vendredi, juin 09, 2006

Les femmes changent, les soap demeurent...

Mon dernier post sur bollywood et les séries B aura alimenté la réflexion d’une personne de mon entourage qui a fait le parallèle avec les soap opera. Ça m’a rappelé un cours de sociologie Television in Society et un article de Tania Modleski (1990) « The Search of Tomorrow in Today’s Soap Operas ». On lève souvent le nez sur ce genre d’émission mais j’ai toujours cru qu’il était très intéressant de se pencher sur les motivations de ceux qui les écoutent pour bien comprendre ce que cela leur apporter.

Les soap opera sont répétitifs et leur rythme est toujours lent pour mieux accommoder la femme au foyer qui accomplit souvent d’autres tâches en même temps qu’elle visionne un épisode. Dans ce genre d’émission l’emphase est mise sur la connexion émotionnelle, d’où le pourquoi il a souvent des gros plans sur les visages. L’auditrice se transpose dans le rôle de la « good mother » qui considère tous les personnages comme ses enfants. Elle aime chacun d’eux à sa manière et tente de les comprendre et de les pardonner. L’empathie que la femme est capable d’éprouver pour des personnages fictifs est la même qu’elle doit quotidiennement mettre à profit pour gérer les besoins souvent conflictuels des membres de sa famille.

On caricature souvent les soap opera par leur absence de dénouement ou le perpétuel renouvellement des crises. Il est très rare que des évènements concrets surviennent pour faire avancer l’intrigue qui finit par être une éternelle renégociation de l’ordre social - transposition plutôt juste du quotidien redondant des femmes au foyer (pas nécessairement celles d’aujourd’hui mais des 20 dernières années) qui aspire à la perfection familiale en rêvant d’un monde meilleur qui ne concrétise jamais vraiment.

Dans tout bon soap opera, il y a aussi la « vilainess », la femme méchante qu’on se plait à haïr. Il s’agit la plupart du temps d’une femme qui utilise les faiblesses féminines (grossesse, maladie) pour les tourner à son avantage. Et c’est particulièrement dans cette utilisation pas-vraiment-socialement-acceptable de sa féminité, que la vilainess permet à l’auditrice (par procuration) de détenir un pouvoir et d’exercer un contrôle qui lui fait quotidiennement défaut.

Finalement, le format fragmenté des soap opera valide l’existence morcelée qui est le lot quotidien de ces femmes et mères qui doivent s’oublier la plupart du temps pour répondre aux besoins de leur mari et enfants.

L’article datant de plus de 16 ans, la réalité des femmes d’aujourd’hui n’est certainement plus la même, mais je trouve pertinent d’extrapoler sur ce qui, à travers tout ça, est encore aujourd’hui fondé…

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