Pour un cours de sociologie, je devais lire ce livre* qui dépeint la réalité quotidienne de l’existence de familles de la classe ouvrière américaine (fin 1970). On a beau se dire que les choses ont sans doute changé depuis 30 ans, je suis persuadée que certaines de ses conclusions sont aujourd’hui tout aussi fondées.
Il y est question de jeunes filles de 17 ans qui tombent enceintes et qui n’ont plus qu’à se marier ensuite, de jeunes hommes pas beaucoup plus vieux qui ont l’impression de s’être fait piéger dans un coin, alors que les bébés ne se créent certainement pas en vase clos. Du manque d’éducation qui conduit à des emplois de col bleus pour des hommes, qui n’ont d’autre endroit que la maison pour exercer leur autorité sur des femmes qui doivent leur rendre des comptes pour la moindre dépense, s’assurer que le repas du soir est sur la table dès que ces messieurs rentrent et assumer toutes seules la charge domestique et familiale. Mais plus encore, Rubin y parle de la violence et de la pauvreté qui se mélangent en un cocktail explosif, qui mène même les plus courageux à parler des jours qui s’enchaînent, comme d’une bien pénible survivance. Derrière les factures impayées qui s’amoncèlent, la douleur des coups portés et l’amoncellement des bouteilles vides, les sujets de cet ethnographie arrivent à peine à formuler ne serait-ce qu’un souvenir d’enfance heureux…Mais cela ne les empêche pas de mettre au monde à leur tour, des ribambelles d’enfants qui continueront de mettre l’épaule à la roue dans un cadre qui, bien que peut-être un tout petit peu étincelant que celui de leur parents, n’en demeure pas moins peu reluisant.
Et tout cela est d’autant plus aberrant qu’on parle de l’Amérique, cette terre magique où tous les rêves sont permis et où les histoires d’Horatio Alger ont alimenté l’imaginaire de millions d’américains en mettant en scène l’acharnement, le courage, la détermination de jeunes hommes à la poursuite du rêve américain de richesse et de succès. On parle d’une Amérique où la notion de classe sociale n’a pas sa place. Fondée sur les principes d’égalité entre les hommes, la patrie de l’oncle Sam s’est toujours enorgueillie de ne faire aucune distinction (d’où le pourquoi tout le monde s’interpelle par le prénom) entre les hommes. Après ce que je viens de lire, je crie au déni. Un déni sans doute inconscient parce que salutaire. Qui souhaiterait vraiment que cette masse imposante de travailleurs dociles se rassemble et se révolte? Mis à part Karl Marx qui l’a longtemps souhaité sans que rien de tel ne se soit encore produit, je vois très peu d’individus disposés à éduquer la classe ouvrière. Et avant même d’en arriver là, j’en suis à me poser la question à savoir si en bout de ligne, cette classe ouvrière a vraiment le goût de prendre en main son sort.
* « Worlds of Pain, Life in the Working-class Family »
Lillian B. Rubin (1976)
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