dimanche, avril 23, 2006

Les prophéties auto-réalisantes des métaphores du quotidien

Dans "Metaphors We Live By" Lakoff et Johnson font la démonstration que les métaphores que nous utilisons influencent profondément notre façon de voir la vie au jour le jour en plus d’alimenter nos attentes quant à ce que le futur sera.

Un échange argumentatif entre deux individus repose sur la métaphore de la guerre: deux opposants montent à la charge, attaquent, répliquent, gagnent ou perdent. Lakoff et Johnson concluent « argument is war ».

Dans la même lancée, ils démontrent que pour les nord-américains, « time is money ». On gagne ou perd du temps. On sauve du temps. On vit sur du temps emprunté. Dans nos sociétés, le temps est une commodité comme une autre dont certain ont plus que d’autre (alors que c’est pas franchement possible).

Les métaphores d’orientation sont celles qui semblent aller le plus de soi mais si on s’y arrête, elles n’ont rien d’intrinsèque:
« Happy is up; sad is down » je ne porte plus à terre ; je suis en dépression
« Health and life are up ; death and sickness are down » être au sommet de sa forme ; tomber malade
« Rational is up; emotional is down » ne pas être capable de s’élever au dessus de ses émotions.

Mais c’est franchement dans le domaine des relations hommes/femmes que les métaphores sont les plus nombreuses et les plus variées. Un peu comme si on n’avait aucun langage propre à la vie sexuelle, tout est emprunté à d’autres champs lexicaux, le désir sexuel comme :
Colère : explosion, pression, montée
Chaleur : brûler de désir, frigide,
Folie : fou de désir, à en perdre la tête
Machine : turn me on, c’était un vrai éteignoir
Jeu : partenaire, game on
Guerre : conquête, maquillage comme peinture de guerre, se rendre, se faire la guerre

Les rapports entre les êtres humains sont troublants car nous ne semblons pas disposer d’autres vocabulaire (conquête, destruction, gagnant/perdant). Peut-être que ça réfléchit une certaine réalité de continuelles confrontations dans un monde où le temps est une commodité linéaire horizontale aux qualités verticalement appréciatives ou dépréciatives…

Cela nous mène donc à la prophétie auto-réalisante (self-fulfilling prophecy), à force de percevoir les choses, les situations et les interactions de ce point de vue métaphorique, il devient notre cadre de référence. Une fois la prophétie faite, elle a tendance à devenir réalité.

De quoi est faite votre réalité quotidienne? Dans quelle mesure l’avez-vous préalablement prophétisée?

1 commentaire:

Ben a dit...

Excellent petit exercice qui nous révèle une fois de plus de l'extrème complexité des langues!!

L'étymologie des mots peux être un sujet intéressant, quoique complexe, et quasi infini!