mercredi, mai 31, 2006

Crédulité, faute d'empirisme

On croit que la terre est ronde parce que tout le monde le dit et que la preuve en a maintes fois été faite, par des théorèmes, des photos par satellites, des retransmissions de missions spatiales.

On sait que le désert est aride, que la jungle tropicale est suffocante d’humidité et que les deux pôles sont des endroits hostiles où le froid est la preuve que l’être humain n’y a pas sa place.

La plupart d’entre nous vont passer à travers l’existence en se fiant aveuglément sur toutes ces connaissances de seconde main (second hand knowledge), allant même jusqu’à transmettre ces « connaissances » dans la limite d’un savoir acquis de manière déjà bien indirecte. « Le désert c’est le sable, les chameaux, les dunes, le soleil qui brûle, les tempêtes de sables et les nuits très froides. Il est facile de s’y perdre et le traverser s’apparente à une sorte de rituel initiatique. »

Il est bien clair qu’on ne pourrait vivre en ne se fiant qu’aux théories qu’on a personnellement testées ou d’après les choses dont on a fait l’expérience…on ne ferait rien d’autre que de tout tester à tout moment. Mais ne sommes-nous pas un peu crédules de prendre pour argent comptant la plupart des informations qui nous sont présentées? Normand Baillargeon a d’ailleurs écrit le Petit cours d’autodéfense intellectuelle, dans lequel il donne des trucs à monsieur madame tout le monde pour adopter une attitude plus critique face à l’information.

Et là où je veux en venir, en questionnant la source douteuse de nos connaissances les plus diverses, c’est de déterminer quelle proportion de nos vies, est le fruit de la réalité et la mesure dans laquelle le reste repose sur des ouï-dires, des impressions, des comptes rendus, des prototypes, des clichés remâchés ou comme le disait Kundera « des illusions de connaissances ».

mardi, mai 30, 2006

L'à propos de la sensibilité artistique

Ma soeur vient de conclure son DEC en arts plastiques et quand je prends la mesure de la jeune femme exceptionnelle qu'elle est devenue à travers ce cheminement, je peux que me réjouire de la voir continuer dans cette voie en septembre. Outre la maturité qu’elle a acquise, elle a su développé une sagesse unique teintée de philosophie du gros bon sens qui rejaillit sur plusieurs aspects de sa vie.

Et à ses amis qui la regardent de haut en la questionnant sur ce qu’elle pourra bien faire de sa vie avec un bac en arts visuels, elle vient de faire un pied de nez en bouclant ses études collégiales dans le délai minimal alors que la plupart d’entre eux auront à faire des sessions supplémentaires. C’est un peu malheureux de constater qu’aujourd’hui encore, la plupart des individus sont axés sur la productivité et la rentabilité avant tout. Si l’on entreprend des études, c’est pour qu’en découle automatiquement un métier concret, idéalement associé à une bracket salariale prédéterminée et un plan de carrière tout tracé (bon, je verse un peu dans l’hyperbole mais vous saisissez le principe). Alors quand Laurence choisit de faire des études universitaires en arts visuels avec l’intention de se spécialiser en sculpture, ça crie à l’hérésie et ça rue dans les brancards.

Mais moi je dis tant mieux. Si elle a la chance de pouvoir le faire, why not? Les artistes ont une sensibilité et des visions qu’il est bénéfique de cultiver.

lundi, mai 29, 2006

Vers un monde où toute danse sera désormais lascive?

J’assistais au spectacle de danse d’une copine ce week-end et j’ai été frappée par la teneur sexuelle des numéros des groupes les plus jeunes. J’ai beau ne pas vivre en autruche et avoir parfaitement conscience du contenu suggestif de la majorité des vidéos qui passent à MusiquePlus, j’ai beaucoup de difficulté à accepter que des petites filles de 10-12 ans se déhanchent en minijupes devant le regard ébahi de leurs famille et ami. Surtout quand la plupart des danseuses semblent mal à l’aise de danser dans des costumes franchement inconfortables tant ils limitent les mouvements – et comme le but de l’exercice étant de démontrer leurs acquis en danse…ça peut poser problème.

Je parle de mains qui glissent langoureusement sur tout le long du corps, de la poitrine à la mi-cuisse, de mouvements de bassins explicites réalisés à partir d’une position couchée sur le dos, de jupes soulevées sciemment pour laisser voir ses dessous. Le tout mis en scène, en toute innocence par des fillettes à l’aube de la puberté. J’étais assise dans la salle et j’entendais les gens crier et siffler et crier autour de moi et je ne pouvais faire autrement que de ressentir un profond malaise.

Si ce genre de comportement devient la norme, si on encourage et valorise les jeunes filles qui utilisent leur corps comme un outil de séduction, à un âge où elles ne comprennent même pas encore vraiment, la portée de leurs actions, que deviendront-elles à 15, 18 et 20 ans? Si la banalisation de la sexualité à un tout jeune âge, en venait à bouleverser graduellement les relations amoureuses et sexuelles… Parce que, qui dit précocité du geste, sous-entend précocité de l’action. Et de fil en aiguille, d’initiations hâtives en explorations continues, les limites, de ce qui est aujourd’hui la norme, seront progressivement repoussées. L’auteur français Michel Houellebecq aborde à plusieurs reprises ce thème de la sexualité débridée et limite insensibilisée qui caractérise la société d’aujourd’hui. Et quand j’en vois d’aussi frappantes démonstrations, je ne peux m’empêcher de penser qu’il a, en grandes parties, raison

jeudi, mai 25, 2006

Besoin excessif de verbaliser

Certaines personnes ont besoin de tout mettre en mots pour parvenir à comprendre un concept, un mouvement, une situation. Ils sont atteints de ce que j'appelle un besoin excessif de verbaliser. C'est encore ce cher professeur Rousseau qui m'a fait découvrir, qu'en tant qu'universitaires en sciences sociales, nous étions tout disposés à en être atteint. Il nous racontait cette anecdote de bricoleur du dimanche qui tentait de maîtriser l'art de frapper efficacement du marteau. Il avait bien conscience que son mouvement n'était pas optimal et il tentait de décortiquer mentalement la séquence pour améliorer sa frappe quand son acolyte charpentier s'est saisi de sa main pour lui inculquer le bon mouvement. Alors là, révélation! Sans même avoir eu à ouvrir la bouche, son ami avait réussi à lui apprendre, on ne peut plus efficacement, la bonne technique pour clouer…

C’est certain que par la suite, il s’est empressé de verbaliser dans sa tête, son nouvel acquis en mille et une tournures explicatives mais cela n’a rien d’étonnant quand on connaît le personnage.

Mais ça m’a fait penser à tous ces apprentissages que l’on fait naturellement, sans trop s’en rendre compte et qui sont souvent très difficiles à transmettre autrement que par l’exemple. Et aussi à toutes ces choses qu’on ressent le besoin de mettre en paroles, sans que cela ne sorte jamais réellement comme on l’aurait voulu. Des phrases qui sortent toute croches et qui sont rapidement suivi par un « c’est pas ça que je voulais dire… », « s’est sorti de même mais je voulais plutôt dire… » ou le traditionnel « prends pas ça comme ça ».

Est-ce que les mots et les phrases sont réellement la clé du succès?

dimanche, mai 21, 2006

Petits cours de galanterie masculine

La galanterie est définie par le Robert électronique comme une forme de courtoisie auprès des femmes, un empressement à leur être agréable. Amabilité, civilité, complaisance, courtoisie, délicatesse, gentillesse, politesse, respect. Distinction, élégance, dans l'esprit et dans les manières.

J’ai vécu, cette semaine des épisodes aussi diamétralement opposés dans leur teneur en galanterie et je sens qu’il serait bénéfique de partager le fruit de ses aventures. En marchant, en direction d’une exposition avec deux amis à moi, je me suis retrouvée à leur faire une leçon de courtoisie qui débuta par un principe bien simple de marche sur le trottoir. L’homme, dans ces cas-là, doit systématiquement se positionner entre le « danger » et la femme qu’il accompagne, soit entre les voitures et elle, la reléguant à sa droite en tout temps. Ainsi donc, tout homme fondamentalement galant aura le réflexe de se tenir à la gauche de la femme qu’il accompagne. Par la suite, nous avons glissé sur la place que devait choisir l’homme qui accompagne une femme au restaurant. Afin de s’assurer que toute attention sera concentrée sur celle qui l’accompagne, l’homme doit s’assurer de laisser à sa compagne, la place qui offre une vision élargie de l’espace, tandis que lui occupera la place, dont le champ de vision réduit, l’incitera à diriger toute sa concentration sur « l’objet de son attention ». Que vous cherchiez à séduire une femme, ou tout simplement à lui être agréable, ses gestes vous garantissent une longueur d’avance inconsciente.

Finalement, lors d’un lunch avec des collègues de bureau, l’un d’eux a mentionné, que la mi-juin serait le théâtre de la 5 000e journée d’amour avec sa bien-aimée. Non seulement il s’est donné la peine de compter les jours depuis, mais il a déjà souligné avec attention leur 3000e jours d’union. Même si cela peut sembler totalement illuminé, j’ai trouvé une beauté sourde à la minutie du calcul. Ce sont les gens les plus normaux qui posent souvent les gestes les plus insolites dont une grande part de la beauté de la vie découle.

vendredi, mai 19, 2006

La vie en montagnes russes

Il y a de ces moments dans la vie, où l'on sent réellement que tout est possible. Non seulement, "sky is the limit" mais nos rêves les plus fous semblent avoir toutes les chances de se réaliser. Pour ceux qui ont eu la chance de faire l'expérience de ces moments réellement grisants de l'existence, il serait difficile de trouver quoi que ce soit de comparable. Dans le film Jeux d'enfants, le personnage de Julien tente de comparer l'extase délirante qu'il ressent en reprenant contact avec Sophie après 10 ans d'absence par des comparaisons multiples qui ne tiennent pas la route. Parce que lorsqu’on se retrouve au sommet des montagnes russes, toutes les dénivellations, toutes les courbes susceptibles de couper le souffle ou de faire de cette « ride » un cauchemar, sont systématiquement oubliées.

L’être humain a cette faculté absolument unique d’avoir envie de se jeter dans le vide… parce qu’il existe la possibilité, aussi infime soit-elle, que cette chute vers l’inconnu, lui apporte plus que tous les raisonnements réfléchis. L’être humain a aussi cette capacité absolument surhumaine, de toucher les bas fonds, sans pour autant perdre le moral.

Et s’il fallait, pour vivre de grands bonheurs, accepter simultanément de vivre de grands malheurs…que choisiriez-vous?

Pluvieux jeudi à la galarie


Pour avoir souvent apprécié une de ses toiles qui donne vie au salon de mon oncle encadreur, j’ai accepté au vol, une invitation à me rendre au vernissage de Carlito Dalceggio, qui avait lieu hier à la Galerie [sas]. Mis à part mon étonnement devant la faune urbaine des plus trendy rassemblée pour l’occasion (on se serait crû dans un épisode de Sex and the City), je dois dire que mon appréciation de son style n’en fut que confirmée. Très colorées, texturées, denses et avec une touche de folie éruptive, ses toiles étaient superbement mises en valeur par le dénudement de la galerie. J’ai préféré ses toiles collages qui sont riches et font vagabonder mon esprit dans une foule de directions. Il écrit souvent des petites phrases à la fois simples et poétiques qui complètent agréablement l’ensemble. Tout juste arrivé de Paris et en route vers New York c'est un artiste qui semble avoir le vent dans les voiles. Il n'hésite d'ailleurs pas à utiliser son corps comme véhicule de son art, comme en témoigne la projection d'un photomontage où il tient le rôle du taureau, paré de cornes et dans le plus simple appareil.

L’exposition se poursuit jusqu’au 5 juin et ça vaut le détour.

jeudi, mai 18, 2006

Art for art sake

J'ai toujours bien aimé cette expression et en discutant avec Marc hier, de l'exposition d'Anselm Kiefer - qui serait par contre tout le contraire de l'artiste qui fait de l'art pour faire de l'art - j'ai tenté de me remémorer des oeuvres ou des artistes qui m'avait particulièrement plu par leurs prouesses intellectuelles diamétralement opposé au sens pratique.

Tout d’abord Georges Perec qui avec La Disparition signe un roman
lipogrammique en E, c'est-à-dire un roman écrit sans la lettre “e”. Quel exercice de style que de s’échiner à écrire tout un roman sous une telle contrainte. Et même si l’histoire est quelque peu insipide – et c’est là qu’on peut constater le manque de considération pratique – la performance intellectuelle demeure remarquable.

Je pensais ensuite à Exercices de style de Raymond Queneau, une collection de 99 petits récits qui relatent tous le même incident banal : dans un autobus, le narrateur entre en colision avec un homme au cou très long et il le revoit plus tard à la gare en compagnie d’un ami qui fixe un bouton à son manteau. L’exploit de Queneau tient au fait qu’il ait trouvé 99 angles/styles/manières de raconter la même tranche de vie dont voici quelques versions.

Géométrique : "Dans un parallélépipède rectangle se déplaçant le long d'une ligne droite d'équation 84x + S = y, un homoïde A présentant une calotte sphérique entourée de deus sinusoïdes, au-dessus d'une partie cylindrique de longueur l>n, présent un point de contact avec un homoïde trivial B."

Hellénismes : "Dans un hyperautobus plein de pétrolonautes, je fus martyr de ce microrama en une chronie de métaffluence: un hypotype plus qu'icosapige avec un pétase péricyclé par caloplegme..."

Alors : "Alors l'autobus est arrivé. Alors j'ai monté dedans. Alors j'ai vu un citoyen qui m'a saisi l'oeil.."

Anglicismes : "Un daí vers middai, je tèque le beusse et je sie un jeugne manne avec une grète neque et un hatte avec une quainnde de lèsses tressés."

Je nourris l’ambition d’un jour pouvoir me consacrer aussi délicieusement à des exercices aussi stimulants qu’inutiles :o)

mardi, mai 16, 2006

Lubie de fille


Parce qu’on a beau avoir une garde-robe, des placards et des commodes remplis de vêtements, d’accessoires et de chaussures de tous les genres, il arrive toujours un matin où l’on n’a absolument rien à se mettre. Dans mon cas, cette situation se produit un peu trop souvent. Ainsi donc, dans un désir d’éviter les débuts de journée difficiles où je mange mes céréales dans la salle de bain, entre deux coups de peigne, un pied dans une sandale et l’autre dans une ballerine entre lesquelles j’hésite encore 5 minutes avant de franchir la porte, j’ai décidé de me donner les outils pour réussir.

Vaguement inspiré par le personnage Cher de Clueless qui consulte son ordinateur pour déterminer son look du jour, j’ai méthodiquement agencé plusieurs ensembles différents, je les ai photographiés pour mieux les transférer sur mon ordinateur. Fini l'interminable casse-tête et les sprints d’essayage infructueux, j’ai désormais des idées convenant à la plupart des occasions et un simple survol de ma banque de données stylistiques me permet de trouver la combinaison exacte qui s’agence à mon humeur.

L’ennui c’est que depuis que mon système est bien au point, je déborde d’idées et je réinterprète chaque jour des pièces que je ne me souvenais plus avoir. Quel paradoxe!

lundi, mai 15, 2006

C'est le début d'un temps nouveau

Professionnellement, aujourd'hui sonne le glas d'une ère nouvelle.

Après une année de tumultueuses péripéties et de plus de revirements que dans le meilleur des soap operas, nous voilà prêts à nous remettre en selle selon les valeurs et la vision qui nous ont toujours été chères.

Le roi est mort, vive le roi!

samedi, mai 13, 2006

iPodmania

J’ai accompagné deux de mes amies dans une journée “achat et installation” d’iPod aujourd’hui et, à travers l’enthousiasme que j’éprouvais à leur faire découvrir les moindres aspects de leur nouveau joujou, je me suis rendu compte à quel point mon iPod faisait partie de plusieurs facettes de ma vie. Et en leur partageant ma banque de chansons méticuleusement dénichées un peu partout, je sentais que je leur transmettais une grande richesse. Pour l’histoire qu’il y a derrière la plupart des pièces, pour les merveilleuses découvertes que j’ai parfois pas de manière tout à faire incongrue (via un publicité ou un top 25 nicest places to take her-GQ), pour les morceaux sortis directement des boules à mites et les vestiges de mon enfance, c’est toute une ribambelle de souvenirs que j’ai gravés en mp3 sur DVD. Et la beauté de la chose, c’est que mes copines auront à leur tour à imprégner cette multitude de notes et d’airs, de sensations, de souvenirs et de significations qui leur seront propres. Une chanson peut avoir autant de personnalités nouvelles qu’il y a de gens pour l’écouter et sa transmission est un mouvement évolutif continuel.

Pas étonnant que depuis l’arrivée du iPod, de nombreuses études sociales s’y intéressent. Des réactions des soldats au combat qui perçoivent le choix aléatoire de chanson comme un signe de Dieu, qui leur montre la voie ou leur transmet un message, en passant par les gens comme vous et moi qui voient la musique comme la trame sonore de leur existence et qui se plaisent à moduler leur choix musicaux selon leurs humeurs, pour finir avec l'histoire des mineurs australiens coincés dans une mine qui ont vu leur calvaire égayé par des iPods qui leur ont été descendus au même titre que l’eau et les vivres, je crois que le iPod est en train de modifier bien subtilement notre existence.

Et si on cherchait, à travers les chansons qui parsèment notre quotidien, des directions qui nous étaient jadis fournies par, je ne sais pas moi, la religion ou les normes sociales jadis plus rigides… C’est tout à fait humain de vouloir trouver un sens à son existence. Est-ce que ce serait nécessairement inconcevable de penser pouvoir le trouver, en partie, au bout de nos écouteurs?

vendredi, mai 12, 2006

À quoi tient réellement un point de vue différent?

Je réécoutais le film “Lord of War” avec Nicolas Cage et le générique du début m’a rappelé une réflexion que je me fais souvent concernant le changement de point de vue. Pour en revenir à ce générique, il nous transpose dans le rôle d’une balle, de sa fabrication à sa détonation ultime. Et ça m’a fait penser, qu’en tant qu’être humain, forme la plus évoluée de la création, il nous arrivait bien peu souvent de nous donner la peine de considérer d’autre point de vue que le nôtre…Je ne parle pas des différences d’opinion entre les individus que nous sommes, mais plutôt des angles complètement différents qu’aurait la vie d’un point de vue de fourmis, de chien ou de fleur.

Quand j’avais mon teckel et que je me couchais sur le ventre pour jouer avec lui, je descendais mon champ de vision à la hauteur du sol et la vie, de ce point de vue à ras le sol, ne semblait pas avoir la même ampleur. Anselm Kiefer nous offre une vision d’un champ de tournesol vue d’un homme couché sur le dos et après ma visite au MAC, je me suis mise à prendre des photos à partir de point de vue les plus inusités, juste pour voir quelle impression ça me ferait.

C’est que nous sommes tellement habitués de voir la vie d’une certaine façon, que la pensée même de l’envisager autrement nous effleure rarement. Et alors que le simple fait, de se coucher sur le sol ou de se tenir sous la tête, peut brièvement nous laisser entrevoir les choses autrement, il est vraiment rare que cette vision heureusement différenciée subsiste au retour de nos pieds sur terre…

jeudi, mai 11, 2006

Coup de vieux

J'ai une copine qui va bientôt ouvrir un restaurant à St-Sauveur (Orange Pamplemousse) avec son copain et franchement ça me donne un sacré coup de vieux. On était au secondaire ensemble, on a joué au volley, du pool C à championnes Juvéniles, on a voyagé en Jamaïque, on a coaché la relève en volley, on a fait nos premières armes de shoppeuses et connus nos premiers amours...et voilà qu'aujourd'hui, elle me force à ouvrir les yeux sur ce monde adulte dans lequel on commence à avoir parfaitement pied.

Des fois j'ai l'impression que depuis que j'ai eu 18 ans, je me suis arrêté à cet âge où l'on est définitivement adulte sans pour autant aller au delà. Mais à mes 18 se sont déjà ajoutées quatre années bien remplies qui ont fait de moi la personne que je suis aujourd'hui même si je me sens la plupart du temps pareille à celle que j'ai toujours été.

Quand mes amis commenceront à se marier, à s'acheter des maisons et à avoir des bébés, ma réalité adulte deviendra de plus en plus indéniable. J'ai amené ma petite cousine lors d'un week-end entre copines et on se faisait la réflexion que bientôt ce seraient les nôtres dans les poussettes...Et même si je sais que tout ça est pour bientôt je ne le réalise vraiment pas encore...

mercredi, mai 10, 2006

La vérité sort de la bouche des enfants

J’ai vu hier la pièce « Désordre Public » de Evelyne de la Chenelière à l’Espace GO et qui, bien qu’inégale par moments, m’a ému par la beauté philosophique de certaines tirades. Surtout cet enfant génie de 8 ans, interprété par Jacinthe Laguë, qui parle de son cours de compassion (philosophie) où l’enseignant demandait à ses élèves s’ils éprouvaient de la peine ou de la douleur pour la pomme dans laquelle il croquait. Le professeur poursuivait ensuite en disant qu’on n’éprouvait rien pour la pomme parce qu’on n’arrivait pas à se mettre à sa place. C’est aussi pourquoi, l’on prête davantage d’émotions aux animaux qui nous ressemblent (les singes, les chiens) qu’aux espèces (mouche, fruit) dont la distance par rapport à la nôtre, rend l’identification difficile. C’est une question d’anthropomorphisme et l’enfant poursuivait en disant que depuis, il faisait de l’anthropomorphisme systématique et que sa grande compassion l’empêchait désormais de croquer dans un pomme sans l’entendre crier de douleur et avoir l’impression qu’elle saignait dans sa bouche. Il ne voulait plus d’ailleurs faire de ski, car il avait l’impression de creuser des cicatrices dans la peau de la montagne. Il marchait sur la pointe des pieds pour ne pas trop peser sur la terre…

Non seulement l’interprétation est sublime mais le contenu est réfléchi, poétique et porteur. Je vous encourage à aller voir la pièce, qui est présentée jusqu’au 20 mai, ne serait-ce que pour ce petit enfant dont chacune des prestations est un pur délice.

mardi, mai 09, 2006

Effet bénéfique de la confrontation sur la prise de conscience

Avant de m’enflammer face à un ami qui me disait vouloir envoyer ses futurs enfants au Collège Français, dans un désir de rigueur académique et culturelle, je n’avais pas l’impression d’avoir une quelconque opinion sur la question. Mais voilà qu’en moins de deux, je me suis retrouvée complètement outrée, un peu comme si toute ma personne s’insurgeait et se tendait spontanément dans la direction opposée.

C’est étrange de prendre ainsi conscience de certaines positions qu’on ignorait camper… mais ça laisse présager une foule de convictions latentes qui ne demandent qu’à faire surface au moment opportun. Et si la confrontation et la provocation suffisaient à faire jaillir l’étincelle instigatrice…

Peut-être que des débats autour d’Orford, des méga-porcheries, des PPP et de la subvention des études post-secondaires ont cela de bon qu’ils provoquent et confrontent le Québécois en chacun de nous. Il est peut-être possible, qu’à l’image de ma montée aux barricades en faveur de l’éducation québécoise, toutes nos convictions trop longtemps refoulées - par l’apathie ambiante et le désintérêt croissant teinté de je-m’en-foutisse nombriliste – commencent graduellement à refaire surface.

Et dans cette optique, je dis amenez-en des insatisfactions, des projets à la noix et des lubies de politiciens, parce que c’est peut-être exactement ça que ça prend pour que les principes démocratiques redeviennent autre choses que de belles théories.

lundi, mai 08, 2006

Le bonheur est dans le pré


Je me suis réjouie de voir les pissenlits prendre d’assaut les gazons, parce que même si la plupart des gens les trouvent laids, envahissants et s’empressent de les irradier à grands jets de pesticides, pour moi, ils sont de merveilleux annonceurs des beaux jours à venir. Ils me rappellent les bouquets assemblés avec amour et qui nous laissaient les mains et les vêtements tâchés de sèves indélébiles.

L'odeur de l'apprentissage


J’étais en train de mettre en pratique, avec moins de succès que je ne l’aurais voulu, un nouveau mouvement de ballet quand une odeur m’a soudainement frappé. Du coup, j’ai été ramené 10 ans en arrière, dans le manège intérieur dans lequel je prenais mes cours d’équitation. Il y avait, dans la subtilité de cette odeur de bois et de concentration mêlés, quelque chose de bien précis qui m’a fait me demander si l’apprentissage n’avait pas une odeur.

Si on part du principe que pour apprendre de nouvelle chose, on doit être dans un certain état d’esprit, qui allie réceptivité, concentration et malléabilité mentale et physique, et qu’on extrapole tout un univers de sensations…on se rend compte que l’hypothèse selon laquelle, l’apprentissage ait une odeur, peut faire du sens. On peut, comme il nous arrive de nous souvenir de blagues ou de confessions que l’on a fait dans un état second – soit-il dû à l’alcool ou à tout autre substance illicite- les fois suivantes où l’on se retrouve dans le même état, je crois qu’il est tout à fait possible, que cette mémoire associée à certains états, ait son équivalant dans l’espace temps lorsqu’il est question des apprentissages.

Pensez-y un peu la prochaine fois que vous vous retrouverez dans une situation d’apprentissage, y sentirez-vous des relents de votre enfance?

dimanche, mai 07, 2006

Prénoms d'occasion

Le mien vient d’une chanson de Julien Clerc. Ma sœur a failli s’appeler Audrey, mon frère Nathaniel. Nous avons pour la plupart, des petites histoires entourant les raisons d’être et le choix de notre prénom et on se tâne vraiment jamais d’y revenir. C’est que notre prénom est une parti omniprésente de notre personnalité même si l’on est toujours la personne qui l’utilise le moins.

Combien de noms ne nous reviennent pas tout simplement parce que les premières personnes que l’on a côtoyée à s’appeler ainsi nous ont fait une mauvaise impression. Des prénoms qui sont, à la base, totalement neutres en viennent à personnifier des traits que l’on déteste, ce qui fait qu’inconsciemment on finit par attribuer ces traits exécrables à tout ceux qui auront le « malheur » d’avoir été prénommé de même. Des jugements bêtes et totalement arbitraires me font me méfier des Julie depuis mon primaire. Est-ce un hasard que personne de mon entourage ne se prénomme ainsi? Est-ce qu’inconsciemment je fuis ou réduis à sa plus simple expression toute amorce de relation avec quiconque portant ce prénom?

Une chose est certaine, les premiers individus porteur d’un prénom « x » que nous rencontrons ont sur leurs épaules le poids de nous mettre en bon terme avec leur appellation qui sera ensuite associée à la plupart de leurs caractéristiques pour mieux servir d’étalon de mesure à tous leurs « semblables » pareillement nommés que nous serons appelés à croiser.

Peut-être que ma théorie est un peu tirée par les cheveux mais reste que mes prototypes de Jérôme, Marie-Claude, Olivier, Mia existent bel et bien…pour le meilleur – parce que je serais toujours bien disposée face à des individus prénommés ainsi - et pour le pire – parce que je n’aurai jamais le réflexe de m’en méfier même si la situation l’exigeait.

jeudi, mai 04, 2006

J'aurais voulu être un artiste...

De cirque. Par un heureux hasard de circonstances et de rencontre fortuites, je me retrouvée hier soir au spectacle "épreuve de synthèse" des finissants de l'école nationale du Cirque.



J’ai toujours l’impression que les artistes gardent en eux, une parcelle d’innocence inaltérable, et c’est d’autant plus vrai pour les artisans du cirque. Je ne sais pas trop pourquoi mais le cirque est pour moi intrinsèquement lié à l’enfance, pour sa part de magie, ses doses de rêves, sa poursuite d’étincelles intangibles.

Il y a, dans le regard franc de ses artisans, l’appel à la reddition. Renoncez à n’envisager que l’imaginable et le possible! Capitulez devant la rigueur structurée du quotidien! Renoncez à la tristesse d’une existence où la beauté magique de l’émerveillement enfantin est reléguée aux oubliettes…

Les élèves que j’ai vus sur scène semblaient tellement libres qu’ils en paraissaient aériens. Il y a dans l’incertitude de ces métiers que l’on fait réellement par passion et très souvent sans filet, une affirmation sans compromis de son unicité et de son entièreté.

Dans la théâtralité appuyée de chaque moment, j’ai perçu un cri du cœur : « Je suis moi, tel que j’ai toujours voulu être avec mes forces et mes faiblesses, à faire ce que j’aime par dessus tout .». Combien de gens de mon entourage peuvent se vanter d’être aussi fidèle aux passions et aux rêves qui les habitent?

Le cirque est indéniablement magique, et c’est parce que nous sommes fondamentalement sensibles et toujours imperceptiblement tendus vers ce petit plus, ce fol espoir de faire de nos vies ce que nous avons réellement l’impression qu’elles peuvent être, que la magie opère à chaque levée de rideaux.

mercredi, mai 03, 2006

Les plus belles choses à ramener dans ses valises sont intangibles

Tim est revenu de Milan hier, tout sourire, plein de soleil et du sommeil plein les yeux. Un des aspects fantastiques du tournoi c’est ce que les athlètes sont hébergés dans des familles italiennes pour toute la durée du séjour. Tim est donc allé chez Giovanni, son ami italien rencontré l’an dernier dans le cadre de ce même tournoi et avec lequel il était resté en contact toute l’année grâce à MSN. Il y a une beauté pure dans ces amitiés nées de presque rien et qui se développent en précieux échanges, interculturels dans ce cas. Entre les parties, Tim a donc exploré Milan, ses musées, ses monuments, ses belles boutiques et ses endroits inconnus et magiques auxquels on n’arrive à avoir accès que par le regard de l’autre. Il a fréquenté des restos, fait la fête dans des petits pubs et arpenté les rues marchandes dans l’espoir de trouver d’infimes parcelles d’Italie à ramener dans ses valises. Il m’a déniché une paire de gants infiniment précieuse et une cravate pour papa mais en vérité les souvenirs les plus précieux n’ont rien de tangible. C’est la promesse d’une visite de Giovanni au Canada, des expressions mignonnes « piccolo lordo », « tu hai dei begl’occhi », « Posso baciarti » et « tu sei bella come un angelo » qu’il nous récite pour le plaisir de se le réentendre redire. Ce sont des noms de chanteurs italiens - Luciano Ligabue, Vasco Rossi, Articolo 31 - qui seraient l’équivalent de Manu Chao ou de Jean Leloup (à ma demande express avant son départ) et qu’on a réussi à télécharger à son retour au Canada, dans un enthousiasme naïf de goûter un peu à la culture d’ailleurs, suite à la recommandation des gens mêmes qui les écoutent au quotidien.

Je vous le dis aujourd’hui, les plus belles choses que l’on ramène de nos voyages ne sont jamais dans nos valises. Ce serait plutôt toutes les portes qui se sont ouvertes et qui le resteront aussi longtemps que l’on aura envie de s’ouvrir sur le monde.

Démonstration pokémienne des fonctions du langage

Ça vaut la peine de souligner la créativité dont font preuve certains professeurs pour s’assurer que leurs étudiants ont bien saisi la matière. Dans le cadre d’un cours de linguistique, Pr. Leavitt nous a fait visionner des vidéocassettes de Pokemon pour que s’imprègnent dans notre rétine et notre cerveau, les six fonctions du langage selon Jakobson.

Il faut savoir en premier lieu, pour tous les néophytes qui ne seraient pas familier avec l’univers Pokemon, que tous les membres d’une même espèce de Pokémon portent le même nom, qui est à la fois, le nom de leur espèce et leur unique morphème à partir duquel se fait toute communication. C’est un peu comme si, à titre d’être humain, on s’appelait tous humain et que toutes nos discussions ne contiendrait que cet unique morphème, humain.

Une discussion du pokémon, Pikachu ressemble à :


« Pika, pika, pikachu, pikaaaaaaaachu! » et ça veut dire « Le pauvre Charmander a été abandonné par son maître et il attend ici dans l’espoir qu’il revienne le chercher ». La fonction référentielle du langage ou si on préfère, la passation d’informations précises est ici parfaitement représentée.


Pikachu se rend un jour dans la forêt où il rencontre tout plein d’autres Pikachu qui se réunissent à la pleine lune et entonnent en choeur une hymne lyrique « Piiiiiiiiiikaaaaaaaaaaaachuuuuuuuu, Piiiiiiiiiiiiiikaaaaaaaaaachuuuuuuuuuuu ». Cette fois, c’est la fonction expressive du langage qui est joliment mise en scène puisque l’accent est mis sur l’émotivité à travers l’expression d’une appartenance à un groupe (la race des Pikachu).

La fonction phatique dans cadre d’une communication qu’on fait simplement pour être ensemble est maintes fois illustrée, mais notamment lorsque Asch, dresseur du célèbre Pikachu lui demande à son réveil comment il se sent aujourd’hui et que se dernier lui répond « Pika, Pika ». Cet échange met l’accent sur l’établissement et le maintien d’un contact entre des individus. Notre quotidien est d’ailleurs rempli de communication phatique : « Tu m’entends? », « on se comprend? », « t’es toujours là? ».


La fonction poétique attire l’attention sur le message lui-même et la façon dont il est dit. Dans un épisode, le groupe dont font partie Asch et Pikachu prend ses jambes à son cou pour échapper à la prestation de Jiggypuff, un Pokémon chantant dont le chant plonge à tous les coups son auditoire dans un profond sommeil – ce qui a pour effet de la faire sortir de ses gonds. Le langage a donc une fonction poétique quand l’accent est mis sur la forme : « Comme la neige a neigé, ma vitre est un jardin de givre. »


Fonction métalinguistique du langage nous permet d’en faire le sujet central d’une communication. On peut parler du code même. Le chef chat de Team Rocket, Meowth est le seul Pokemon capable de parler comme les êtres humains et lors d’un épisode, on apprend comment il s’est entraîné à parler « humain » à coup de « I sell seashell on the seashore ». C’est une communication sur le langage et ses modes d’acquisition.


Finalement, la fonction incitative s’observe dans les situations où le langage tente d’influencer et même de faire poser un geste aux interlocuteurs. Une bande de Spearow (genre de corbeau Pokemon) plonge sur Pikachu suite à la directive conative de leur chef « Sppppppppppeeeeaaarooooooooooooooooow!!! »

Bon vous saisissez le principe. Une langue monomorphèmique qui permet tout de même de communiquer efficacement est le cas idéal pour démontrer simplement les six fonctions linguistiques…et ce, même si au quotidien, les fonctions du langage se combinent et se déclinent sans jamais avoir la limpidité pokémienne que nous aura fait apprécier Pr. Leavitt.

Ce n’est pas parce que certains divertissements peuvent sembler à la base aliénants, qu’on ne peut rien en tirer :o)

Sur ce « Pika, Pika! »

lundi, mai 01, 2006

Perplexité immunologique et génétique

Je lisais ce matin qu’une épidémie de choléra sévit présentement en Angola et ça m’a fait penser à une des particularités de la complexité de notre espèce. Dans mon cours d’anthropologie biologique, on a brièvement étudié des cas particuliers de résistance aux maladies et le choléra était l’une d’elles. Dans le contexte d’une épidémie de choléra, les individus qui sont hétérozygotes pour le gène de la Fibrose Kystique (c’est-à-dire qu’ils n’ont hérité qu’un seul allèle codant pour la maladie) ont plus de chance de survie que les individus homozygotes (sains et atteints). C’est que la Fibrose Kystique est une maladie qui provoque l’épaississement des muqueuses alors que le choléra entraîne la mort par déshydratation. Les individus hétérozygotes sont donc avantagés dans un milieu où sévit une épidémie de choléra parce que leurs muqueuses légèrement plus consistantes préviennent leur déshydratation. C’est d’ailleurs parce que le gène de la Fibrose Kystique confère un certain avantage évolutif, qu’il n’est pas disparu du pool génique malgré la faible capacité de reproduction des individus qui en sont porteurs. Il en va de même pour la maladie de Tay-Sachs dont les individus porteurs (hétérozygotes) résistent mieux à la tuberculose. Et en ce moment, les chercheurs se penchent sur le cas de certains européens (porteurs du gène CCR5-/-), qui semblent immunisés (ou du moins mieux protégé) contre le SIDA et dont la résistance serait peut-être en lien avec la terrible épidémie de peste noire (1347-1350).

La leçon à tirer de ce drôle concours de circonstances génétiques et immunologiques? Peut-être le corps humain est-il mieux fait qu’on est porté à le croire. Peut-être que toutes les innovations et les technologies que nous mettons au service de la santé et de l’accroissement de la longévité ne sont que de minces tentatives de rivaliser avec la nature qui fait malgré tout son chemin.