fable humaniste sur l’adaptation au changement. Bien que ce ne soit pas les pistes de réflexion qui manquent dans ce récit, un des aspect de l’histoire m’a particulièrement interpellé puisqu’il traitait de notre capacité (même s’il conviendrait plutôt de parler d’incapacité) à se représenter le futur, autrement qu’en tant que continuité du présent.

Il est difficile d’imaginer un demain, complètement différent d’hier. Même lorsque certains désirs et certaines envies nous animent, il est très rare que nous nous donnions la latitude d’explorer, même en esprit, les possibilités qui découleraient du simple fait d’accepter d’y donner libre cours.

Sommes-nous à ce point superstitieux au point de penser qu’une simple représentation mentale de choses que l’on souhaite, risque d’amenuiser les chances qu’elles auraient de se produire réellement? Ou croyons-nous plutôt qu’à partir de moment où l’on laisse ses désirs prendre mentalement forme, le risque s’accroît de ne plus parvenir à les refouler? Nous entraînant par la suite dans une quête déchirante et irréversible, de faire de demain, autre chose que la suite logique d’hier…

mercredi, juin 14, 2006

Maturité et conformisme

Les dessins d’enfants ont, durant les premières années, un caractère naïf et spontané des plus charmant. Les objets les plus farfelus surgissent de leur imagination et prennent forme sur papier selon d’impulsifs arrangements de couleurs et de formes qui se combinent en un vibrant équilibre.

Puis arrive l’âge scolaire et les sessions de bricolage et de dessin bien structurées. Les petites filles se mettent alors à dessiner la traditionnelle maison, avec les fleurs. Tout le monde dessine sa famille et on fait réaliser à chaque enfant, des lapins à Pâques, des Pères Noël dans le temps des fêtes et des citrouilles à l’Halloween. De la pluralité de visions perceptibles à la maternelle, il ne leur reste qu’une créativité formatée à la fin du primaire.

Vous est-il déjà arrivé de vous asseoir pour dessiner avec des enfants et d’avoir absolument aucune idée de ce que vous pourriez bien dessiner? Invariablement, je dessine des fleurs ou j’obtempère à la demande d’un des enfants qui veulent des animaux. J’ai grandi et ma créativité s’est conformée, limitée à ce qu’on m’avait appris. Muselée en si bas âge, ma créativité « instinctive » s’est ratatinée avec le temps – pour la sphère du dessin du moins.

Si ça s’applique pour le dessin, ça s’applique sans doute à plus large échelle et je me disais que, sans tomber dans les compétences transversales, il y avait sans doute moyen de valoriser différentes aptitudes chez les enfants…plutôt que de les formater en de méthodiques dessinateurs de plates-bandes.

mardi, juin 13, 2006

Deux par deux rassemblés



C'est dans le triangle de l'Afar, plus précisément à Laetoli que le site de la première famille fut découvert. Outre la quinzaine d’individus retrouvés là, ce sont les empreintes de pas, laissées dans la cendre volcanique et laissant présager deux individus marchant côte à côte, qui ont alimenté les spéculations à savoir s’il s’agissait d’une espèce plus évoluée (ou plus près de l’humain moderne). La logique voulant que la vie de couple et par le fait même, la vie sociale qu’elle sous-entend soit la preuve de capacités mentales supérieures.



Cette métaphore des pas m’avait paru particulièrement poétique et je me suis rendu compte que c’était en fait un thème récurant dans plusieurs chansons, notamment celles de Cali :

« Je crois que je ne t'aime plus.
Je te regarde et je ne vois rien.
Tes pas ne laissent plus de traces
A coté des miens.»
(Il y a une question)

"Je saurais caler mon pas sur le tien"
(Fais de moi ce que tu veux)


Et dans l’Actualité ce mois-ci, on parlait de ce réflexe que nous avons tous d’être sur nos gardes à l’approche d’un autre être humain. Notre cerveau réagit différemment à l’approche d’une voiture ou d’un animal et il « s’affole » systématiquement quand il enregistre l’approche d’un de nos semblables. Le bruit des pas humains auraient donc cet effet tout particulier, de réveiller en nous des craintes ancestrales.


Quel est donc le pouvoir évocateur du pas?

vendredi, juin 09, 2006

Les femmes changent, les soap demeurent...

Mon dernier post sur bollywood et les séries B aura alimenté la réflexion d’une personne de mon entourage qui a fait le parallèle avec les soap opera. Ça m’a rappelé un cours de sociologie Television in Society et un article de Tania Modleski (1990) « The Search of Tomorrow in Today’s Soap Operas ». On lève souvent le nez sur ce genre d’émission mais j’ai toujours cru qu’il était très intéressant de se pencher sur les motivations de ceux qui les écoutent pour bien comprendre ce que cela leur apporter.

Les soap opera sont répétitifs et leur rythme est toujours lent pour mieux accommoder la femme au foyer qui accomplit souvent d’autres tâches en même temps qu’elle visionne un épisode. Dans ce genre d’émission l’emphase est mise sur la connexion émotionnelle, d’où le pourquoi il a souvent des gros plans sur les visages. L’auditrice se transpose dans le rôle de la « good mother » qui considère tous les personnages comme ses enfants. Elle aime chacun d’eux à sa manière et tente de les comprendre et de les pardonner. L’empathie que la femme est capable d’éprouver pour des personnages fictifs est la même qu’elle doit quotidiennement mettre à profit pour gérer les besoins souvent conflictuels des membres de sa famille.

On caricature souvent les soap opera par leur absence de dénouement ou le perpétuel renouvellement des crises. Il est très rare que des évènements concrets surviennent pour faire avancer l’intrigue qui finit par être une éternelle renégociation de l’ordre social - transposition plutôt juste du quotidien redondant des femmes au foyer (pas nécessairement celles d’aujourd’hui mais des 20 dernières années) qui aspire à la perfection familiale en rêvant d’un monde meilleur qui ne concrétise jamais vraiment.

Dans tout bon soap opera, il y a aussi la « vilainess », la femme méchante qu’on se plait à haïr. Il s’agit la plupart du temps d’une femme qui utilise les faiblesses féminines (grossesse, maladie) pour les tourner à son avantage. Et c’est particulièrement dans cette utilisation pas-vraiment-socialement-acceptable de sa féminité, que la vilainess permet à l’auditrice (par procuration) de détenir un pouvoir et d’exercer un contrôle qui lui fait quotidiennement défaut.

Finalement, le format fragmenté des soap opera valide l’existence morcelée qui est le lot quotidien de ces femmes et mères qui doivent s’oublier la plupart du temps pour répondre aux besoins de leur mari et enfants.

L’article datant de plus de 16 ans, la réalité des femmes d’aujourd’hui n’est certainement plus la même, mais je trouve pertinent d’extrapoler sur ce qui, à travers tout ça, est encore aujourd’hui fondé…

jeudi, juin 08, 2006

Bollywood


Ce que je croyais être à la base, un jeu de mot rigolo, s’est finalement révélée être une florissante industrie culturelle qui fait même l’objet d’un séminaire d’anthropologie donné par Pr. Leavitt, ANT3875: Langues et cultures de l'Asie du Sud. Bollywood est donc le pendant Indien (ou plus globalement sud-est asiatique) du célèbre Hollywood, dont les industries musicales et cinématographiques n’ont rien à envier à leur célèbre prête-nom.

Pour ceux que ça intéresse, voici un site fort complet traitant de la question: http://www.bollywoodworld.com/

Et meme si cela peut sembler kitsch par moment, on risqué tout de meme d’y prendre gout, un peu comme pour les films de série B, qu’on écoute sans trop s’expliquer pourquoi.

mardi, juin 06, 2006

Pouvoir de rêve

Je me souviens avoir lu quelque part que les rêves nous permettaient de « revivre » dans une dimension fantasque, des évènements s’étant déroulés environ deux semaines plus tôt. C’est le temps qu’il faut à notre esprit pour digérer les différentes composantes de l’événement en question pour ensuite les codifier en symboles qui nous seront resservis en rêve.

"Pour Freud, le rêve représente une sorte de satisfaction symbolique et déguisée des désirs refoulés du rêveur, une voie royale par laquelle l'inconscient arrive à s'exprimer." (Tavrism & Wade 1999, 150)


C’est l’ampleur de ce délai entre l’action et son traitement subconscient qui me laisse perplexe parce que je n’ai pas l’impression de ruminer outre mesure sur la question – ce que mon cerveau doit néanmoins faire dans l’intervalle.

Et lorsqu’au matin, je me souviens du contenu de mon rêve, je me mets à me demander ce qu’il peut bien vouloir dire. À la lumière de cette récurrence, je questionne l’importance même de l’épisode à sa source, allant parfois jusqu’à en amplifier sa signifiance. Cela n’a rien d’étonnant dans la mesure où l’être humain a besoin d’être cohérent et de sentir une progression logique de ses pensées, de ses attitudes et de ses actions. Au même titre qu’on réinterprète tous nos souvenirs en fonction de la personne que l’on est devenue (et cela sans même s’en rendre compte), notre désir de congruence nous pousse à chercher un sens univoque à nos, une ligne directrice entre les expériences du quotidien et les interprétations conscientes et subconscientes qu’on en fait.

lundi, juin 05, 2006

Baccalaureate Artum


J’ai eu la chance et le privilège (d’après ce qu’on dit :o) de graduer de McGill cette année et d’être parmi les quelques 5000 diplômés de la promotion 2006 de ma très chère université. C’est d’ailleurs pourquoi, j’ai assisté jeudi dernier à la Convocation pour recevoir, de même que mes quelques 800 compatriotes d’Arts, mon précieux diplôme.

Comme la cérémonie s’étirait en longueur, je me suis mise à réfléchir à la symbolique de tout ça. Les discours, les bons mots, les accoutrements et les hymnes en latin et j’ai une fois de plus constaté que l’être humain carbure aux symboles. Parmi les phrases qui ont été prononcé durant la célébration et qui sont des figures de proue de ce genre d’événement notons: « la fierté du travail accompli », « la reconnaissance de ses pairs », « l’importance de bien représenter McGill à travers notre parcours futurs », « la croissance individuelle et collective », « le future qui nous sourit de toutes ses dents », « le devoir de redonner puisque nous avons beaucoup reçu », « la poursuite d’excellence ». J’entendais tout cela et j’avais l’impression – qu’à travers ma consommation de romans et de films, j’avais déjà vécu ce moment. Bien sûre celui-là m’appartenait plus que les autres, mais je ne m’en sentais pas moins spectatrice et ce même si je leadais la procession d’étudiant (merci à mon nom de famille capricieux). À travers les discours, du doyen, de la rectrice, du représentant des diplômés, je me sentais prise par la main dans le « revisite » de mon parcours à McGill. Des phrases comme « …the ideas that sparks here… » m’ont fait monté les larmes aux yeux parce que cette université à vraiment été un point tournant dans mon appréciation de la connaissance et en partie l’instigatrice de ma quête insatiable de savoir.

C’est grâce aux merveilleux enseignants que j’y ai côtoyé que j’ai pris la mesure de la richesse que représentaient les livres, ce qu’ils contiennent et l’énorme pouvoir qu’ils peuvent avoir sur nos vies. J’ai éprouvé un plaisir inégalé à argumenter, à présenter mes idées, à voir se déployer des raisonnements et s’ébaucher des théories dans les multiples salles de cours qui furent le théâtre de mon évolution intellectuelle et personnelle.

J’y ai aussi appris la désillusion et me suis émue devant l’amertume de professeurs d’expérience dont les conclusions me laissaient entrevoir, un monde où le nivellement par le bas et la loi du moindre effort semblaient aspirer à régner en roi et maître.

Mais plus encore que tout ce que j’y ai appris et vécu, je quitte McGill avec la nette impression que cette université m’aura permis de devenir un peu plus, la personne que j’aspire à être et c’est définitivement cela, le plus précieux des diplômes.

jeudi, juin 01, 2006

Routine, quand tu nous tiens...

Pratiquement vitale lorsque l’on est enfant - lever systématique à 6 :00, dîner à midi, souper à 17 :30, Passe-Partout, bain et dodo. Le tout entrecoupé de collation qui se suivent et se ressemblent et de comptines et de jeux répétés ad nauseum - la routine redondante perd un peu de son attrait avec le temps puisqu’elle nous fait désormais penser à notre propre version du Jour de la marmotte, plutôt qu’à ces doux rituels sécurisants qui structuraient notre enfance.

À quel moment la routine devient-elle oppressante? Vaut-il mieux que certains gestes de notre quotidien soit exécutés sur le pilot automatique, pratiquement toujours à la même heure, de la même façon, dans le même état d’esprit absent ou vagabondant? Et j’en viens aussi à me demander quel est l’avantage à se mettre sur le pilot automatique? Quand je me brosse les dents, je le fait machinalement et je me suis rendue compte que ce faisant, je ne pensais à absolument rien. Le pilot automatique embarque et mon esprit tombe en dormance.

En poursuivant ce raisonnement, j’ai émis l’hypothèse selon laquelle, plus notre vie est routinière et plus on en vit chaque minute sans se poser de question, ni trop réfléchir à ce qu’on est en train de faire. On peut perdre graduellement de vue le pourquoi de nos actions et on se met à poser les mêmes gestes chaque jour, simplement parce qu’on les a posé hier, et avant-hier et avant-avant-hier.

L’être humain tente d’utiliser optimalement son énergie et il va de soi que la répétition d’actions dont le résultat est prévisible et convenable est beaucoup plus productif que la réinvention quotidienne de la roue…

Mais la routine m’horripile, je n’y peux rien!

mercredi, mai 31, 2006

Crédulité, faute d'empirisme

On croit que la terre est ronde parce que tout le monde le dit et que la preuve en a maintes fois été faite, par des théorèmes, des photos par satellites, des retransmissions de missions spatiales.

On sait que le désert est aride, que la jungle tropicale est suffocante d’humidité et que les deux pôles sont des endroits hostiles où le froid est la preuve que l’être humain n’y a pas sa place.

La plupart d’entre nous vont passer à travers l’existence en se fiant aveuglément sur toutes ces connaissances de seconde main (second hand knowledge), allant même jusqu’à transmettre ces « connaissances » dans la limite d’un savoir acquis de manière déjà bien indirecte. « Le désert c’est le sable, les chameaux, les dunes, le soleil qui brûle, les tempêtes de sables et les nuits très froides. Il est facile de s’y perdre et le traverser s’apparente à une sorte de rituel initiatique. »

Il est bien clair qu’on ne pourrait vivre en ne se fiant qu’aux théories qu’on a personnellement testées ou d’après les choses dont on a fait l’expérience…on ne ferait rien d’autre que de tout tester à tout moment. Mais ne sommes-nous pas un peu crédules de prendre pour argent comptant la plupart des informations qui nous sont présentées? Normand Baillargeon a d’ailleurs écrit le Petit cours d’autodéfense intellectuelle, dans lequel il donne des trucs à monsieur madame tout le monde pour adopter une attitude plus critique face à l’information.

Et là où je veux en venir, en questionnant la source douteuse de nos connaissances les plus diverses, c’est de déterminer quelle proportion de nos vies, est le fruit de la réalité et la mesure dans laquelle le reste repose sur des ouï-dires, des impressions, des comptes rendus, des prototypes, des clichés remâchés ou comme le disait Kundera « des illusions de connaissances ».

mardi, mai 30, 2006

L'à propos de la sensibilité artistique

Ma soeur vient de conclure son DEC en arts plastiques et quand je prends la mesure de la jeune femme exceptionnelle qu'elle est devenue à travers ce cheminement, je peux que me réjouire de la voir continuer dans cette voie en septembre. Outre la maturité qu’elle a acquise, elle a su développé une sagesse unique teintée de philosophie du gros bon sens qui rejaillit sur plusieurs aspects de sa vie.

Et à ses amis qui la regardent de haut en la questionnant sur ce qu’elle pourra bien faire de sa vie avec un bac en arts visuels, elle vient de faire un pied de nez en bouclant ses études collégiales dans le délai minimal alors que la plupart d’entre eux auront à faire des sessions supplémentaires. C’est un peu malheureux de constater qu’aujourd’hui encore, la plupart des individus sont axés sur la productivité et la rentabilité avant tout. Si l’on entreprend des études, c’est pour qu’en découle automatiquement un métier concret, idéalement associé à une bracket salariale prédéterminée et un plan de carrière tout tracé (bon, je verse un peu dans l’hyperbole mais vous saisissez le principe). Alors quand Laurence choisit de faire des études universitaires en arts visuels avec l’intention de se spécialiser en sculpture, ça crie à l’hérésie et ça rue dans les brancards.

Mais moi je dis tant mieux. Si elle a la chance de pouvoir le faire, why not? Les artistes ont une sensibilité et des visions qu’il est bénéfique de cultiver.

lundi, mai 29, 2006

Vers un monde où toute danse sera désormais lascive?

J’assistais au spectacle de danse d’une copine ce week-end et j’ai été frappée par la teneur sexuelle des numéros des groupes les plus jeunes. J’ai beau ne pas vivre en autruche et avoir parfaitement conscience du contenu suggestif de la majorité des vidéos qui passent à MusiquePlus, j’ai beaucoup de difficulté à accepter que des petites filles de 10-12 ans se déhanchent en minijupes devant le regard ébahi de leurs famille et ami. Surtout quand la plupart des danseuses semblent mal à l’aise de danser dans des costumes franchement inconfortables tant ils limitent les mouvements – et comme le but de l’exercice étant de démontrer leurs acquis en danse…ça peut poser problème.

Je parle de mains qui glissent langoureusement sur tout le long du corps, de la poitrine à la mi-cuisse, de mouvements de bassins explicites réalisés à partir d’une position couchée sur le dos, de jupes soulevées sciemment pour laisser voir ses dessous. Le tout mis en scène, en toute innocence par des fillettes à l’aube de la puberté. J’étais assise dans la salle et j’entendais les gens crier et siffler et crier autour de moi et je ne pouvais faire autrement que de ressentir un profond malaise.

Si ce genre de comportement devient la norme, si on encourage et valorise les jeunes filles qui utilisent leur corps comme un outil de séduction, à un âge où elles ne comprennent même pas encore vraiment, la portée de leurs actions, que deviendront-elles à 15, 18 et 20 ans? Si la banalisation de la sexualité à un tout jeune âge, en venait à bouleverser graduellement les relations amoureuses et sexuelles… Parce que, qui dit précocité du geste, sous-entend précocité de l’action. Et de fil en aiguille, d’initiations hâtives en explorations continues, les limites, de ce qui est aujourd’hui la norme, seront progressivement repoussées. L’auteur français Michel Houellebecq aborde à plusieurs reprises ce thème de la sexualité débridée et limite insensibilisée qui caractérise la société d’aujourd’hui. Et quand j’en vois d’aussi frappantes démonstrations, je ne peux m’empêcher de penser qu’il a, en grandes parties, raison

jeudi, mai 25, 2006

Besoin excessif de verbaliser

Certaines personnes ont besoin de tout mettre en mots pour parvenir à comprendre un concept, un mouvement, une situation. Ils sont atteints de ce que j'appelle un besoin excessif de verbaliser. C'est encore ce cher professeur Rousseau qui m'a fait découvrir, qu'en tant qu'universitaires en sciences sociales, nous étions tout disposés à en être atteint. Il nous racontait cette anecdote de bricoleur du dimanche qui tentait de maîtriser l'art de frapper efficacement du marteau. Il avait bien conscience que son mouvement n'était pas optimal et il tentait de décortiquer mentalement la séquence pour améliorer sa frappe quand son acolyte charpentier s'est saisi de sa main pour lui inculquer le bon mouvement. Alors là, révélation! Sans même avoir eu à ouvrir la bouche, son ami avait réussi à lui apprendre, on ne peut plus efficacement, la bonne technique pour clouer…

C’est certain que par la suite, il s’est empressé de verbaliser dans sa tête, son nouvel acquis en mille et une tournures explicatives mais cela n’a rien d’étonnant quand on connaît le personnage.

Mais ça m’a fait penser à tous ces apprentissages que l’on fait naturellement, sans trop s’en rendre compte et qui sont souvent très difficiles à transmettre autrement que par l’exemple. Et aussi à toutes ces choses qu’on ressent le besoin de mettre en paroles, sans que cela ne sorte jamais réellement comme on l’aurait voulu. Des phrases qui sortent toute croches et qui sont rapidement suivi par un « c’est pas ça que je voulais dire… », « s’est sorti de même mais je voulais plutôt dire… » ou le traditionnel « prends pas ça comme ça ».

Est-ce que les mots et les phrases sont réellement la clé du succès?

dimanche, mai 21, 2006

Petits cours de galanterie masculine

La galanterie est définie par le Robert électronique comme une forme de courtoisie auprès des femmes, un empressement à leur être agréable. Amabilité, civilité, complaisance, courtoisie, délicatesse, gentillesse, politesse, respect. Distinction, élégance, dans l'esprit et dans les manières.

J’ai vécu, cette semaine des épisodes aussi diamétralement opposés dans leur teneur en galanterie et je sens qu’il serait bénéfique de partager le fruit de ses aventures. En marchant, en direction d’une exposition avec deux amis à moi, je me suis retrouvée à leur faire une leçon de courtoisie qui débuta par un principe bien simple de marche sur le trottoir. L’homme, dans ces cas-là, doit systématiquement se positionner entre le « danger » et la femme qu’il accompagne, soit entre les voitures et elle, la reléguant à sa droite en tout temps. Ainsi donc, tout homme fondamentalement galant aura le réflexe de se tenir à la gauche de la femme qu’il accompagne. Par la suite, nous avons glissé sur la place que devait choisir l’homme qui accompagne une femme au restaurant. Afin de s’assurer que toute attention sera concentrée sur celle qui l’accompagne, l’homme doit s’assurer de laisser à sa compagne, la place qui offre une vision élargie de l’espace, tandis que lui occupera la place, dont le champ de vision réduit, l’incitera à diriger toute sa concentration sur « l’objet de son attention ». Que vous cherchiez à séduire une femme, ou tout simplement à lui être agréable, ses gestes vous garantissent une longueur d’avance inconsciente.

Finalement, lors d’un lunch avec des collègues de bureau, l’un d’eux a mentionné, que la mi-juin serait le théâtre de la 5 000e journée d’amour avec sa bien-aimée. Non seulement il s’est donné la peine de compter les jours depuis, mais il a déjà souligné avec attention leur 3000e jours d’union. Même si cela peut sembler totalement illuminé, j’ai trouvé une beauté sourde à la minutie du calcul. Ce sont les gens les plus normaux qui posent souvent les gestes les plus insolites dont une grande part de la beauté de la vie découle.

vendredi, mai 19, 2006

La vie en montagnes russes

Il y a de ces moments dans la vie, où l'on sent réellement que tout est possible. Non seulement, "sky is the limit" mais nos rêves les plus fous semblent avoir toutes les chances de se réaliser. Pour ceux qui ont eu la chance de faire l'expérience de ces moments réellement grisants de l'existence, il serait difficile de trouver quoi que ce soit de comparable. Dans le film Jeux d'enfants, le personnage de Julien tente de comparer l'extase délirante qu'il ressent en reprenant contact avec Sophie après 10 ans d'absence par des comparaisons multiples qui ne tiennent pas la route. Parce que lorsqu’on se retrouve au sommet des montagnes russes, toutes les dénivellations, toutes les courbes susceptibles de couper le souffle ou de faire de cette « ride » un cauchemar, sont systématiquement oubliées.

L’être humain a cette faculté absolument unique d’avoir envie de se jeter dans le vide… parce qu’il existe la possibilité, aussi infime soit-elle, que cette chute vers l’inconnu, lui apporte plus que tous les raisonnements réfléchis. L’être humain a aussi cette capacité absolument surhumaine, de toucher les bas fonds, sans pour autant perdre le moral.

Et s’il fallait, pour vivre de grands bonheurs, accepter simultanément de vivre de grands malheurs…que choisiriez-vous?

Pluvieux jeudi à la galarie


Pour avoir souvent apprécié une de ses toiles qui donne vie au salon de mon oncle encadreur, j’ai accepté au vol, une invitation à me rendre au vernissage de Carlito Dalceggio, qui avait lieu hier à la Galerie [sas]. Mis à part mon étonnement devant la faune urbaine des plus trendy rassemblée pour l’occasion (on se serait crû dans un épisode de Sex and the City), je dois dire que mon appréciation de son style n’en fut que confirmée. Très colorées, texturées, denses et avec une touche de folie éruptive, ses toiles étaient superbement mises en valeur par le dénudement de la galerie. J’ai préféré ses toiles collages qui sont riches et font vagabonder mon esprit dans une foule de directions. Il écrit souvent des petites phrases à la fois simples et poétiques qui complètent agréablement l’ensemble. Tout juste arrivé de Paris et en route vers New York c'est un artiste qui semble avoir le vent dans les voiles. Il n'hésite d'ailleurs pas à utiliser son corps comme véhicule de son art, comme en témoigne la projection d'un photomontage où il tient le rôle du taureau, paré de cornes et dans le plus simple appareil.

L’exposition se poursuit jusqu’au 5 juin et ça vaut le détour.

jeudi, mai 18, 2006

Art for art sake

J'ai toujours bien aimé cette expression et en discutant avec Marc hier, de l'exposition d'Anselm Kiefer - qui serait par contre tout le contraire de l'artiste qui fait de l'art pour faire de l'art - j'ai tenté de me remémorer des oeuvres ou des artistes qui m'avait particulièrement plu par leurs prouesses intellectuelles diamétralement opposé au sens pratique.

Tout d’abord Georges Perec qui avec La Disparition signe un roman
lipogrammique en E, c'est-à-dire un roman écrit sans la lettre “e”. Quel exercice de style que de s’échiner à écrire tout un roman sous une telle contrainte. Et même si l’histoire est quelque peu insipide – et c’est là qu’on peut constater le manque de considération pratique – la performance intellectuelle demeure remarquable.

Je pensais ensuite à Exercices de style de Raymond Queneau, une collection de 99 petits récits qui relatent tous le même incident banal : dans un autobus, le narrateur entre en colision avec un homme au cou très long et il le revoit plus tard à la gare en compagnie d’un ami qui fixe un bouton à son manteau. L’exploit de Queneau tient au fait qu’il ait trouvé 99 angles/styles/manières de raconter la même tranche de vie dont voici quelques versions.

Géométrique : "Dans un parallélépipède rectangle se déplaçant le long d'une ligne droite d'équation 84x + S = y, un homoïde A présentant une calotte sphérique entourée de deus sinusoïdes, au-dessus d'une partie cylindrique de longueur l>n, présent un point de contact avec un homoïde trivial B."

Hellénismes : "Dans un hyperautobus plein de pétrolonautes, je fus martyr de ce microrama en une chronie de métaffluence: un hypotype plus qu'icosapige avec un pétase péricyclé par caloplegme..."

Alors : "Alors l'autobus est arrivé. Alors j'ai monté dedans. Alors j'ai vu un citoyen qui m'a saisi l'oeil.."

Anglicismes : "Un daí vers middai, je tèque le beusse et je sie un jeugne manne avec une grète neque et un hatte avec une quainnde de lèsses tressés."

Je nourris l’ambition d’un jour pouvoir me consacrer aussi délicieusement à des exercices aussi stimulants qu’inutiles :o)

mardi, mai 16, 2006

Lubie de fille


Parce qu’on a beau avoir une garde-robe, des placards et des commodes remplis de vêtements, d’accessoires et de chaussures de tous les genres, il arrive toujours un matin où l’on n’a absolument rien à se mettre. Dans mon cas, cette situation se produit un peu trop souvent. Ainsi donc, dans un désir d’éviter les débuts de journée difficiles où je mange mes céréales dans la salle de bain, entre deux coups de peigne, un pied dans une sandale et l’autre dans une ballerine entre lesquelles j’hésite encore 5 minutes avant de franchir la porte, j’ai décidé de me donner les outils pour réussir.

Vaguement inspiré par le personnage Cher de Clueless qui consulte son ordinateur pour déterminer son look du jour, j’ai méthodiquement agencé plusieurs ensembles différents, je les ai photographiés pour mieux les transférer sur mon ordinateur. Fini l'interminable casse-tête et les sprints d’essayage infructueux, j’ai désormais des idées convenant à la plupart des occasions et un simple survol de ma banque de données stylistiques me permet de trouver la combinaison exacte qui s’agence à mon humeur.

L’ennui c’est que depuis que mon système est bien au point, je déborde d’idées et je réinterprète chaque jour des pièces que je ne me souvenais plus avoir. Quel paradoxe!

lundi, mai 15, 2006

C'est le début d'un temps nouveau

Professionnellement, aujourd'hui sonne le glas d'une ère nouvelle.

Après une année de tumultueuses péripéties et de plus de revirements que dans le meilleur des soap operas, nous voilà prêts à nous remettre en selle selon les valeurs et la vision qui nous ont toujours été chères.

Le roi est mort, vive le roi!

samedi, mai 13, 2006

iPodmania

J’ai accompagné deux de mes amies dans une journée “achat et installation” d’iPod aujourd’hui et, à travers l’enthousiasme que j’éprouvais à leur faire découvrir les moindres aspects de leur nouveau joujou, je me suis rendu compte à quel point mon iPod faisait partie de plusieurs facettes de ma vie. Et en leur partageant ma banque de chansons méticuleusement dénichées un peu partout, je sentais que je leur transmettais une grande richesse. Pour l’histoire qu’il y a derrière la plupart des pièces, pour les merveilleuses découvertes que j’ai parfois pas de manière tout à faire incongrue (via un publicité ou un top 25 nicest places to take her-GQ), pour les morceaux sortis directement des boules à mites et les vestiges de mon enfance, c’est toute une ribambelle de souvenirs que j’ai gravés en mp3 sur DVD. Et la beauté de la chose, c’est que mes copines auront à leur tour à imprégner cette multitude de notes et d’airs, de sensations, de souvenirs et de significations qui leur seront propres. Une chanson peut avoir autant de personnalités nouvelles qu’il y a de gens pour l’écouter et sa transmission est un mouvement évolutif continuel.

Pas étonnant que depuis l’arrivée du iPod, de nombreuses études sociales s’y intéressent. Des réactions des soldats au combat qui perçoivent le choix aléatoire de chanson comme un signe de Dieu, qui leur montre la voie ou leur transmet un message, en passant par les gens comme vous et moi qui voient la musique comme la trame sonore de leur existence et qui se plaisent à moduler leur choix musicaux selon leurs humeurs, pour finir avec l'histoire des mineurs australiens coincés dans une mine qui ont vu leur calvaire égayé par des iPods qui leur ont été descendus au même titre que l’eau et les vivres, je crois que le iPod est en train de modifier bien subtilement notre existence.

Et si on cherchait, à travers les chansons qui parsèment notre quotidien, des directions qui nous étaient jadis fournies par, je ne sais pas moi, la religion ou les normes sociales jadis plus rigides… C’est tout à fait humain de vouloir trouver un sens à son existence. Est-ce que ce serait nécessairement inconcevable de penser pouvoir le trouver, en partie, au bout de nos écouteurs?

vendredi, mai 12, 2006

À quoi tient réellement un point de vue différent?

Je réécoutais le film “Lord of War” avec Nicolas Cage et le générique du début m’a rappelé une réflexion que je me fais souvent concernant le changement de point de vue. Pour en revenir à ce générique, il nous transpose dans le rôle d’une balle, de sa fabrication à sa détonation ultime. Et ça m’a fait penser, qu’en tant qu’être humain, forme la plus évoluée de la création, il nous arrivait bien peu souvent de nous donner la peine de considérer d’autre point de vue que le nôtre…Je ne parle pas des différences d’opinion entre les individus que nous sommes, mais plutôt des angles complètement différents qu’aurait la vie d’un point de vue de fourmis, de chien ou de fleur.

Quand j’avais mon teckel et que je me couchais sur le ventre pour jouer avec lui, je descendais mon champ de vision à la hauteur du sol et la vie, de ce point de vue à ras le sol, ne semblait pas avoir la même ampleur. Anselm Kiefer nous offre une vision d’un champ de tournesol vue d’un homme couché sur le dos et après ma visite au MAC, je me suis mise à prendre des photos à partir de point de vue les plus inusités, juste pour voir quelle impression ça me ferait.

C’est que nous sommes tellement habitués de voir la vie d’une certaine façon, que la pensée même de l’envisager autrement nous effleure rarement. Et alors que le simple fait, de se coucher sur le sol ou de se tenir sous la tête, peut brièvement nous laisser entrevoir les choses autrement, il est vraiment rare que cette vision heureusement différenciée subsiste au retour de nos pieds sur terre…

jeudi, mai 11, 2006

Coup de vieux

J'ai une copine qui va bientôt ouvrir un restaurant à St-Sauveur (Orange Pamplemousse) avec son copain et franchement ça me donne un sacré coup de vieux. On était au secondaire ensemble, on a joué au volley, du pool C à championnes Juvéniles, on a voyagé en Jamaïque, on a coaché la relève en volley, on a fait nos premières armes de shoppeuses et connus nos premiers amours...et voilà qu'aujourd'hui, elle me force à ouvrir les yeux sur ce monde adulte dans lequel on commence à avoir parfaitement pied.

Des fois j'ai l'impression que depuis que j'ai eu 18 ans, je me suis arrêté à cet âge où l'on est définitivement adulte sans pour autant aller au delà. Mais à mes 18 se sont déjà ajoutées quatre années bien remplies qui ont fait de moi la personne que je suis aujourd'hui même si je me sens la plupart du temps pareille à celle que j'ai toujours été.

Quand mes amis commenceront à se marier, à s'acheter des maisons et à avoir des bébés, ma réalité adulte deviendra de plus en plus indéniable. J'ai amené ma petite cousine lors d'un week-end entre copines et on se faisait la réflexion que bientôt ce seraient les nôtres dans les poussettes...Et même si je sais que tout ça est pour bientôt je ne le réalise vraiment pas encore...

mercredi, mai 10, 2006

La vérité sort de la bouche des enfants

J’ai vu hier la pièce « Désordre Public » de Evelyne de la Chenelière à l’Espace GO et qui, bien qu’inégale par moments, m’a ému par la beauté philosophique de certaines tirades. Surtout cet enfant génie de 8 ans, interprété par Jacinthe Laguë, qui parle de son cours de compassion (philosophie) où l’enseignant demandait à ses élèves s’ils éprouvaient de la peine ou de la douleur pour la pomme dans laquelle il croquait. Le professeur poursuivait ensuite en disant qu’on n’éprouvait rien pour la pomme parce qu’on n’arrivait pas à se mettre à sa place. C’est aussi pourquoi, l’on prête davantage d’émotions aux animaux qui nous ressemblent (les singes, les chiens) qu’aux espèces (mouche, fruit) dont la distance par rapport à la nôtre, rend l’identification difficile. C’est une question d’anthropomorphisme et l’enfant poursuivait en disant que depuis, il faisait de l’anthropomorphisme systématique et que sa grande compassion l’empêchait désormais de croquer dans un pomme sans l’entendre crier de douleur et avoir l’impression qu’elle saignait dans sa bouche. Il ne voulait plus d’ailleurs faire de ski, car il avait l’impression de creuser des cicatrices dans la peau de la montagne. Il marchait sur la pointe des pieds pour ne pas trop peser sur la terre…

Non seulement l’interprétation est sublime mais le contenu est réfléchi, poétique et porteur. Je vous encourage à aller voir la pièce, qui est présentée jusqu’au 20 mai, ne serait-ce que pour ce petit enfant dont chacune des prestations est un pur délice.

mardi, mai 09, 2006

Effet bénéfique de la confrontation sur la prise de conscience

Avant de m’enflammer face à un ami qui me disait vouloir envoyer ses futurs enfants au Collège Français, dans un désir de rigueur académique et culturelle, je n’avais pas l’impression d’avoir une quelconque opinion sur la question. Mais voilà qu’en moins de deux, je me suis retrouvée complètement outrée, un peu comme si toute ma personne s’insurgeait et se tendait spontanément dans la direction opposée.

C’est étrange de prendre ainsi conscience de certaines positions qu’on ignorait camper… mais ça laisse présager une foule de convictions latentes qui ne demandent qu’à faire surface au moment opportun. Et si la confrontation et la provocation suffisaient à faire jaillir l’étincelle instigatrice…

Peut-être que des débats autour d’Orford, des méga-porcheries, des PPP et de la subvention des études post-secondaires ont cela de bon qu’ils provoquent et confrontent le Québécois en chacun de nous. Il est peut-être possible, qu’à l’image de ma montée aux barricades en faveur de l’éducation québécoise, toutes nos convictions trop longtemps refoulées - par l’apathie ambiante et le désintérêt croissant teinté de je-m’en-foutisse nombriliste – commencent graduellement à refaire surface.

Et dans cette optique, je dis amenez-en des insatisfactions, des projets à la noix et des lubies de politiciens, parce que c’est peut-être exactement ça que ça prend pour que les principes démocratiques redeviennent autre choses que de belles théories.

lundi, mai 08, 2006

Le bonheur est dans le pré


Je me suis réjouie de voir les pissenlits prendre d’assaut les gazons, parce que même si la plupart des gens les trouvent laids, envahissants et s’empressent de les irradier à grands jets de pesticides, pour moi, ils sont de merveilleux annonceurs des beaux jours à venir. Ils me rappellent les bouquets assemblés avec amour et qui nous laissaient les mains et les vêtements tâchés de sèves indélébiles.

L'odeur de l'apprentissage


J’étais en train de mettre en pratique, avec moins de succès que je ne l’aurais voulu, un nouveau mouvement de ballet quand une odeur m’a soudainement frappé. Du coup, j’ai été ramené 10 ans en arrière, dans le manège intérieur dans lequel je prenais mes cours d’équitation. Il y avait, dans la subtilité de cette odeur de bois et de concentration mêlés, quelque chose de bien précis qui m’a fait me demander si l’apprentissage n’avait pas une odeur.

Si on part du principe que pour apprendre de nouvelle chose, on doit être dans un certain état d’esprit, qui allie réceptivité, concentration et malléabilité mentale et physique, et qu’on extrapole tout un univers de sensations…on se rend compte que l’hypothèse selon laquelle, l’apprentissage ait une odeur, peut faire du sens. On peut, comme il nous arrive de nous souvenir de blagues ou de confessions que l’on a fait dans un état second – soit-il dû à l’alcool ou à tout autre substance illicite- les fois suivantes où l’on se retrouve dans le même état, je crois qu’il est tout à fait possible, que cette mémoire associée à certains états, ait son équivalant dans l’espace temps lorsqu’il est question des apprentissages.

Pensez-y un peu la prochaine fois que vous vous retrouverez dans une situation d’apprentissage, y sentirez-vous des relents de votre enfance?

dimanche, mai 07, 2006

Prénoms d'occasion

Le mien vient d’une chanson de Julien Clerc. Ma sœur a failli s’appeler Audrey, mon frère Nathaniel. Nous avons pour la plupart, des petites histoires entourant les raisons d’être et le choix de notre prénom et on se tâne vraiment jamais d’y revenir. C’est que notre prénom est une parti omniprésente de notre personnalité même si l’on est toujours la personne qui l’utilise le moins.

Combien de noms ne nous reviennent pas tout simplement parce que les premières personnes que l’on a côtoyée à s’appeler ainsi nous ont fait une mauvaise impression. Des prénoms qui sont, à la base, totalement neutres en viennent à personnifier des traits que l’on déteste, ce qui fait qu’inconsciemment on finit par attribuer ces traits exécrables à tout ceux qui auront le « malheur » d’avoir été prénommé de même. Des jugements bêtes et totalement arbitraires me font me méfier des Julie depuis mon primaire. Est-ce un hasard que personne de mon entourage ne se prénomme ainsi? Est-ce qu’inconsciemment je fuis ou réduis à sa plus simple expression toute amorce de relation avec quiconque portant ce prénom?

Une chose est certaine, les premiers individus porteur d’un prénom « x » que nous rencontrons ont sur leurs épaules le poids de nous mettre en bon terme avec leur appellation qui sera ensuite associée à la plupart de leurs caractéristiques pour mieux servir d’étalon de mesure à tous leurs « semblables » pareillement nommés que nous serons appelés à croiser.

Peut-être que ma théorie est un peu tirée par les cheveux mais reste que mes prototypes de Jérôme, Marie-Claude, Olivier, Mia existent bel et bien…pour le meilleur – parce que je serais toujours bien disposée face à des individus prénommés ainsi - et pour le pire – parce que je n’aurai jamais le réflexe de m’en méfier même si la situation l’exigeait.

jeudi, mai 04, 2006

J'aurais voulu être un artiste...

De cirque. Par un heureux hasard de circonstances et de rencontre fortuites, je me retrouvée hier soir au spectacle "épreuve de synthèse" des finissants de l'école nationale du Cirque.



J’ai toujours l’impression que les artistes gardent en eux, une parcelle d’innocence inaltérable, et c’est d’autant plus vrai pour les artisans du cirque. Je ne sais pas trop pourquoi mais le cirque est pour moi intrinsèquement lié à l’enfance, pour sa part de magie, ses doses de rêves, sa poursuite d’étincelles intangibles.

Il y a, dans le regard franc de ses artisans, l’appel à la reddition. Renoncez à n’envisager que l’imaginable et le possible! Capitulez devant la rigueur structurée du quotidien! Renoncez à la tristesse d’une existence où la beauté magique de l’émerveillement enfantin est reléguée aux oubliettes…

Les élèves que j’ai vus sur scène semblaient tellement libres qu’ils en paraissaient aériens. Il y a dans l’incertitude de ces métiers que l’on fait réellement par passion et très souvent sans filet, une affirmation sans compromis de son unicité et de son entièreté.

Dans la théâtralité appuyée de chaque moment, j’ai perçu un cri du cœur : « Je suis moi, tel que j’ai toujours voulu être avec mes forces et mes faiblesses, à faire ce que j’aime par dessus tout .». Combien de gens de mon entourage peuvent se vanter d’être aussi fidèle aux passions et aux rêves qui les habitent?

Le cirque est indéniablement magique, et c’est parce que nous sommes fondamentalement sensibles et toujours imperceptiblement tendus vers ce petit plus, ce fol espoir de faire de nos vies ce que nous avons réellement l’impression qu’elles peuvent être, que la magie opère à chaque levée de rideaux.

mercredi, mai 03, 2006

Les plus belles choses à ramener dans ses valises sont intangibles

Tim est revenu de Milan hier, tout sourire, plein de soleil et du sommeil plein les yeux. Un des aspects fantastiques du tournoi c’est ce que les athlètes sont hébergés dans des familles italiennes pour toute la durée du séjour. Tim est donc allé chez Giovanni, son ami italien rencontré l’an dernier dans le cadre de ce même tournoi et avec lequel il était resté en contact toute l’année grâce à MSN. Il y a une beauté pure dans ces amitiés nées de presque rien et qui se développent en précieux échanges, interculturels dans ce cas. Entre les parties, Tim a donc exploré Milan, ses musées, ses monuments, ses belles boutiques et ses endroits inconnus et magiques auxquels on n’arrive à avoir accès que par le regard de l’autre. Il a fréquenté des restos, fait la fête dans des petits pubs et arpenté les rues marchandes dans l’espoir de trouver d’infimes parcelles d’Italie à ramener dans ses valises. Il m’a déniché une paire de gants infiniment précieuse et une cravate pour papa mais en vérité les souvenirs les plus précieux n’ont rien de tangible. C’est la promesse d’une visite de Giovanni au Canada, des expressions mignonnes « piccolo lordo », « tu hai dei begl’occhi », « Posso baciarti » et « tu sei bella come un angelo » qu’il nous récite pour le plaisir de se le réentendre redire. Ce sont des noms de chanteurs italiens - Luciano Ligabue, Vasco Rossi, Articolo 31 - qui seraient l’équivalent de Manu Chao ou de Jean Leloup (à ma demande express avant son départ) et qu’on a réussi à télécharger à son retour au Canada, dans un enthousiasme naïf de goûter un peu à la culture d’ailleurs, suite à la recommandation des gens mêmes qui les écoutent au quotidien.

Je vous le dis aujourd’hui, les plus belles choses que l’on ramène de nos voyages ne sont jamais dans nos valises. Ce serait plutôt toutes les portes qui se sont ouvertes et qui le resteront aussi longtemps que l’on aura envie de s’ouvrir sur le monde.

Démonstration pokémienne des fonctions du langage

Ça vaut la peine de souligner la créativité dont font preuve certains professeurs pour s’assurer que leurs étudiants ont bien saisi la matière. Dans le cadre d’un cours de linguistique, Pr. Leavitt nous a fait visionner des vidéocassettes de Pokemon pour que s’imprègnent dans notre rétine et notre cerveau, les six fonctions du langage selon Jakobson.

Il faut savoir en premier lieu, pour tous les néophytes qui ne seraient pas familier avec l’univers Pokemon, que tous les membres d’une même espèce de Pokémon portent le même nom, qui est à la fois, le nom de leur espèce et leur unique morphème à partir duquel se fait toute communication. C’est un peu comme si, à titre d’être humain, on s’appelait tous humain et que toutes nos discussions ne contiendrait que cet unique morphème, humain.

Une discussion du pokémon, Pikachu ressemble à :


« Pika, pika, pikachu, pikaaaaaaaachu! » et ça veut dire « Le pauvre Charmander a été abandonné par son maître et il attend ici dans l’espoir qu’il revienne le chercher ». La fonction référentielle du langage ou si on préfère, la passation d’informations précises est ici parfaitement représentée.


Pikachu se rend un jour dans la forêt où il rencontre tout plein d’autres Pikachu qui se réunissent à la pleine lune et entonnent en choeur une hymne lyrique « Piiiiiiiiiikaaaaaaaaaaaachuuuuuuuu, Piiiiiiiiiiiiiikaaaaaaaaaachuuuuuuuuuuu ». Cette fois, c’est la fonction expressive du langage qui est joliment mise en scène puisque l’accent est mis sur l’émotivité à travers l’expression d’une appartenance à un groupe (la race des Pikachu).

La fonction phatique dans cadre d’une communication qu’on fait simplement pour être ensemble est maintes fois illustrée, mais notamment lorsque Asch, dresseur du célèbre Pikachu lui demande à son réveil comment il se sent aujourd’hui et que se dernier lui répond « Pika, Pika ». Cet échange met l’accent sur l’établissement et le maintien d’un contact entre des individus. Notre quotidien est d’ailleurs rempli de communication phatique : « Tu m’entends? », « on se comprend? », « t’es toujours là? ».


La fonction poétique attire l’attention sur le message lui-même et la façon dont il est dit. Dans un épisode, le groupe dont font partie Asch et Pikachu prend ses jambes à son cou pour échapper à la prestation de Jiggypuff, un Pokémon chantant dont le chant plonge à tous les coups son auditoire dans un profond sommeil – ce qui a pour effet de la faire sortir de ses gonds. Le langage a donc une fonction poétique quand l’accent est mis sur la forme : « Comme la neige a neigé, ma vitre est un jardin de givre. »


Fonction métalinguistique du langage nous permet d’en faire le sujet central d’une communication. On peut parler du code même. Le chef chat de Team Rocket, Meowth est le seul Pokemon capable de parler comme les êtres humains et lors d’un épisode, on apprend comment il s’est entraîné à parler « humain » à coup de « I sell seashell on the seashore ». C’est une communication sur le langage et ses modes d’acquisition.


Finalement, la fonction incitative s’observe dans les situations où le langage tente d’influencer et même de faire poser un geste aux interlocuteurs. Une bande de Spearow (genre de corbeau Pokemon) plonge sur Pikachu suite à la directive conative de leur chef « Sppppppppppeeeeaaarooooooooooooooooow!!! »

Bon vous saisissez le principe. Une langue monomorphèmique qui permet tout de même de communiquer efficacement est le cas idéal pour démontrer simplement les six fonctions linguistiques…et ce, même si au quotidien, les fonctions du langage se combinent et se déclinent sans jamais avoir la limpidité pokémienne que nous aura fait apprécier Pr. Leavitt.

Ce n’est pas parce que certains divertissements peuvent sembler à la base aliénants, qu’on ne peut rien en tirer :o)

Sur ce « Pika, Pika! »

lundi, mai 01, 2006

Perplexité immunologique et génétique

Je lisais ce matin qu’une épidémie de choléra sévit présentement en Angola et ça m’a fait penser à une des particularités de la complexité de notre espèce. Dans mon cours d’anthropologie biologique, on a brièvement étudié des cas particuliers de résistance aux maladies et le choléra était l’une d’elles. Dans le contexte d’une épidémie de choléra, les individus qui sont hétérozygotes pour le gène de la Fibrose Kystique (c’est-à-dire qu’ils n’ont hérité qu’un seul allèle codant pour la maladie) ont plus de chance de survie que les individus homozygotes (sains et atteints). C’est que la Fibrose Kystique est une maladie qui provoque l’épaississement des muqueuses alors que le choléra entraîne la mort par déshydratation. Les individus hétérozygotes sont donc avantagés dans un milieu où sévit une épidémie de choléra parce que leurs muqueuses légèrement plus consistantes préviennent leur déshydratation. C’est d’ailleurs parce que le gène de la Fibrose Kystique confère un certain avantage évolutif, qu’il n’est pas disparu du pool génique malgré la faible capacité de reproduction des individus qui en sont porteurs. Il en va de même pour la maladie de Tay-Sachs dont les individus porteurs (hétérozygotes) résistent mieux à la tuberculose. Et en ce moment, les chercheurs se penchent sur le cas de certains européens (porteurs du gène CCR5-/-), qui semblent immunisés (ou du moins mieux protégé) contre le SIDA et dont la résistance serait peut-être en lien avec la terrible épidémie de peste noire (1347-1350).

La leçon à tirer de ce drôle concours de circonstances génétiques et immunologiques? Peut-être le corps humain est-il mieux fait qu’on est porté à le croire. Peut-être que toutes les innovations et les technologies que nous mettons au service de la santé et de l’accroissement de la longévité ne sont que de minces tentatives de rivaliser avec la nature qui fait malgré tout son chemin.

dimanche, avril 30, 2006

Être ce que nous sommes, sans excuse aucune

Je crois que toute personne souhaite rester fidèle à l’individu qu’elle est au fond d’elle-même. Toutefois, au gré des expériences, au gré des différents environnements dans lesquels on est appelé à évoluer, il arrive parfois qu’il faille s’en éloigner, question de « fiter in ». Voilà…mais à partir du moment où l’on commence à donner dans le monitorage de soi élevé, et qu’on devient le caméléon sociale que la situation exige que nous soyons, courrons-nous le risque de perdre complètement de vue la personne que l’on est fondamentalement? Même si notre personnalité se forme au fil de nos expériences et que la personne qui poussera son dernier souffle ne sera que la somme de tout ce qui a composé sa vie, peut-on craindre de devenir étranger à sa propre personne en cours de route? Se peut-il que ça arrive sans même qu’on s’en rendre compte? Est-ce irréversible?

vendredi, avril 28, 2006

Découverte musicale à la vitesse du son


On finissait de souper tranquillement ce soir à la campagne, mon père préparait le thé, ma mère faisait couler son bain et à la radio Espace Musique de Radio-Canada s’est mise à diffuser un concert dans le cadre de la Grande Soirée de Blues d’Espace Musique. En moins de deux, on est tous tombé sous le charme de l’artiste inconnu (pour reprendre l’expression de Kiefer) dont le son clair d’harmonica et le rythme langoureux et chaleureux nous a tout de suite fait nous projeter à Cape Cod, en train de siroter notre vin blanc frais et sec sur la plage, bercés par le bruit des vagues. Il y a de ces chansons qui appellent toute une gamme de sensations, de clichés et d’expectations. Curieux de savoir qui était ce chanteur qui avait eu le pouvoir de nous charmer en seulement quelques mesures, je me suis rapidement rendue sur le site d’Espace Musique et quelle ne fut pas ma surprise de voir apparaître une espèce de fenêtre flottante portant la mention « En onde présentement ». Wow! C’est ce qu’on appelle l’instantanéité de l’information. En moins de deux, j’ai donc appris son nom Harrison Kennedy, et le nom de la pièce qu’il interprétait Bob Lo Island, en plus d’avoir droit à un preview de la pièce à venir I Can Feel U Leaving, à l’heure près (20h18). J’ai beau savoir que les limites de la technologie sont repoussées chaque jour, je suis toujours délicieusement surprise par tant de facilité.

Enjoy!

jeudi, avril 27, 2006

Et si la fièvre éliminatoire était contagieuse

Par un hasard de circonstances, je me suis retrouvée au Champs hier soir pour le premier match à domicile des Canadiens, édition Séries Éliminatoires 2006. N'étant pas ce qu'on peut appeler une fan, j’ai plutôt apprécié le côté social « fieldwork » de l’expérience.

Étroitement cordés sur deux étages, les supporteurs, pour la plupart revêtus de chandails ou d’accessoires aux couleurs des glorieux, étaient arrivés au moins une heure à l’avance pour profiter des sublimes commentaires d’avant-match diffusés sur les quelques dizaines d’écrans remplissant la pièce.

À mesure que l’on s’approchait de l’heure de la première mise au jeu, la fébrilité montait. Les tables se remplissaient de bières et les paquets de cigarettes se vidaient machinalement dans une tentative vaine de tromper la nervosité. Le ton de la conversation ambiante montait aussi à mesure que les minutes s’égrainaient comme pour faire compétition au volume des haut-parleurs qui semblaient déterminés à nous enterrer tous.

Vint alors l’entrée de joueurs, les lumières, la fumée, la musique. L’émouvant hymne national chanté par Grégory Charles et la foule en délire qui donnait franchement l’impression d’assister à un moment historique, mémorable et minutieusement ritualisé.

Le match a ensuite commencé et les partisans qui m’entouraient participaient à l’action et s’impliquaient comme si leurs cris et leurs manifestations avaient le pouvoir de porter leur équipe vers la victoire. J’y repense et ça me donne des frissons. C’est très puissant comme sensation, d’être au milieu d’un groupe chauffé à bloc qui tend vers le même but.

Et je me suis mise à penser, en sortant de là, que si on était capable de se mettre dans tous nos états pour un match sportif, si la passion, la fièvre et l’enthousiasme desquels j’ai été témoin pouvaient se répercuter, ne serait-ce qu’à moitié, dans certains projets de société… il y aurait un sacré potentiel de changement.

mercredi, avril 26, 2006

Strates existentielles et surgescence inopinée de sédiments

J’étais en voiture avec mon père ce matin - coincée dans le trafic et au bord de la crise de nerfs parce qu’on s’enlignait sérieusement pour que j’arrive en retard à mon examen (!) – et on parlait de ces expériences étranges qui nous arrivent parfois quand on est sur le pilote automatique. Quand on déménage ou qu’on change de lieu de travail, il arrive quelques fois que notre esprit nous joue des tours et qu’on se retrouve en face d’un endroit auquel on n’a plus affaire sans trop comprendre comment on s’est retrouvé là. On n’a pas particulièrement l’impression d’être perdu ou d’avoir eu la tête ailleurs mais sans trop savoir pourquoi, on s’est retrouvé là par instinct.

Et j’ai tout de suite pensé à des strates. Notre vie toute entières est faite de strates, des assemblages d’éléments datant d’époques et de période diverses. Les strates sont irrégulières et les sédiments d’une strate peuvent s’étendre sur les strates subséquentes tandis que d’autres demeurent profondément enterrés dans leur strate d’origine.

Quelques fois, il arrive que des sédiments depuis longtemps recouverts par de nouveaux dépôts ressurgissent et ça peut créer une certaine confusion. On se retrouve alors face à un ancien appart ou l’emplacement d’un bureau jadis fréquenté et le passé nous revient d’un coup sec.

Qu’est-ce qui a provoqué cette fouille symbolique? Est-ce qu’un infinissime élément aurait fait surface dans notre inconscient et enclenché la réaction en chaîne. Est-ce un parfum, une odeur, une chanson?

Ça peut créer des moments magiques ou franchement nostalgiques dépendamment de l’état d’esprit dans lequel on se trouve et de la propension personnelle qu’a chacun de nous à regarder pas dessus son épaule ou loin devant…
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Timotey jouera son premier match contre "Robur Varese" à 21:45 heure d'Italie (15:45 Mtl). Selon nos prognostiques, leurs chances sont bonnes. Go Munch Go!
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Et sur une note personnelle et jubilatoire, j'ai fait mon dernier examen à McGill ce matin. Collation des grades, me voilà!