Vous me voyez un peu surprise de n’aborder qu’aujourd’hui le sujet de l’expertise époustouflante de Pr. Rousseau. Il s’agit d’un de mes prof d’anthropo de McGill qui aura certainement eu un impact très important sur ma vie pour tout un tas de raisons qui pourraient bien se résumer à son impressionnante rigueur intellectuelle. Retenez donc ce nom car j’y ferai sans doute bien souvent référence dans le futur.
Alors, petite mise en situation :
Au cours d’un séminaire fort stimulant d’anthropologie cognitive, Pr. Rousseau partageait avec nous son expérience sur le terrain dans une tribu « Kayan » de Bornéo et pour illustrer un quelconque principe taxonomique, il donnait l’exemple des différentes espèces de « cerf » qui vivaient sur l’île, dont une ayant la taille d’un chat. Étant, lui-même un fin palais, Pr. Rousseau s’empressa d’ailleurs de préciser que cette petite espèce de cerf était absolument délicieuse!
Horreur!
Regards horrifiés et petits cris des filles présentes autour de la table. Pr. Rousseau y est allé d’un petit rire joyeusement condescendant pour nous expliquer « qu’il s’agit d’une réaction normale, quasi anticipable, puisqu’en tant qu’enfant nord-américains notre prototype du cerf est l’inoffensif et ô combien mignon Bambi ». Vous savez le pauvre Bambi dont la mère est méchamment tuée par des chasseurs qu’on soupçonne même d’être braconniers. Le Bambi gai luron qui gambade dans la forêt en compagnie de Pan Pan et Fleur. Il n’est donc pas étonnant d’être frappé d’effroi lorsqu’on s’imagine la même petite bête, embrochée au-dessus d’un feu…aussi délicieux et délectable soit-elle.
J’ai tenté de comprendre pourquoi cette anecdote m’était revenue récemment et je me suis rendu compte que c’est le concept même du prototype qui me trotte dans la tête. Si j’ai un prototype de Bambi pour tout ce qui s’apparente à un cerf je peux logiquement conclure que j’ai un prototype donné pour pratiquement toutes les situations/objets possibles. Et si mon prototype du cerf me vient d’un film, il n’est pas farfelu de penser que la plupart de mes prototypes n’ont d’autres fondements que des fictions grappillées à tous les vents. Troublant! Et on se croit si congruent :o)
Encore plus troublant encore, le pouvoir qu’ont entre les mains ceux qui sont en position de proposer les prototypes. Les cinéastes, dans le cas de Bambi, mais de nos jours, on peut aussi inclure les publicitaires dans cette caste très puissante.
Je ne crois pas avoir jamais été une grande fan de Bambi, mais les réflexions qu’il semble m’inspirer récemment s’inscrivent parfaitement dans ma démarche de mémoire de maîtrise. Comme quoi, il vaut toujours mieux laisser la chance au faon.
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