Ça vaut la peine de souligner la créativité dont font preuve certains professeurs pour s’assurer que leurs étudiants ont bien saisi la matière. Dans le cadre d’un cours de linguistique, Pr. Leavitt nous a fait visionner des vidéocassettes de Pokemon pour que s’imprègnent dans notre rétine et notre cerveau, les six fonctions du langage selon Jakobson.
Il faut savoir en premier lieu, pour tous les néophytes qui ne seraient pas familier avec l’univers Pokemon, que tous les membres d’une même espèce de Pokémon portent le même nom, qui est à la fois, le nom de leur espèce et leur unique morphème à partir duquel se fait toute communication. C’est un peu comme si, à titre d’être humain, on s’appelait tous humain et que toutes nos discussions ne contiendrait que cet unique morphème, humain.
Une discussion du pokémon, Pikachu ressemble à :

« Pika, pika, pikachu, pikaaaaaaaachu! » et ça veut dire « Le pauvre Charmander a été abandonné par son maître et il attend ici dans l’espoir qu’il revienne le chercher ». La fonction référentielle du langage ou si on préfère, la passation d’informations précises est ici parfaitement représentée.

Pikachu se rend un jour dans la forêt où il rencontre tout plein d’autres Pikachu qui se réunissent à la pleine lune et entonnent en choeur une hymne lyrique « Piiiiiiiiiikaaaaaaaaaaaachuuuuuuuu, Piiiiiiiiiiiiiikaaaaaaaaaachuuuuuuuuuuu ». Cette fois, c’est la fonction expressive du langage qui est joliment mise en scène puisque l’accent est mis sur l’émotivité à travers l’expression d’une appartenance à un groupe (la race des Pikachu).
La fonction phatique dans cadre d’une communication qu’on fait simplement pour être ensemble est maintes fois illustrée, mais notamment lorsque Asch, dresseur du célèbre Pikachu lui demande à son réveil comment il se sent aujourd’hui et que se dernier lui répond « Pika, Pika ». Cet échange met l’accent sur l’établissement et le maintien d’un contact entre des individus. Notre quotidien est d’ailleurs rempli de communication phatique : « Tu m’entends? », « on se comprend? », « t’es toujours là? ».

La fonction poétique attire l’attention sur le message lui-même et la façon dont il est dit. Dans un épisode, le groupe dont font partie Asch et Pikachu prend ses jambes à son cou pour échapper à la prestation de Jiggypuff, un Pokémon chantant dont le chant plonge à tous les coups son auditoire dans un profond sommeil – ce qui a pour effet de la faire sortir de ses gonds. Le langage a donc une fonction poétique quand l’accent est mis sur la forme : « Comme la neige a neigé, ma vitre est un jardin de givre. »

Fonction métalinguistique du langage nous permet d’en faire le sujet central d’une communication. On peut parler du code même. Le chef chat de Team Rocket, Meowth est le seul Pokemon capable de parler comme les êtres humains et lors d’un épisode, on apprend comment il s’est entraîné à parler « humain » à coup de « I sell seashell on the seashore ». C’est une communication sur le langage et ses modes d’acquisition.

Finalement, la fonction incitative s’observe dans les situations où le langage tente d’influencer et même de faire poser un geste aux interlocuteurs. Une bande de Spearow (genre de corbeau Pokemon) plonge sur Pikachu suite à la directive conative de leur chef « Sppppppppppeeeeaaarooooooooooooooooow!!! »
Bon vous saisissez le principe. Une langue monomorphèmique qui permet tout de même de communiquer efficacement est le cas idéal pour démontrer simplement les six fonctions linguistiques…et ce, même si au quotidien, les fonctions du langage se combinent et se déclinent sans jamais avoir la limpidité pokémienne que nous aura fait apprécier Pr. Leavitt.
Ce n’est pas parce que certains divertissements peuvent sembler à la base aliénants, qu’on ne peut rien en tirer :o)
Sur ce « Pika, Pika! »