lundi, avril 10, 2006

Interactions sociales : mode d’emploi et désir de faire les choses autrement

Salut? Ça va? Quoi de neuf? Qu’est-ce qui se passe de bon dans ta vie? Comment vont tes affaires?

Ou

Bonjour. Emilie. Enchantée. Qu’est-ce que tu fais dans la vie? D’où viens-tu? Comment connais-tu untel (quand on se rencontre par le biais d’ami commun)? Dans quel domaine étudies-tu? Si ce n’est pas indiscret, quel âge as-tu? T’habites dans quel coin?

Je mets tout le monde au défi de ne jamais avoir utiliser l’une ou l’autre ou toutes ces expressions dans le cadre social d’une première rencontre. On a tous utilisé l’une ou l’autre de ces formulations toutes faites sans vraiment y porter attention parce que lorsqu’on prend le temps de s’y arrêter, on se rend compte qu’elles en nous apprennent pas grande chose (et pas seulement dans mon cas où le tout est fait de façon tellement machinale que j’en oublie souvent les réponses dès qu’elles franchissent les lèvres de mon interlocuteur). On pourrait toutefois reconnaître l’objectivité à telle méthode d’approche, comme tout le monde passe par le même filtre, il n’y a aucun risque d’être partial. Mais il y aussi bien peu de risque d’être surpris. C’est tellement convenu comme échange, c’est un peu comme si on se contentait de remplir des « blank », un peu comme si statistiquement on courrait les chances d’arriver aux mêmes résultats en sélectionnant aléatoirement des bouts parmi les milliers de conversations que nous avons eues/vues/entendues dans notre vie.

Je me plais parfois à m’imaginer rencontrer quelqu’un de nouveau qui aurait l’originalité d’entamer une discussion par autre chose que : « J’te dis qu’on a du beau temps ces temps-ci. » ou l’éternel et redondant « qu’est-ce que tu fais dans la vie ». Ou alors je rêve d’avoir le culot de répondre des trucs comme « oui mais le beau temps me rend morose, c’est la pluie qui me rend heureuse, pas de bol! » ou bien « rien de franchement gratifiant d’un point de vue capitaliste, je me contente d’étudier des penseurs décédés et de délirer virtuellement dans les limites de l’acceptable ». Mais bon, je ne risquerais pas d’avoir de très longues conversations si je m’aventurais à donner libre cours à mon imagination. Je crois que j’exagère un peu, mais l’idée est là, pourquoi nos échanges sociaux sont-ils à ce point conformiste?

Est-ce un rituel rassurant? Un moyen d’assurer à chacun un niveau d’échange minimum acceptable? Ou alors un réflexe machinal qui trahit une paresse naturelle que nous éprouvons tous à aller réellement au-devant des autres?

J’ai déjà fait une petite expérience avec une personne que je venais de rencontrer et qui fut le cobaye d’un modèle d’interaction alternatif que je voulais éprouver. Chaque fois qu’on se parlait ou qu’on s’écrivait, je lui posais des questions « weird » du genre : « préfères-tu te lever ou te coucher? », « aimes-tu mieux les fourchettes ou les cuillères? », « si tu n’étais pas Québécois, de quelle nationalité serais-tu? », « plus agréable de convaincre ou de se faire convaincre? », « quelle est la chose la plus folle que tu aies faite ». À ce rythme plutôt lent et à force de question farfelues qui provoquaient des réponses tout aussi étranges mais ô combien riches, j’en suis venu à me faire une idée toute personnelle de cette personne. Et bien que je ne sois pas particulièrement proche de lui aujourd’hui, chaque fois que je le vois nous avons des discussions très personnalisées et gratifiantes. Un peu comme si dès le départ, nos interactions avaient eu un ton unique, une coloration VIP.

Je me dis souvent que si on se donnait la peine, on serait facilement capable d’avoir des vies plus remplies et des relations plus épanouissantes parce qu’elles nous forceraient chacune à leur façon à entrevoir le monde d’un autre œil. Sortir du moule est expression utilisée ad nauseum en publicité, mais je crois sincèrement que ça peut réellement être la clé du bonheur dans la réalité…du moins la mienne.

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