
Mon frère et moi, on se surnomme affectueusement « petit con » et « petite conne ». Outre le fait de choquer les gens à l’aéroport quand il m’interpelle spontanément d’un « petite conne » raisonnant, on a pris goût à s’apostropher de la sorte pour des raisons multiples et décousues. Un peu à cause de la chanson éponyme de Renaud, un peu par admiration pour le personnage d’Andrea, du bref roman Hell, qui se considère comme un petit con assumé, lucide et déterminé à vivre sa vie envers et contre toutes les règles et contraintes qui régissent l’existence. Et puis on a un raisonnement un peu bidon qui nous incite à penser que si « petit con » est péjoratif pour tout le monde, il sera mélioratif entre nous. En m’appelant « petite conne », il entame un dialogue d’initié avec un code de départ, un primer qui délimite les initiés des non-initiés.
Je me dis qu’il y a de nombreuses occasions dans la vie où l’on fait appel à des surnoms pour des raisons plus ou moins semblables. On s’appelle mon chéri, mon cœur, mon poulet pour créer une bulle d’intimité, qui exclut les autres. Mon cousin de 6 ans surnomme son ami « son pot » pour mieux exprimer leurs liens d’amitié privilégiés. Il est intéressant de remarquer que la plupart de ses surnoms sont généralement précédés d’un pronom possessif : « mon amour », « ma colombe », « mon petit homme ». L’amour est attachement, physique et littéraire.
La chanson « Les mots d’amour » de Bénabar a ça de rafraîchissant qu’elle dénonce les formules toutes faites :
« Miauler " Je t'aime " tout le monde peut l' faire, c'est comme Amen C'est pas très dur. Pour dire " bonne nuit " chaque soir, là, faut vraiment y croire”
Comme quoi, il vaut parfois mieux être une “petite conne”.
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