vendredi, avril 21, 2006

Invasions barbares et manipulations médiatiques de l'opinion publique

Ou, le point de vue rarement présenté sur les conflits autochtones

Ayant grandi près d’Oka, la crise autochtone de 1990 était sans contredit mon prototype des relations entre autochtones et Québécois/Canadiens. De la violence, un quotidien perturbé et une peur sans cesse alimentée par les médias qui se délectaient du sensationnalisme de la situation. Je n’étais donc pas particulièrement prédisposée à épouser la cause autochtone et leurs revendications actuelles, aussi légitimes soient-elles.

Mais tout a changé quand j’ai bifurqué vers l’anthropologie et que j’ai eu deux cours sur les Native People of North America au cours desquels, j’ai appris l’ampleur des drames vécus par les différentes nations autochtones depuis l’arrivée des colonisateurs jusqu’à aujourd’hui. Loin de moi l’idée de tomber dans une plaidoirie larmoyante sur les horreurs du passé et la tristesse de leur lot présent – j’ai d’ailleurs suffisamment casé les oreilles de mon entourage avec ces histoires – mais quand je vois la couverture médiatique de la « crise » de Caledonia, je me dis que l’opinion populaire ne pourra jamais être changée et que la plupart des individus passeront à travers leur vie sans jamais percevoir la réalité autochtone autrement que « ces paresseux, qui profitent financièrement du gouvernement et qui trafiquent de douteuses affaires ». Et c’est navrant...

Pour tous les problèmes qui semblent faire surface aujourd’hui, il a des centaines années d’oppression, d’assimilation forcée et de génocide culturelle. Pour toutes les crises, il y a des territoires volés, des régions de chasse éventrées par des routes ou des projets hydro-électriques. Pour toutes les « largesses financières » perçues (exemption d’impôts, assurance maladie et médicament couverture totale), il y d’infâmes contraintes qui forcent les Amérindiens à s’établir dans les réserves et à y travailler, sans possibilité de réussir hors de la réserve. Quand on parle de paresse, on oublie que le mode de vie autochtone est à la base si différent de notre propre façon de vivre au quotidien. À partir de quand avons-nous décidé que notre manière de vivre était la suprême et que tout le monde devait emboîter le pas? Pourquoi sommes-nous aujourd’hui en train de les forcer à prendre part à notre économie capitaliste avec ses exigences et sa rigidité qui va bien souvent à l’encontre du mode de vie autochtone.

Et ne parlons pas des contrecoups actuels des manœuvres gouvernementales d’antan qui ont séparé les enfants de leurs parents et les ont sortis de leur réserves pour les éduquer « à l’occidental » dans des pensionnats qui leur ont aspiré l’âme et créé des dommages irréparables dans la transmission de leur langue, de leur culture et de leur mode de vie.

Aujourd’hui, on préfère sans doute les dépeindre comme des extrémistes agressifs qui mettent le feu aux poudres dès qu’on veut lancer un projet immobilier plutôt que de parler des taux dramatiquement élevés de suicide au sein de la population autochtone. On se délecte du spectacle des tentes plantées, mais jamais on ne parle des problèmes de santé issus de l’empoissonnement du gibier et des poissons qu’ils parviennent désormais tant de bien que de mal à chasseur sur leur territoires de chasse ancestraux et aujourd’hui exploité optimalement par les gouvernements et les promoteurs privés. Rarement, on aborde la question des langues qui paraissent, des traditions shamaniques efficaces qui sont systématiquement dénigrées au profit de la médecine nord-américaine et de ses technologies de pointe qui parviennent peut-être à guérir le corps sans jamais s’occuper de l’esprit.

Dès qu’on s’intéresse un peu à l’histoire des Autochtones au Québec, au Canada et même en Amérique du Nord, il est bien difficile de rester insensible face à tant d’injustices. Dans les Invasions Barbares, le personnage interprété par Rémy Girard parle du génocide des peuples autochtones de l’Amérique en disant que c’était un des pires génocides de l’histoire de l’humanité. Et comme il en fait la remarque, c’est un point de vue rarement présenté. On parle de la WWII et des génocides arménien et rwandais mais on dirait qu’encore aujourd’hui on refuse d’admettre le tort qui leur a été fait.

Je ne pense pas me lancer dans une croisade mais je tiens à faire minimalement ma part en diffusant dans mon entourage ce point de vue trop souvent passé sous silence. Plusieurs de mes professeurs de McGill sont impliqués dans divers projets de préservation et de défense du mode de vie autochtones et ils ont réussi à me faire voir une lueur d’espoir. Le Autochtones du Canada militent activement pour obtenir le droit de s’autodéterminer et les avancées de différents cas célèbres (La Paix des Braves) insufflent un espoir nouveau à tous les peuples Aborigènes de la planète qui se battent aussi pour avoir le droit d’exister à leur façon.

Si ce bref plaidoyer a su modifier ne serait-ce qu’un tout petit peu vos perceptions, vous verrez désormais d’un nouvel œil tout ce que vous présenteront les médias…et je ne vois pas grand chose de mieux que d’être capable de se faire sa propre opinion surtout dans un contexte où elle est à contre-courant.

http://www.autochtonesaucanada.gc.ca/acp/site.nsf/fr-frames/index.html

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