dimanche, avril 30, 2006

Être ce que nous sommes, sans excuse aucune

Je crois que toute personne souhaite rester fidèle à l’individu qu’elle est au fond d’elle-même. Toutefois, au gré des expériences, au gré des différents environnements dans lesquels on est appelé à évoluer, il arrive parfois qu’il faille s’en éloigner, question de « fiter in ». Voilà…mais à partir du moment où l’on commence à donner dans le monitorage de soi élevé, et qu’on devient le caméléon sociale que la situation exige que nous soyons, courrons-nous le risque de perdre complètement de vue la personne que l’on est fondamentalement? Même si notre personnalité se forme au fil de nos expériences et que la personne qui poussera son dernier souffle ne sera que la somme de tout ce qui a composé sa vie, peut-on craindre de devenir étranger à sa propre personne en cours de route? Se peut-il que ça arrive sans même qu’on s’en rendre compte? Est-ce irréversible?

vendredi, avril 28, 2006

Découverte musicale à la vitesse du son


On finissait de souper tranquillement ce soir à la campagne, mon père préparait le thé, ma mère faisait couler son bain et à la radio Espace Musique de Radio-Canada s’est mise à diffuser un concert dans le cadre de la Grande Soirée de Blues d’Espace Musique. En moins de deux, on est tous tombé sous le charme de l’artiste inconnu (pour reprendre l’expression de Kiefer) dont le son clair d’harmonica et le rythme langoureux et chaleureux nous a tout de suite fait nous projeter à Cape Cod, en train de siroter notre vin blanc frais et sec sur la plage, bercés par le bruit des vagues. Il y a de ces chansons qui appellent toute une gamme de sensations, de clichés et d’expectations. Curieux de savoir qui était ce chanteur qui avait eu le pouvoir de nous charmer en seulement quelques mesures, je me suis rapidement rendue sur le site d’Espace Musique et quelle ne fut pas ma surprise de voir apparaître une espèce de fenêtre flottante portant la mention « En onde présentement ». Wow! C’est ce qu’on appelle l’instantanéité de l’information. En moins de deux, j’ai donc appris son nom Harrison Kennedy, et le nom de la pièce qu’il interprétait Bob Lo Island, en plus d’avoir droit à un preview de la pièce à venir I Can Feel U Leaving, à l’heure près (20h18). J’ai beau savoir que les limites de la technologie sont repoussées chaque jour, je suis toujours délicieusement surprise par tant de facilité.

Enjoy!

jeudi, avril 27, 2006

Et si la fièvre éliminatoire était contagieuse

Par un hasard de circonstances, je me suis retrouvée au Champs hier soir pour le premier match à domicile des Canadiens, édition Séries Éliminatoires 2006. N'étant pas ce qu'on peut appeler une fan, j’ai plutôt apprécié le côté social « fieldwork » de l’expérience.

Étroitement cordés sur deux étages, les supporteurs, pour la plupart revêtus de chandails ou d’accessoires aux couleurs des glorieux, étaient arrivés au moins une heure à l’avance pour profiter des sublimes commentaires d’avant-match diffusés sur les quelques dizaines d’écrans remplissant la pièce.

À mesure que l’on s’approchait de l’heure de la première mise au jeu, la fébrilité montait. Les tables se remplissaient de bières et les paquets de cigarettes se vidaient machinalement dans une tentative vaine de tromper la nervosité. Le ton de la conversation ambiante montait aussi à mesure que les minutes s’égrainaient comme pour faire compétition au volume des haut-parleurs qui semblaient déterminés à nous enterrer tous.

Vint alors l’entrée de joueurs, les lumières, la fumée, la musique. L’émouvant hymne national chanté par Grégory Charles et la foule en délire qui donnait franchement l’impression d’assister à un moment historique, mémorable et minutieusement ritualisé.

Le match a ensuite commencé et les partisans qui m’entouraient participaient à l’action et s’impliquaient comme si leurs cris et leurs manifestations avaient le pouvoir de porter leur équipe vers la victoire. J’y repense et ça me donne des frissons. C’est très puissant comme sensation, d’être au milieu d’un groupe chauffé à bloc qui tend vers le même but.

Et je me suis mise à penser, en sortant de là, que si on était capable de se mettre dans tous nos états pour un match sportif, si la passion, la fièvre et l’enthousiasme desquels j’ai été témoin pouvaient se répercuter, ne serait-ce qu’à moitié, dans certains projets de société… il y aurait un sacré potentiel de changement.

mercredi, avril 26, 2006

Strates existentielles et surgescence inopinée de sédiments

J’étais en voiture avec mon père ce matin - coincée dans le trafic et au bord de la crise de nerfs parce qu’on s’enlignait sérieusement pour que j’arrive en retard à mon examen (!) – et on parlait de ces expériences étranges qui nous arrivent parfois quand on est sur le pilote automatique. Quand on déménage ou qu’on change de lieu de travail, il arrive quelques fois que notre esprit nous joue des tours et qu’on se retrouve en face d’un endroit auquel on n’a plus affaire sans trop comprendre comment on s’est retrouvé là. On n’a pas particulièrement l’impression d’être perdu ou d’avoir eu la tête ailleurs mais sans trop savoir pourquoi, on s’est retrouvé là par instinct.

Et j’ai tout de suite pensé à des strates. Notre vie toute entières est faite de strates, des assemblages d’éléments datant d’époques et de période diverses. Les strates sont irrégulières et les sédiments d’une strate peuvent s’étendre sur les strates subséquentes tandis que d’autres demeurent profondément enterrés dans leur strate d’origine.

Quelques fois, il arrive que des sédiments depuis longtemps recouverts par de nouveaux dépôts ressurgissent et ça peut créer une certaine confusion. On se retrouve alors face à un ancien appart ou l’emplacement d’un bureau jadis fréquenté et le passé nous revient d’un coup sec.

Qu’est-ce qui a provoqué cette fouille symbolique? Est-ce qu’un infinissime élément aurait fait surface dans notre inconscient et enclenché la réaction en chaîne. Est-ce un parfum, une odeur, une chanson?

Ça peut créer des moments magiques ou franchement nostalgiques dépendamment de l’état d’esprit dans lequel on se trouve et de la propension personnelle qu’a chacun de nous à regarder pas dessus son épaule ou loin devant…
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Timotey jouera son premier match contre "Robur Varese" à 21:45 heure d'Italie (15:45 Mtl). Selon nos prognostiques, leurs chances sont bonnes. Go Munch Go!
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Et sur une note personnelle et jubilatoire, j'ai fait mon dernier examen à McGill ce matin. Collation des grades, me voilà!

lundi, avril 24, 2006

« Celui qui maîtrise les odeurs, contrôle le cœur des hommes » Süskind

Dans le Quartier Libre (UdeM) de la semaine dernière je suis tombée sur un article super intéressant sur le marketing olfactif. Des expériences faites dans un centre commercial de l’ouest de Montréal on démontré que la diffusion d’arômes faisait passer la moyenne d’achat de 55$ à 90$. L’odeur d’agrumes était d’ailleurs la grande gagnante puisqu’elle parvenait à réduire la dimension temporelle, faisant ainsi place à des achats spontanés. Même si le sens olfactif est le plus primitif chez l’être humain, la mémoire olfactive est d’une puissance inégalée puisque certains souvenirs olfactifs peuvent durer toute une vie.

Annie Mayou de Mood Media parle même de « logolf » pour logo olfactif et donne l’exemple de l’odeur de pomme verte qui est la signature de la chaîne d’hôtels Le Germain. Air France utilise des odeurs de miel et de lait pour réduire l’insécurité chez ses passagers tandis que l’agence voyage Planète Havas Voyages diffuse une subtile odeur d’iode pour donner la piqûre du sud à ses clients.

L’article soulève l’aspect éthique de cette sorte de persuasion inconsciente et souligne qu’aucune législation n’a encore été formulée sur la question par Santé Canada.

Nous sommes perpétuellement bombardés d’odeurs, pour le meilleur et pour le pire, il ne s’agit que d’ouvrir la narine pour départager les magouilles olfactives des réels plaisirs des sens!

Tim et la CPEQ à la conquête de l'Italie



Tim et son équipe de la CPEQ se sont envolés hier en vue de leur tournoi international annuel, cette année en Italie. Je leur souhaite donc la meilleure des chances et j'invite ceux que ça intéresse à suivre leur progression au cours des jours à venir. Vous pouvez vous rendre sur le site officiel du tournoi si vous avez envie de tester votre habilité à comprendre l'italien (schedule u18 - Selezione Quebec):

fiche Selezione Québec:
http://victorbasket.altervista.org/0506/Torneoint06-sezione/u18-squadre/Quebec-u18.htm

info générale:
http://victorbasket.altervista.org/0506/Torneoint06-sezione/main.htm

En digne grande soeur, je posterai à coups sûrs les faits saillants!

Go CPEQ Go!
Go Munch Go!

dimanche, avril 23, 2006

Les prophéties auto-réalisantes des métaphores du quotidien

Dans "Metaphors We Live By" Lakoff et Johnson font la démonstration que les métaphores que nous utilisons influencent profondément notre façon de voir la vie au jour le jour en plus d’alimenter nos attentes quant à ce que le futur sera.

Un échange argumentatif entre deux individus repose sur la métaphore de la guerre: deux opposants montent à la charge, attaquent, répliquent, gagnent ou perdent. Lakoff et Johnson concluent « argument is war ».

Dans la même lancée, ils démontrent que pour les nord-américains, « time is money ». On gagne ou perd du temps. On sauve du temps. On vit sur du temps emprunté. Dans nos sociétés, le temps est une commodité comme une autre dont certain ont plus que d’autre (alors que c’est pas franchement possible).

Les métaphores d’orientation sont celles qui semblent aller le plus de soi mais si on s’y arrête, elles n’ont rien d’intrinsèque:
« Happy is up; sad is down » je ne porte plus à terre ; je suis en dépression
« Health and life are up ; death and sickness are down » être au sommet de sa forme ; tomber malade
« Rational is up; emotional is down » ne pas être capable de s’élever au dessus de ses émotions.

Mais c’est franchement dans le domaine des relations hommes/femmes que les métaphores sont les plus nombreuses et les plus variées. Un peu comme si on n’avait aucun langage propre à la vie sexuelle, tout est emprunté à d’autres champs lexicaux, le désir sexuel comme :
Colère : explosion, pression, montée
Chaleur : brûler de désir, frigide,
Folie : fou de désir, à en perdre la tête
Machine : turn me on, c’était un vrai éteignoir
Jeu : partenaire, game on
Guerre : conquête, maquillage comme peinture de guerre, se rendre, se faire la guerre

Les rapports entre les êtres humains sont troublants car nous ne semblons pas disposer d’autres vocabulaire (conquête, destruction, gagnant/perdant). Peut-être que ça réfléchit une certaine réalité de continuelles confrontations dans un monde où le temps est une commodité linéaire horizontale aux qualités verticalement appréciatives ou dépréciatives…

Cela nous mène donc à la prophétie auto-réalisante (self-fulfilling prophecy), à force de percevoir les choses, les situations et les interactions de ce point de vue métaphorique, il devient notre cadre de référence. Une fois la prophétie faite, elle a tendance à devenir réalité.

De quoi est faite votre réalité quotidienne? Dans quelle mesure l’avez-vous préalablement prophétisée?

samedi, avril 22, 2006

Catherine la Grande, femme d'exception

J'ai profité d'un vendredi ensoleillé pour visiter l'exposition Catherine La Grande, un art pour l'empire au MBA. Mis à part la surpopulation « troisième agienne » des bien trop peu nombreuses salles, l'exposition valait la peine d'être vue. Ne serait-ce que pour découvrir cette grande femme dont les réalisations furent à la hauteur de ses ambitions limite mégalomanes.

Bâtisseuse, mécène, femme de lettre, cerveau militaire, industrielle pour ne nommer que quelques unes de facettes de sa personnalité, Catherine la Grande a notamment entretenue des correspondances avec Voltaire, Grimm, Diderot (encyclopédistes) et De Buffon. Dans un tout autre registre, elle a même orchestré l’explosion « en direct » d’un navire pour permettre à un artiste d’immortaliser posthum, le brillant succès de la bataille de Tchesmé et elle a fait rapatrier une pierre gigantesque, dont le transport s'échelonna sur deux ans, afin d’ériger un monument à la mémoire de Pierre Le Grand à St-Petersbourg, Place du Sénat. 40 sculpteurs suivaient le déplacement de la pierre pour la sculpter simultanément. Une très grande impératrice…à coups sûres!

vendredi, avril 21, 2006

Invasions barbares et manipulations médiatiques de l'opinion publique

Ou, le point de vue rarement présenté sur les conflits autochtones

Ayant grandi près d’Oka, la crise autochtone de 1990 était sans contredit mon prototype des relations entre autochtones et Québécois/Canadiens. De la violence, un quotidien perturbé et une peur sans cesse alimentée par les médias qui se délectaient du sensationnalisme de la situation. Je n’étais donc pas particulièrement prédisposée à épouser la cause autochtone et leurs revendications actuelles, aussi légitimes soient-elles.

Mais tout a changé quand j’ai bifurqué vers l’anthropologie et que j’ai eu deux cours sur les Native People of North America au cours desquels, j’ai appris l’ampleur des drames vécus par les différentes nations autochtones depuis l’arrivée des colonisateurs jusqu’à aujourd’hui. Loin de moi l’idée de tomber dans une plaidoirie larmoyante sur les horreurs du passé et la tristesse de leur lot présent – j’ai d’ailleurs suffisamment casé les oreilles de mon entourage avec ces histoires – mais quand je vois la couverture médiatique de la « crise » de Caledonia, je me dis que l’opinion populaire ne pourra jamais être changée et que la plupart des individus passeront à travers leur vie sans jamais percevoir la réalité autochtone autrement que « ces paresseux, qui profitent financièrement du gouvernement et qui trafiquent de douteuses affaires ». Et c’est navrant...

Pour tous les problèmes qui semblent faire surface aujourd’hui, il a des centaines années d’oppression, d’assimilation forcée et de génocide culturelle. Pour toutes les crises, il y a des territoires volés, des régions de chasse éventrées par des routes ou des projets hydro-électriques. Pour toutes les « largesses financières » perçues (exemption d’impôts, assurance maladie et médicament couverture totale), il y d’infâmes contraintes qui forcent les Amérindiens à s’établir dans les réserves et à y travailler, sans possibilité de réussir hors de la réserve. Quand on parle de paresse, on oublie que le mode de vie autochtone est à la base si différent de notre propre façon de vivre au quotidien. À partir de quand avons-nous décidé que notre manière de vivre était la suprême et que tout le monde devait emboîter le pas? Pourquoi sommes-nous aujourd’hui en train de les forcer à prendre part à notre économie capitaliste avec ses exigences et sa rigidité qui va bien souvent à l’encontre du mode de vie autochtone.

Et ne parlons pas des contrecoups actuels des manœuvres gouvernementales d’antan qui ont séparé les enfants de leurs parents et les ont sortis de leur réserves pour les éduquer « à l’occidental » dans des pensionnats qui leur ont aspiré l’âme et créé des dommages irréparables dans la transmission de leur langue, de leur culture et de leur mode de vie.

Aujourd’hui, on préfère sans doute les dépeindre comme des extrémistes agressifs qui mettent le feu aux poudres dès qu’on veut lancer un projet immobilier plutôt que de parler des taux dramatiquement élevés de suicide au sein de la population autochtone. On se délecte du spectacle des tentes plantées, mais jamais on ne parle des problèmes de santé issus de l’empoissonnement du gibier et des poissons qu’ils parviennent désormais tant de bien que de mal à chasseur sur leur territoires de chasse ancestraux et aujourd’hui exploité optimalement par les gouvernements et les promoteurs privés. Rarement, on aborde la question des langues qui paraissent, des traditions shamaniques efficaces qui sont systématiquement dénigrées au profit de la médecine nord-américaine et de ses technologies de pointe qui parviennent peut-être à guérir le corps sans jamais s’occuper de l’esprit.

Dès qu’on s’intéresse un peu à l’histoire des Autochtones au Québec, au Canada et même en Amérique du Nord, il est bien difficile de rester insensible face à tant d’injustices. Dans les Invasions Barbares, le personnage interprété par Rémy Girard parle du génocide des peuples autochtones de l’Amérique en disant que c’était un des pires génocides de l’histoire de l’humanité. Et comme il en fait la remarque, c’est un point de vue rarement présenté. On parle de la WWII et des génocides arménien et rwandais mais on dirait qu’encore aujourd’hui on refuse d’admettre le tort qui leur a été fait.

Je ne pense pas me lancer dans une croisade mais je tiens à faire minimalement ma part en diffusant dans mon entourage ce point de vue trop souvent passé sous silence. Plusieurs de mes professeurs de McGill sont impliqués dans divers projets de préservation et de défense du mode de vie autochtones et ils ont réussi à me faire voir une lueur d’espoir. Le Autochtones du Canada militent activement pour obtenir le droit de s’autodéterminer et les avancées de différents cas célèbres (La Paix des Braves) insufflent un espoir nouveau à tous les peuples Aborigènes de la planète qui se battent aussi pour avoir le droit d’exister à leur façon.

Si ce bref plaidoyer a su modifier ne serait-ce qu’un tout petit peu vos perceptions, vous verrez désormais d’un nouvel œil tout ce que vous présenteront les médias…et je ne vois pas grand chose de mieux que d’être capable de se faire sa propre opinion surtout dans un contexte où elle est à contre-courant.

http://www.autochtonesaucanada.gc.ca/acp/site.nsf/fr-frames/index.html

jeudi, avril 20, 2006

Graduation McGilloise inversement proportionnelle à l’admission UdeMienne

Poussée par je ne sais quel instinct, je suis allée jeter un coup d’œil sur le site web de Mcgill pour me renseigner sur le processus de graduation et j’ai été frappée par la quantité et la précision des informations et le caractère solennel de la cérémonie à venir. Si j’avais été déçu par ma triste lettre d’admission à la maîtrise annonçant mon arrivée à l’UdeM c’est tout le contraire pour mon départ de McGill.

J’ai dû réserver ma robe/toge (taille 5 puisque je mesure entre 5’6’’ et 5’8’’ – c’est précis) de cérémonie en ligne chez Gaspard and Sons limited et j’ai reçu ma confirmation par courriel en moins d’une minute (si c’est pas techno!). J’ai dû parcourir la longue liste des différentes facultés qui ont toutes des cérémonies distinctes à des heures distinctes dans des robes distinctes. Je dois aller chercher ma toge, ma line-up card (qui précise mon nom, mon diplôme et qui sera lu live) et mes billets d’invités au moins le jour d’avant et je dois obligatoirement me présenter plus d’une heure à l’avance le jour J sous peine de me voir refuser l’accès au podium.

Quel protocole pompeux. Là encore ma référence des films américains me serait sûrement d’une grande utilité pour anticiper le déroulement. Je ne vous promets pas de photos parce que le cliché serait total:o)

Pensées de noctambule

Les enfants de deux ans disent "non" à presque tout, c'est ce que Freud appelle le stade anal au cours duquel l'enfant commence à définir sa personnalité en opposition avec tout ce qui l'entoure. C'est en disant non à tout et en étant tout le contraire de ce que les autres attendent de soi que l'on amorce le processus d'affirmation de son identité. À mesure qu'on vieillit, on est censé apprendre à nuancer nos réponses et nos positions puisqu'on se rend compte qu'il est parfois bénéfique d'être du même avis qu'autrui et que l'affirmation de son unicité de passse pas exclusivement par la distanciation et la différenciation.

Quelques fois j'ai l'impression de vouloir être différente par principe. Je me mets plein de règles et je m'impose des façons de vivre qui ne sont que la négation des courants actuels, une affirmation de soi qui passe par le contre-courant, le marginal, l'hors-norme. Si tout le monde se comporte d'une certaine façon, il est presque assuré que je me comporterai autrement. Pourquoi? Est-il possible que certaines personnes souhaitent exister autrement? Sans doute, je me pose trop de questions . Il est probable que si j'emboitais le pas, tout finirait par tomber en place...mais je n'en ai aucune envie.

mardi, avril 18, 2006

Projection narcissique ou beauté par procuration?

Ma sœur nous montrait ses photos de NY et devant une séquence de clichés d’une de ses copines, elle s’est exclamée : « Oli(via) est tellement belle, je l’aime vraiment ». Ça m’a donné l’impression, qu’en aimant les gens beaux ou en affichant notre affection ou notre attirance pour les gens qui paraissent particulièrement bien, on affirmait notre propre beauté par la bande.

Un peu comme on décrit en psychologie cette tendance que nous avons à déduire notre propre valeur en fonction des gens qui nous côtoient. S’il est si intelligent et qu’il s’intéresse à moi je dois être intelligente aussi. Les autres deviennent le miroir de ce qu’on souhaite projeter de soi-même. On peut alors se demander si les gens desquels on se rapproche sont en quelque sorte des idéaux auxquels on aspire, des modèles dont la présence dans nos vies nous permettra de les émuler pour atteindre de nouveaux sommets selon nos critères du moment?

Nous avons tous ce préjugé favorable face à la beauté. Les gens séduisants sont d’emblé qualifiés de plus chaleureux, plus sympathiques et plus avenants alors que les irrégularités de visage ou de silhouette peuvent rapidement nous faire changer de trottoir dans la rue sans que nous sachions trop pourquoi. Même les bébés préfèrent les visages symétriques aux traits réguliers alors ce jugement esthétique n’est pas uniquement dû à l’influence médiatique, il est profondément ancré en nous.

Y a-t-il un mal, à titre d’individu, d’aspirer à se rapprocher le plus possible de la beauté? Y a-t-il un mal, en tant que société, à mettre à l’avant-scène ce que nous avons de plus beau en souhaitant que la majorité emboîte le pas? Je ne sais pas… mais une chose est sûre, la beauté dans ses formes les plus variées et les plus troublantes a quelque chose d’ensorcelant et de déstabilisant.

L'aventure canine a touché à sa fin


Arthur est parti. Je l'ai donné hier à sa nouvelle maîtresse et il m'a regardé avec ses petits yeux si tristes.

Au retour, la maison semblait vide sans lui. Sans ses petites pattes sur le plancher et ses griffes qui cliquètent quand il court avec enthousiasme vers nous. C'est triste de revenir à la maison et de ne plus voir cette petite bête folle de joie à la simple idée de nous voir arriver à la maison.

On se rend compte à quel point il faisait partie de notre vie quand on s'attend à tout moment à le voir monter l'escalier pour sauter sur le lit ou forcer la porte pour s'assurer qu'on est simplement dans le bain plutôt que disparu.

Sa présence se résumait à une foule de petites choses, quelques unes franchement chiantes et d'autres tout à fait adorables, qui en faisaient un animal idéal qu'on a aimé de tout notre coeur.

C'est donc un bref et émouvant dernier hommage que je rends à Arthur aujourd'hui, parce que j'avais dit que je faisais la grève de blogue jusqu'à ce que je m'en remette. J'ai finalement changé d'idée parce que je sais que ça me prendra beaucoup de temps avant d'y repenser sans les larmes aux yeux...mais la vie suit son cours et la tristesse n'est qu'une façon de constater qu'on est bien en vie.

samedi, avril 15, 2006

Il y a de ces pièces qu'on n'arrive jamais à oublier vraiment


Il s’est écoulé à peu près deux ans depuis que j’ai vu cette pièce monumentale de Wajdi Mouawad au theâtre Quat’sous suite à la recommandation d’un collègue enthousiaste. Si autant de jours ont passé et que je ressens encore le besoin d’en parler pour encourager tout le monde à aller la voir, c’est que c’est indéniablement une œuvre bouleversante, pas totalement life-changing mais assez marquante pour qu’on s’en souvienne toute sa vie.

« Incendies, nous plonge dans les affres du silence et de la tragédie millénariste : Nawal, ses enfants, la guerre, trois chemins embrasés qui cherchent à se recouper pour résoudre l’équation de leur existence. Nawal a passé les dernières années de sa vie enfermée dans un silence inexpliqué. Lorsque son notaire Hermile Lebel découvre ses dernières volontés à ses jumeaux Jeanne et Simon, ceux-ci sont confrontés à un questionnement existentiel concernant leurs origines et notamment la vie de leur mère. D’une simplicité cruelle, les mots de Wajdi Mouawad fusent : "L’enfance est un couteau planté dans la gorge". Nawal et ses enfants ont cette marque rouge à la gorge, signe que le passage de l’enfance à l’âge mûr ne se fait pas en douceur mais bien que la compréhension du monde est un non-retour absolu, une douleur éternelle, une entaille dans la chair. » source -http://www.artelio.org/art.php3?id_article=885

En ouvrant la Presse ce matin, j’ai vu qu’ Incendies allait faire partie de la programmation 2006-2007 du Théâtre du Nouveau Monde avec la même distribution. Bien que l’intimité Quat’sous se prêtât sans doute mieux à la trame de la pièce, je ne saurais vous encourager suffisamment à vous procurer des billets pour la représentation au TNM.

Il y a de ces choses dures et bouleversantes qui ont le pouvoir de nous émouvoir profondément, de nous aspirer pour nous permettre d’explorer ce qu’il y a de plus beau dans la nature humaine en passant par ce qu’il y a de plus laid.

Mouawad est un auteur moderne qui aborde des thèmes universels à travers des histoires dont la proximité avec nos propres existences a vraiment le pouvoir de nous faire sentir citoyens du monde. Pour le meilleur et pour le pire nous sommes tous de la même race.

jeudi, avril 13, 2006

Milgram's Obedience Experiment

Dans le cadre de recherches sur l’endoctrinement dans les troupes armées que j’ai dû faire au cégep dans le cadre de l’obtention de mon diplôme de l’OBI, option psycho, j’ai eu la chance d’étudier Milgram et ses conclusions suite à ses recherches sur l’obéisssance. Pour ceux qui ne seraient pas familier avec cette expérience aussi célèbre que controversée, voici un bref récapitulatif :

Après la fin de la WWII et suite à la découverte des horreurs de l’Holocauste, les Nazis subirent des procès (entre autre Eichmann) au cours desquels certains plaidèrent leur innocence en précisant qu’ils ne faisaient qu’obéir aux ordres comme se devaient de le faire tout bon soldat.

Curieux de déterminer si tout être humain recèle du potentiel d’infliger de la douleur à son prochain dans le contexte où il en reçoit bien simplement l’ordre, Stanley Milgram, alors étudiant au doctorat en psychologie, a mis sur pied un projet de recherche susceptible de nous en apprendre davantage sur l’obéissance humaine.

Le participant entrait dans une salle où se trouvait un superviseur austère en sarrau blanc et un co-participant plutôt amical. Le superviseur expliquait alors que l’expérience portait sur le rôle de la punition dans l’apprentissage, il précisait qu’un tirage au sort allait déterminer qui serait l’élève et qui serait l’enseignant. À tout coup, le participant se retrouvait dans le rôle de l’enseignant et le co-sujet – en fait un complice payé pour simuler les réactions – prenait place de l’autre côté de la vitre dans une pièce adjacente. Le superviseur demandait alors à l’enseignant de faire apprendre une liste de mots à l’élève et, à chaque fois que ce dernier se trompait, l’enseignant devait lui infliger un choc électrique. De faible intensité au départ, le voltage augmentait graduellement, pour atteindre jusqu’à 450 volts, à mesure que l’élève faisait des erreurs. Les interrupteurs permattant d’aumgenter le voltage était étiquettés de « simple choc » à « danger : choc sévère » jusqu’à « XXX ». À partir d’un certain point, l’élève commence à exprimer sa douleur et son inconfort allant même jusqu’à vouloir arrêter l’expérience ou à préciser qu’il était cardiaque. Malgré l’inconfort apparent du sujet, la plupart des participants-enseignants continuaient à administrer les questions et les chocs. Si certains semblaient de plus en plus mal à l’aise à l’idée de la douleur qu’ils causaient, un simple encouragement du superviseur, qui les priait de continuer, suffisait à leur faire poursuivre leur tâche. En bout de ligne, c’est 65% des participants qui se sont rendus jusqu’au 450 volts. On ne parle pas de sadique ou d’individus dérangés, il s’agit d’être humains tout à fait normaux provenant des classes ouvrières, managerielles et professionnelles.



Avec des résultats aussi percutants Milgram est arrivé à prouver que les crimes les plus atroces commis dans un contexte de guerre ne sont pas le fruits d’esprits dérangé ou de monstres de cruauté. Mais encore plus, Milgram a démontré que tout être humain a en lui le potentiel de commettre des actes abjects seulement parce qu’ils lui sont demandés. Les expériences de Milgram on été reproduites dans plusieurs pays, par de nombreux chercheurs et dans des conditions variables mais les résultats pointent tous dans la même direction que les conclusions de Milgram.

"The social psychology of this century reveals a major lesson: often it is not so much the kind of person a man is as the kind of situation in which he finds himself that determines how he will act." (1974)"

Aujourd’hui, alors que son expérience et ce qu’elle a révélé de la nature humaine sont connus d’un plus vaste public, nous avons davantage conscience de cette part destructrice que nous portons en nous (Freud parle de pulsion de mort). Et bien que les expériences de Milgram soit questionnables d’un point de éthique - puisque les participants ont été profondément affectés de prendre conscience de leur propre cruauté, ce qui enfreint la règle du respect de l’intégrité mentale des participants – je continue à penser que sa démarche et ses conclusions sont magistrales.

Dans la même veine, il y a eu le Stanford Prison Experiment que le film Das Experiment a su parfaitement transposer. Le principe est un peu différent mais l’expérience démontre aussi les dynamiques psychologiques humaines dans un contexte de domination soumission. À voir absolument!

mercredi, avril 12, 2006

Une conscience éveillée en vaut deux


Est-ce que vous connaissez cette impression lorsqu’on découvre quelque chose de nouveau, on se met soudainement à en entendre parler de tous les côtés. Un mot, une tendance, un auteur duquel on avait jusqu’alors jamais entendu parler semble soudainement être placardé partout. On se demande alors si la visibilité soudaine et accrue découle de notre prise de conscience plutôt que d’un soudain bond de popularité de la chose en question. Cette drôle d’impression qui m’assaille à l’occasion me rappelle deux choses, ce qu’on perçoit du monde peut facilement se borner à notre propre univers aussi nombriliste soit-il. Et aussi que l’ouverture d’esprit est la plus belle des qualités parce qu’elle rend tout le reste possible.

C’est donc dans cet état d’attention particulièrement aiguisée que je me trouve présentement par rapport à la question africaine. Par la vision hautaine des empires colonisateurs que je perçois très mesquine dans le cadre de mon cours d’anthropologie biologique et qui se résume à peu près à: « Les descendants de l’homme moderne viennent assurément d’Europe. Puisque nous sommes les peuples les plus évolués il est absolument impossible que nos ancêtres aient pu venir d’Afrique, cette terre primitive où vivent des êtres qu’on ne sait trop si on peut qualifier d’humain tant ils sont sauvages ». Par la tristesse du roman de Gil Courtemanche, récemment porté à l’écran et qui a fait se poser la question à son réalisateur – comme à beaucoup de monde donc moi : « Mais où est-ce que j’étais en 1994? ». Bon dans mon cas, j'avais 11 ans donc ça se pose moins mais je suis certaine que pareils drames ont cours aujourd'hui malgré ma totale ignorance

Par le ton et les paroles crues et amères des chansons dénonciatrices de Tiken Jah Fakoly
« Ils ont partagé Africa, sans nous consulter
Il s’étonnent que nous soyons désunis.
Une partie de l’empire Maldingue
Se trouva chez les Wollofs.
Une partie de l’empire Mossi,
Se trouva dans le Ghana.
Une partie de l’empire Soussou,
Se trouva dans l’empire Maldingue.
Une partie de l’empire Maldingue,
Se trouva chez les Mossi.
Ils ont partagé Africa, sans nous consulter !
Sans nous demander !
Sans nous aviser !
Ils ont partagé le monde, plus rien ne m’étonne !
Plus rien ne m’étonne !”
Plus rien ne m'étonne - Tiken Jah Fakoly

C’est d’ailleurs cet artiste qui est le plus responsable de ma récente conscientisation. Quand on parle du pouvoir des artistes de rejoindre des publics élargis le présent cas en est le parfait exemple. Il m’aura fallu un simple couplet pour comprendre l’injustice de la découpe actuelle des territoires africains qui ont sciemment scindé des empires puissants pour être davantage capable d’en contrôler les membres et empêcher leur rébellion contre la tyrannie coloniale. Et quand je repense au film Lord of War avec Nicolas Cage (2005) qui brossait le portrait des dirigeants américains qui subventionnaient le marché noir des armes dans les pays africains pour leur sous tirer un maximum de ressources par le biais des combats (on te paye en diamants, tout un bargain!) je me dis que les choses ont bien peu changé.

Bref palmarès à écouter pour aiguiser sa conscience *suggestions sont bienvenues, particulièrement ces temps-ci
Biko par Peter Gabriel
Jonathan par Renaud
Tout Tiken Jah Fakoly




mardi, avril 11, 2006

Des idées pour faire durer l'éphémère?

Je parlais de la surprise dans un texte précédent et ça m’a rappelé un passage du roman de Raphaëlle Germain, Soutien-gorge rose et veston noir où il était justement question de ce désir de surprise.

« Les gens veulent…tout le monde veut juste être surpris. C’est ça, tout le monde veut être surpris. Ce que tu prends pour de l’amour, c’est de la surprise. Tu te fais surprendre par quelqu’un qui te plaît, par quelqu’un qui te fais sentir différent, qui brasse les choses alors que tu croyais que plus jamais rien ne bougerait. Mais l’effet de surprise par définition, il dure pas.» Raphaëlle Germain (2004,133)

C’est une réflexion que je me fais souvent moi-même. Étant une personne de nature plutôt absolutiste, j’ai souvent jonglé, avec un certain inconfort, avec les notions d’intensité amoureuse et de routine, de surprise et du quotidien. Et j’aime d’ailleurs aussi cette citation de Frédérick Beigdeder : «Pour être en amour, on a besoin d’insécurité et pour être amoureux on a besoin de sécurité», quel beau paradoxe.

Comment faire pour faire durer les premiers moments exaltants d’un nouvel amour? Comment faire ne sorte que se renouvelle la surprise et que nos sentiments ne s’empoussièrent pas avec le passage du temps? Faut-il se lever un matin et se dévouer comme Jeremy Cigogne à la reconquête d’un amour qu’on a l’impression ne jamais avoir su célébrer à sa juste valeur? Ou encore se lancer dans d’innombrables histoires qui ne sont que perpétuels recommencements d’un sentiment trop éphémère pour qu’il puisse se savourer plus de deux jours auprès de la même personne?

Je vais sans doute m’assagir avec le temps et mes désirs d’absolu prendront une tangente plus réaliste et moins utopique…Mais ça me fait penser à un passage de L’Alchimiste,
« Lorsque tu veux vraiment quelque chose, l’univers tout entier conspire pour te le donner. »

Anselm Kiefer "There are only glimpses"


Jamais canevas ne sera assez grand pour contenir ne serait-ce qu’une fraction de l'histoire du monde.

Nous avons la chance d’avoir au MAC jusqu’à la fin du mois, une exposition de quelques oeuvres d’Anselm Kiefer, un artiste allemand né à la fin de la Seconde Guerre Mondiale et considéré comme une figure incontournable de l’art contemporain.

Si vous n’êtes pas affectés, d’entrée de jeu, par l’ampleur de la plupart de ses pièces (on parle de canevas de plusieurs mètres de haut et de long) ou l’originalité des medium qu’il utilise (plomb, tournesol séché gigantesque, terre, barbelé, poussière de verre pour ne nommer que ceux là) leur contenu dénonciateur et la douleur poignante qu’elles semblent transmettre suffiront à vous plonger dans un état de profonde contemplation réflective. La pluralité de ses influences (littéraire, philosophique, scientifique, mythologique) alliée à la finesse de son interprétation et de la vision qui en découle m’ont sombrement séduit.

On ne sort de pas l’exposition Ciel-Terre le cœur léger, c’est même plutôt le contraire. Un peu comme si les toiles avaient levé le voile sur une part de notre humanité qu’on soupçonne sans chercher à y avoir accès. Cette partie qui contient tout ce qui a de plus laid, de plus destructeur, de plus écorché. Une vision sans fard des travers de l’histoire. Mais il y a aussi un beau et fragile message d’espoir comme la toile géante représentant le hall de rassemblement nazi et fait à partir de cendres « Plowing and burning, like slash-and-burn agriculture, is a process of regeneration, so that the earth can be reborn and create new growth toward the sun. ».

Mon petit côté intello m’a aussi fait apprécié les différentes allusions à des théories que j’ai découvert à l’occasion dont celle de Fludd selon laquelle chaque étoile dans le ciel à son équivalent en fleur sur terre, « Every plants on earth has its equivalent star in heaven » et aussi la légende d’Héraclès qui explique la création de la voie lactée (le poupon tétait si fort que le lait provenant du sein de sa mère a giclé dans l’univers).

Je vous laisse sur quelques unes des citations de Kiefer tirées d’une entrevue, elles sont porteuses de certaines grandes lignes de son œuvre :

« Past, present and future are essentially the same direction. It is about finding symbols that move in all directions »

« I know that in the last few decades religion has been made shiny and new. It’s like a business creating a new product. They are selling salvation. I’m not interested in being save. I’m interested in reconstructing symbols. It’s about connecting with an older knowledge and trying to discover continuities in why we search for heaven. »

« Law, mythology, religion – they are all structures for investigating human character. »


« I was interested in how people live together without destroying each other. »

lundi, avril 10, 2006

Interactions sociales : mode d’emploi et désir de faire les choses autrement

Salut? Ça va? Quoi de neuf? Qu’est-ce qui se passe de bon dans ta vie? Comment vont tes affaires?

Ou

Bonjour. Emilie. Enchantée. Qu’est-ce que tu fais dans la vie? D’où viens-tu? Comment connais-tu untel (quand on se rencontre par le biais d’ami commun)? Dans quel domaine étudies-tu? Si ce n’est pas indiscret, quel âge as-tu? T’habites dans quel coin?

Je mets tout le monde au défi de ne jamais avoir utiliser l’une ou l’autre ou toutes ces expressions dans le cadre social d’une première rencontre. On a tous utilisé l’une ou l’autre de ces formulations toutes faites sans vraiment y porter attention parce que lorsqu’on prend le temps de s’y arrêter, on se rend compte qu’elles en nous apprennent pas grande chose (et pas seulement dans mon cas où le tout est fait de façon tellement machinale que j’en oublie souvent les réponses dès qu’elles franchissent les lèvres de mon interlocuteur). On pourrait toutefois reconnaître l’objectivité à telle méthode d’approche, comme tout le monde passe par le même filtre, il n’y a aucun risque d’être partial. Mais il y aussi bien peu de risque d’être surpris. C’est tellement convenu comme échange, c’est un peu comme si on se contentait de remplir des « blank », un peu comme si statistiquement on courrait les chances d’arriver aux mêmes résultats en sélectionnant aléatoirement des bouts parmi les milliers de conversations que nous avons eues/vues/entendues dans notre vie.

Je me plais parfois à m’imaginer rencontrer quelqu’un de nouveau qui aurait l’originalité d’entamer une discussion par autre chose que : « J’te dis qu’on a du beau temps ces temps-ci. » ou l’éternel et redondant « qu’est-ce que tu fais dans la vie ». Ou alors je rêve d’avoir le culot de répondre des trucs comme « oui mais le beau temps me rend morose, c’est la pluie qui me rend heureuse, pas de bol! » ou bien « rien de franchement gratifiant d’un point de vue capitaliste, je me contente d’étudier des penseurs décédés et de délirer virtuellement dans les limites de l’acceptable ». Mais bon, je ne risquerais pas d’avoir de très longues conversations si je m’aventurais à donner libre cours à mon imagination. Je crois que j’exagère un peu, mais l’idée est là, pourquoi nos échanges sociaux sont-ils à ce point conformiste?

Est-ce un rituel rassurant? Un moyen d’assurer à chacun un niveau d’échange minimum acceptable? Ou alors un réflexe machinal qui trahit une paresse naturelle que nous éprouvons tous à aller réellement au-devant des autres?

J’ai déjà fait une petite expérience avec une personne que je venais de rencontrer et qui fut le cobaye d’un modèle d’interaction alternatif que je voulais éprouver. Chaque fois qu’on se parlait ou qu’on s’écrivait, je lui posais des questions « weird » du genre : « préfères-tu te lever ou te coucher? », « aimes-tu mieux les fourchettes ou les cuillères? », « si tu n’étais pas Québécois, de quelle nationalité serais-tu? », « plus agréable de convaincre ou de se faire convaincre? », « quelle est la chose la plus folle que tu aies faite ». À ce rythme plutôt lent et à force de question farfelues qui provoquaient des réponses tout aussi étranges mais ô combien riches, j’en suis venu à me faire une idée toute personnelle de cette personne. Et bien que je ne sois pas particulièrement proche de lui aujourd’hui, chaque fois que je le vois nous avons des discussions très personnalisées et gratifiantes. Un peu comme si dès le départ, nos interactions avaient eu un ton unique, une coloration VIP.

Je me dis souvent que si on se donnait la peine, on serait facilement capable d’avoir des vies plus remplies et des relations plus épanouissantes parce qu’elles nous forceraient chacune à leur façon à entrevoir le monde d’un autre œil. Sortir du moule est expression utilisée ad nauseum en publicité, mais je crois sincèrement que ça peut réellement être la clé du bonheur dans la réalité…du moins la mienne.

samedi, avril 08, 2006

Quatre murs et un toît

J’ai récemment découvert Bénabar et cette chanson m’a beaucoup touché dès la première écoute. C’est une chanson très joyeuse sur la vie d’une maison achetée par un couple, qui fonde un famille, voit ses enfants grandir et partir pour mieux voir revenir leurs petits enfants. C’est une pièce très simple avec un air kitsch mais son pouvoir évocateur est indéniable. En trois minutes, une existence entière se déroule, portée par les notes. Et c’est la fin qui me donne tout particulièrement des frissons :

« Cette maison est en vente comme vous le savez, je suis, je me présente, agent immobilier. Je dois vous prévenir si vous voulez l'acheter, je préfère vous le dire cette maison est hantée. Ne souriez pas Monsieur, n'ayez crainte Madame, c'est hanté c'est vrai mais de gentils fantômes. De monstres et de dragons que les gamins savent voir, de pleurs et de bagarres, et de copieux quatre-heures, "finis tes devoirs", "il est trop lourd mon cartable", "laisse tranquille ton frère", "les enfants : à table !".

Écoutez la musique, est-ce que vous l'entendez ?
(paroles)

J’adore l’idée que le quotidien se soit imprégné dans les murs et que la demeure, qui fut le théâtre de tant d’amour parental et filial, conserve à jamais des airs de vie familiale. Je m’imagine au centre d’une pièce où j’entends presque résonner toute cette vie, tous ces petits riens du quotidien qui sont la richesse d’une enfance heureuse.

Je me plais à croire que les lieux qui ont été témoins de grands instants de bonheur sont à jamais baignés d’une aura particulière et qu’il suffit de s’y retrouver pour goûter soi-même à une parcelle de félicité.

vendredi, avril 07, 2006

Relativité temporelle et existentielle


J’ai assisté hier, au Cœur des Sciences de l’UQAM, à une conférence donnée par Pr. Gouyon, intitulée : « La théorie de l’évolution tient-elle encore la route? » et traitant du débat entre la théorie darwinienne de l’évolution et le créationnisme, rebrandé intelligent design.

Ambassadeur assumé de l’option évolutive, le Pr. Gouyon a synthétisé la vision des évolutionnistes quant à nos existences individuelles ainsi :« Les individus sont des artifices inventés par les gènes pour se reproduire ». Ouf! Ça peut être dur à accepter, d’où le pourquoi de la popularité croissante du intelligent design et de ses défenseurs qui se vexent à l’idée d’envisager l’existence humaine dans cette simplicité biologique aliénante.

Comment peut-on arriver, sans tomber dans l’occultisme ou le mysticisme, à relativiser notre existence actuelle. Comment réconcilier la minuscule fraction que représente mon existence personnelle dans une perspective évolutive et le gigantisme frisant l’obnubilation de cette même existence dans ma perspective égoïste? Ce qui n’est qu’un battement d’aile de papillon dans le parcours de la race humaine est à la fois la totalité de mon parcours personnel?

Si je considère que la finalité de mes doigts est de contribuer à la finalité de mon organisme qui a lui-même comme unique but de se reproduire et de transmettre son bagage génétique…se lever le matin prend une toute autre dimension.

Le conférencier a clos sa conférence sur une note réaliste : « Les scientifiques et leurs découvertes ont à ce point réduit l’ensemble du monde qui nous entoure et des phénomènes qu’on y observe, à des considérations matérielles que cela a invariablement créé un vide spirituel.» (je paraphrase mais le propos est là).

Et c’est sans doute ce vide même et la vitesse avec laquelle on est passé de tout à rien qui mériteraient d’être débattus. Dès que l’être humain s’est mis à vivre en société, on a assisté à l’émergence de dieux, de totems ou d’instances supérieures et aujourd’hui, alors qu’on vit davantage les uns avec les autres (démographie, communication, interactivité), pratiquement rien ne subsiste (du moins en Amérique du Nord).

À venir prochainement…poursuite de cette idée dans une perspective fonctionnaliste Lévi-Straussienne :o)
Avouez que vous en avez l’eau à la bouche. Lol!

Vodka Tequila


Je suis allée voir à la course cette exposition fort intéressante (merci Chantal) et je prends quelque secondes ce matin pour la référer à tout le monde qui se trouve en région métropolitaine.

Alejandro Magallanes déborde de créativité et ses projets hétéroclites aussi différents les uns des autres réussissent à avoir chacun leur personnalité unique et vibrante. Très inspirant.

Le collectif russe (Igor Gurovich, Anna Naumova et Eric Belooussov) offre quant à lui des pièces aux contrastes plus tranchants. Ma seule tristesste était de ne pas comprendre le Russe (alors que l'Espagnol ça va) et de ne pas être capable de déchifrer les multiples messages contenus dans les affiches (et que les petite plaquettes explicatives n'arrivent jamais à communiquer aussi efficacement).

À voir absolument mais faites vite, l'expo se termine le 16 avril 2006.

Centre de Design de l'UQAM
1440, rue Sanguinet, Métro Berri UQAM
514.987.3395

http://www.centrededesign.uqam.ca/

jeudi, avril 06, 2006

Paradoxe de l'hypersexualisation

La semaine dernière, la chaîne américaine WB lançait une nouvelle télésérie "The Bedford Diaries" qui suit le parcours de six étudiants universitaires inscrits à un séminaire de Human Behavior and Sexuality. Il va s'en dire que le propos de l'émission a créé un tolé chez nos voisins du Sud qui ont le chic d'afficher cet air de puritanisme coincé tout en étant les meneurs de l'hypersexualisation.

Ce que la plupart des détraqueurs ne semblent pas avoir compris c'est que malgré son propos ouvertement sexuel, le fond de l'émission fait plutôt la promotion de la responsabilisation des jeunes dans leurs expériences de la sexualité, comme en témoigne l'extrait ci-dessous qui provient du coda du premier épisode:

«What would I change about by sexual past? I'd change my own head… Admit that I’m angry, that I’m wounded that my heart was broken…Seems like we are so busy hooking up, sexually networking, making connections. Does sex even mean anything anymore. I guess I thought if I didn’t take sex seriously I can somehow avoid being affecting by it. If sex doesn’t have anything to do with intimacy and I don’t feel anything somehow I’ll be stronger. But that’s not true. Opening yourself up, even if it’s means your heart and soul are crushed that’s what makes you stronger. That’s what gives you the power to move on, put the past behind you, to get out there and get your heart stomped all over again. » voir le pilot

On est très loin d'un appel au dévergondage. Le discours de banalisation du sexe semble à ce point faire partie de notre façon de vivre qu'il est rafraîchissant d'entendre des points de vue contraires. Comprenez-moi bien, je ne suis pas en train de promouvoir l’abstinence jusqu’au mariage (il faut croire au mariage pour ça ;o) c’est simplement qu’il m’est arrivé de remettre plus d’une fois en question l’idée du sexe for sex sake.

J’ai adoré Sex and the City et je suis tout en fait en faveur de la libération des mœurs qui a accru la permissivité sexuelle des femmes. Mais j’en suis à me demander si on y a vraiment gagné au change. Combien d’histoires tristes j’ai entendues, de filles qui se servaient du sexe pour se faire valoir, pour se donner l’impression d’être aimé pour bien trop souvent atteindre le résultat contraire. L’hypersexualisation des femmes nous donne un pouvoir qui semble malheureusement se retourner contre nous.

Je lisais dernièrement dans le GQ British que les hommes (du moins ceux-là) préféraient les tenues féminines qui n’en dévoilaient pas trop. Il y a plusieurs moyens d’être heureuse et sexuellement épanouie sans avoir à être transformé en objet sexuel et je crois que tout l’art de la féminité réside dans la capacité qu’a chaque femme d’être belle et bien à sa façon.

mercredi, avril 05, 2006

Sociolinguistique Darwinienne

Dans le cadre d'un cours d'Evolutionary Anthropology, Pr. Costopoulos nous résumait un jour la quête existentielle des hommes et des femmes en ces mots: "les femmes sont en quête de ressources et les hommes, de prestige". Il n'est donc par étonnant de constater que d'après Pr. Thibault, les femmes sont plus sensibles que les hommes aux enjeux de l'ascension sociale et par le fait même, plus sujette à modifier leur façon de parler (accent, choix de mots, registre de langue).

La logique purement biologique derrière cette façon de penser c'est que les femmes ont besoin du plus de ressources possibles pour assurer la meilleure survie possible à leurs descendants et donc la transmission de leur patrimoine génétique pour la postérité. Dans le monde qui est le nôtre, l'accès aux ressource va plus souvent qu'autrement de pair avec la classe sociale et c'est notre façon de parler qui en est le meilleur indice. Les femmes ont donc davantage tendance que les hommes à modifier leur façon de parler en fonction du milieu social auquel elles aspirent.

Présentée de cette façon, la situation semble renvoyer une image purement calculatrice et socialement ambitieuse de femmes, ce qui n'est pas tout à fait le cas. Au même titre que les jeunes ayant grandit sur l'île de Martha's Vineyard optaient inconsciemment pour une façon de parler se reprochant de l'accent du continent (Boston) tandis que ceux qui comptaient rester sur l'île s'en tenaient au dialecte locale (Labov), les femmes qui aspirent à une ascension sociale modifient leur façon de parler sans s'en rendre compte.

On a peut-être l'impression de vivre dans une société où tout le monde part avec des chances égales de réussite mais observez bien autour de vous. Les gens qui ont des accents plus marqués sont-ils ceux qui occupent les postes les plus importants? On dit que les accents les plus valorisés sont ceux qui sont associés aux groupes sociaux qui détiennent le pouvoir tandis que tous les autres façons de parler sont plus ou moins dénigrées.

Loin de moi l'idée de vous rendre excessivement self conscious mais vous...comment parlez-vous?

mardi, avril 04, 2006

Insultes d'un autre univers...


Il faut sans doute avoir une certaine connaissance anthropo/archéo pour saisir la portée des insultes suivantes mais comme je les ai trouvé savoureuses, j'ai décidé de les partager.

La paléoanthropologue en tête de l'équipe d'anthropologues français ayant découvert Orrorin Tugenensis s'est fait traitée, insulte ultime, de "créationniste" par son homonyme américain, lui-même découvreur de l’Ardipithecus Ramidus. Quand on sait que ces chercheurs consacrent leur vie à la découverte de spécimens susceptibles d’être le chaînon manquant selon une perspective évolutionniste convenue, on peut comprendre ou le bât blesse.

La deuxième, insulte suprême? « Ton spécimen se situe sur une lignée éteinte ».

Comme leurs résultats contradictoires sous-entendent effectivement des lignées distinctes et qu’une seule même jusqu’à nous…ça promet d’être laid!

Tout ça pour dire qu’il peut être fascinant de découvrir les insultes de domaines avec lesquels on n’est pas nécessairement familiers, c’est toujours tellement plus original…Maintenant, quand mes amis déconnent un peu trop, je les traite de créationnistes!

Petite explication de la photo pour conclure. Quand les paléoanthropologues découvrent un nouveau spécimen, il propose une reconstruction (petit dessin souvent romantique). Dans le cas présent, les chercheurs travaillant sur l'Ardipithecus Ramidus veulent à ce point garder leur découverte secrète qu'ils l'ont bien discrètement représenté dans le bas du coin droit de la reproduction. Lol!

Ne vous laissez pas berner par le créationniste rebrandé "intelligent design" et fort populaire chez nos voisins du Sud.



S'attendre au meilleur ou au pire?

Au même titre qu'on peut voir un verre à moitié plein ou à moitié vide, j'en viens à me demander s'il vaut mieux s'attendre au meilleur ou au pire.

Vaut-il mieux être heureusement surpris ou tristement déçu?

Est-ce qu'une attente optimiste suivi d'une conclusion décevante vaut mieux qu'une attente sans enthousiasme accompagnée d'une fin plus heureuse?

En français du Québec, on commence souvent nos phrases par "au pire...on fera ça comme ça" et en espagnol, ils disent plutôt quelque chose comme "a lo mejor" (qui je traduirais ici par, dans le meilleur des cas). Est-ce que ça veut dire qu'on a ici davantage tendance à s'attendre au pire?

En linguistique, il y a deux visions opposées quant aux différences linguistiques. La première voit chaque langue comme un univers en soi, avec une façon de pensée, des croyances, des visions du monde qui lui sont propres. La seconde voit plutôt les différences comme des variations superficielles qui masquent une structure commune à toute les langues.

Je suis plutôt encline à me rallier à la première vision aussi romantique (Humboldt) soit-elle. Je me suis si souvent retrouvée dans des situations où le mot que j’avais en tête n’avait pas son équivalent dans la langue dans laquelle j’étais en train de m’exprimer pour croire que tout peut spontanément être dit dans toutes les langues. Les traductions peuvent toujours rendre approximativement une réalité, ça c’est sûre. Mais comme je m’intéresse davantage à la substance, je me réjouis des différentes perspectives que m’offrent les quelques langues avec lesquelles j’ai été en contact. And I’m looking forward les autres que je croiserai sur mon parcours.

Snif!

lundi, avril 03, 2006

Préséance du prototype BAMBI et impressions qui en découlent

Vous me voyez un peu surprise de n’aborder qu’aujourd’hui le sujet de l’expertise époustouflante de Pr. Rousseau. Il s’agit d’un de mes prof d’anthropo de McGill qui aura certainement eu un impact très important sur ma vie pour tout un tas de raisons qui pourraient bien se résumer à son impressionnante rigueur intellectuelle. Retenez donc ce nom car j’y ferai sans doute bien souvent référence dans le futur.

Alors, petite mise en situation :

Au cours d’un séminaire fort stimulant d’anthropologie cognitive, Pr. Rousseau partageait avec nous son expérience sur le terrain dans une tribu « Kayan » de Bornéo et pour illustrer un quelconque principe taxonomique, il donnait l’exemple des différentes espèces de « cerf » qui vivaient sur l’île, dont une ayant la taille d’un chat. Étant, lui-même un fin palais, Pr. Rousseau s’empressa d’ailleurs de préciser que cette petite espèce de cerf était absolument délicieuse!

Horreur!

Regards horrifiés et petits cris des filles présentes autour de la table. Pr. Rousseau y est allé d’un petit rire joyeusement condescendant pour nous expliquer « qu’il s’agit d’une réaction normale, quasi anticipable, puisqu’en tant qu’enfant nord-américains notre prototype du cerf est l’inoffensif et ô combien mignon Bambi ». Vous savez le pauvre Bambi dont la mère est méchamment tuée par des chasseurs qu’on soupçonne même d’être braconniers. Le Bambi gai luron qui gambade dans la forêt en compagnie de Pan Pan et Fleur. Il n’est donc pas étonnant d’être frappé d’effroi lorsqu’on s’imagine la même petite bête, embrochée au-dessus d’un feu…aussi délicieux et délectable soit-elle.

J’ai tenté de comprendre pourquoi cette anecdote m’était revenue récemment et je me suis rendu compte que c’est le concept même du prototype qui me trotte dans la tête. Si j’ai un prototype de Bambi pour tout ce qui s’apparente à un cerf je peux logiquement conclure que j’ai un prototype donné pour pratiquement toutes les situations/objets possibles. Et si mon prototype du cerf me vient d’un film, il n’est pas farfelu de penser que la plupart de mes prototypes n’ont d’autres fondements que des fictions grappillées à tous les vents. Troublant! Et on se croit si congruent :o)

Encore plus troublant encore, le pouvoir qu’ont entre les mains ceux qui sont en position de proposer les prototypes. Les cinéastes, dans le cas de Bambi, mais de nos jours, on peut aussi inclure les publicitaires dans cette caste très puissante.

Je ne crois pas avoir jamais été une grande fan de Bambi, mais les réflexions qu’il semble m’inspirer récemment s’inscrivent parfaitement dans ma démarche de mémoire de maîtrise. Comme quoi, il vaut toujours mieux laisser la chance au faon.

dimanche, avril 02, 2006

Métaphore Coppernicienne sur l'effet de la foule et la conscience de soi

Je ne me souviens pas trop pourquoi je repensais à une certaine St-Jean-Baptiste et à un spectacle en plein air des Cowboys Fringants à Repentigny. C'est une de ces fois où l'on prend réellement conscience de la grandeur de la vie et de sa propre insignifiance. Je m'explique. Il devait y avoir environ 45 000 personnes au bas mot et peu importe où je tournais la tête, aucun, mais absolument aucun visage ne me disait quoi que ce soit. À passser une soirée complète à dévisager des centaines de personnes pour arriver sans cesse à la même conclusion, si je ne reconnais personne et que personne ne me connaît - reconnaît, dans une foule qui demeure relativement petite, imaginez la sensation que l'on éprouverait à être entouré d'une foule rassemblant l'humanité tout entière en ce dimanche soir, 21:34, heure avancée...Inimaginable. C'est une chose de concevoir que nous sommes des miliards d'humains sur cette terre mais c'en est une toute autre que d'en faire l'expérience. Dire qu'on passera notre vie entière en contact avec une fraction minime de cette humanité c'est dire à quel point notre existence est d'une certaine façon restreinte.

Dans une telle foule, on peut rapidement se sentir insignifiant, au sens propre du mot (et non par manque de confiance en soi). L'être humain a une capacité singulière à se percevoir comme le centre du monde, nous disposons chacun de notre petit univers, avec nos satellites que représentent les gens qui évoluent autour de nous. Nous avons nos cycles, nos éclipses, nos axes de rotation. D'être soudainement placé en contact avec une multitude d'univers parallèle au nôtre, nous fait prendre conscience qu'en aucun moment nous avons été le centre de quoi que ce soit. Nous ne faisons que passer nos vies en orbite les uns aux côtés des autres.