jeudi, mars 30, 2006

Petite réflexion sur la survie de l'espèce


* Je n’ai pas d’enfants et suis encore loin de penser à en avoir, mais je me permets de m’exprimer sur a question. Quand on regarde cette photo, on peut avoir une idée de mes prédispositions *

Aujourd’hui, j’ai l’impression que les parents sont rendus les défenseurs aveugles de l’image qu’ils se projettent de leurs enfants qui, en réalité, sont bien souvent de toutes autres personnes. Des armés de parents plus furieux les uns que les autres montent aux barricades pour un oui, pour un non, poussés par une culpabilité plombé. À ne jamais être là pour ses enfants, on finit par oublier de les élever et comme ils sont nos enfants, on ne peut admettre qu’ils ne soient pas parfaits, malgré l’énormité des preuves qu’on reçoit chaque jour au visage. Déjà, cette situation de dissonance est en elle-même assez insupportable, alors quant à ça vient s’ajouter, la critique extérieur, c’est plus qu’il n’en faut pour faire sauter le bunker familiale. On aurait beau les avoir abreuvé d’injures et leur avoir précisément reproché tout ce qu’autrui leur reproche aussi, dès que le tir ne vient pas de notre camp, le vent tourne.

Du sergent tortionnaire on passe au chef d’état major défenseur de la veuve et de l’orphelin. Toutes les causes se valent pour autant qu’on soit là pour faire valoir l’innocence de nos « petits » innocents, leur vulnérabilité et leur ABSOLU droit de vivre comme ils l’entendent. Toute reproche faite à la chair de sa chair devient une reproche déguisée qui remet en question notre qualité de parents. Et à cette époque où toute le monde veut être parfait et où seules les comparaisons font tourner l’économie, il va de soir qu’on ne peut accepter sans broncher d’être remis qualitativement en question et ce, à quelque titre que cela soit.

Bien loin de moi l’idée de souhaiter un retour des anciennes méthodes, mais je ne suis pas sans reconnaître qu’elles avaient du bon. Quand à l’école les maîtresse étaient respectées comme les premières dames et que leurs élèves les vénéraient comme sont aujourd’hui adulés les vedettes du pop, la dynamique scolaire de même que l’ensemble du processus éducationnel avaient de bien plus solides bases. Quand aujourd’hui, un enfant de 10 ans, se permet de juger l’apparence physique de son professeur, de remettre en question son autorité, de lui tenir tête et voir même de s’en prendre physiquement à elle, on peut s’inquiéter à la perspective de bâtir une vie entière sur des fondations si chancelantes et parfois même pourries. Je ne crois pas que les maîtresses d’école aient tant changé, bien sûre, il y a eu les syndicats, les réformes et les nouvelles méthodes d’enseignement. L’eau a coulé sous les ponts, mais je ne crois pas que cette profession ait perdu sa noblesse. De vouloir éduquer les enfants des autres quand on voit à quel point ils ont eux-mêmes du mal à en venir à bout, c’est quasiment canonisable. Les parents par contre ont bien changé. Il y a 50 ans, mauvaises notes et mauvaises conduites étaient synonymes de punitions et de privations. Allez bien comprendre qu’en tant qu’étudiante en sciences sociales, j’ai bien conscience de l’aspect limitatif et peu constructif de la punition. Toutefois, ici ce n’est pas au contenu, mais plutôt à la forme qu’il faut s’intéresser Quand la loi de l’école étaient renforcée par la loi de la maison, il y avait bien moins de place pour les contrevenants. De nos jours, les règles de l’école sont sujets de plaisanteries à la maison alors ils ne faut pas s’étonner du nombre croissant de contrevenants qui n’ont aucune difficulté à se tailler une place entre l’autorité parentale et l’autorité scolaire, désormais aussi éloignées que les deux pôles.

J'ai toujours pensé un jour avoir des enfants, une fois la trentaine amorcée, je commencerai à y penser, mais dernièrement avec tout ce qu'on entend dans les médias, je commence à penser qu'avoir des enfants est la chose la plus difficile au monde. Le pire c'est la culpabilité et l'impression de ne jamais être à la hauteur...Aujourd'hui je me demande si je serai un jour prête à vivre ça.

D'un point de vue évolutif, quel futur attend une race qui alimente chaque jour un discours de plus en plus efficace dans sa capacité à décourager même les plus motivés à assurer la continuité de l'espèce?

lundi, mars 27, 2006

Où est la fanfare?

J'ai finalement reçu ma lettre officielle faisait état de mon acceptation tout aussi officielle au sein du programme de maîtrise en anthropologie. Bonheur, mais aussi petite déception. Où est la fanfare? Où sont les trompettes? Pourquoi ai-je l'impression que mon admission n'est qu'une vague procédure administrative?

Il y a bien une petite partie de moi qui se dit qu'on doit savoir avoir la force de souligner comme il se doit nos petites victoires personnelles sans attendre des autres ni célébration, ni grands discours...mais c'est plus fort que moi. J'aurais voulu une lettre plus personnalisée qui m'aurait donné la véritable impression que mon dossier avait été apprécié pour le travail qui y fut investi et pour la passion qui m'habite au point de me donner envie de continuer d'étudier au-delà des normes. J'aurais souhaité un 5 à 7 des nouvellement admis, un petit discours (à la Brébeuf, "vous êtes l'élite de demain!" - bon c'est vrai que ça fait un peu troisième Reich, mais vu la somme de travail à investir dans les études supérieures, je trouve que ça le vaut bien), une admission dans un club privilégié réservé aux étudiants des É.S. Mais rien de tout ça. Une petite lettre bien triste et toute banale m'est parvenue dans une enveloppe #10. Le ton est protocolaire et le propos semble avoir été 1000 fois répété à tout autant d’étudiants qui ont pourtant des parcours académiques et des visées bien différents.

À une époque où les compagnies privées se donne la peine de rejoindre leurs consommateurs de la manière la plus personnalisée possible, où les communicateurs savent ce que nous allons vouloir avant même que le désir n'atteignent notre conscience, comment se fait-il que le recrutement universitaire ne bénéficie d'aucune façon de toutes ces percées communicationnelles?

Je me prends à rêver d'une université humaine. Qui accueille ses étudiants à bras ouverts. Qui s'intéresse suffisamment à leur projet de recherche pour l'aborder précisément dans la lettre d'admission. Un parcours d'études supérieures basé sur la proximité, l'échange humain, la coopération et l'échange. Là où les lieux de discussions se multiplient et où les rouages administratifs perdent leur propension à ressembler à cette épreuve infernale des 12 travaux d’Astérix.

C’est un dossier à suivre…

jeudi, mars 23, 2006

La fin ratée de poussins dans l'oeuf

J’ai souvent, bien malgré moi, fait de la peine à des gens qui étaient très proches de moi. Pour avoir passé du temps avec eux, pour les avoir compris, pour les avoir aidé, pour avoir flirté avec la limite entre la camaraderie et l’ambiguïté, j’ai fini par les blesser. Plus que je ne les ai aidés en bout de ligne. J’ai tout fait pour qu’ils m’aiment (même si je n’avais pas vraiment conscience de l’aspect séduction de la chose) parce que je ne croyais pas que c’était si facile. Dès que leurs sentiments ont fait surface, les miens s’étaient déjà évaporés puisqu’ils n’avaient jamais étés autre chose qu’un mirage servant à piquer l’intérêt. En même temps, je me suis prise à mon propre jeu, allant jusqu’à me faire croire que je ressentais ce que je ne ressentais pas. Je me disais que je n’avais pas pu agir ainsi (parce qu’en bout de ligne, je voyais bien ce que ça donnait) si je ne ressentais rien pour eux, et je me lançais souvent dans une ébauche de relation qui finissait invariablement en queue de poisson. Certains ont même tenté plus d’une fois le coup, malgré ma propension girouette à revenir sur mes paroles et mes engagements. Cela les a laissés cyniques et amers et j’ai donc fait une pierre, deux coups (de poing) en blessant et perdant des êtres auxquels j’étais pourtant attachée.

lundi, mars 20, 2006

Arthur, the cutest, the sweetest dog


Sur un coup de tête, j'ai adopté Arthur il y a environ un an.

Il m'a accompagné dans les déménagements et un pèlerinage à Toronto.

Il m'a accueilli à mon retour tous les soirs. Au moins 356 courses folles à la rencontre des gens qui sortent de la voiture, au moins 712 bonds de joie pure, plus de 3 560 battements de queue enthousiastes...en quelques petits gestes tout simples, une quantité incommensurable d'amour inconditionnel.

Il s’est pelotonné contre mon flanc quand j’écoutais des films. Il a dormi sur mes genoux alors que je m’échinais sur mes travaux de fin de session. Il a dormi à mes pieds lorsque j’étais malade et que je gardais le lit. Il m’a accompagné en ski de fond et en raquette, s’est baigné dans la piscine et a joué comme un fou dans la neige.

C’est mon adorable teckel d’amour et je vais bientôt devoir le donner en adoption. Même si j’ai trouvé une famille d’accueil géniale, j’ai la gorge nouée à la simple pensée de m’en séparer. On ne se rend pas toujours compte à quel point on s’attache à ses petites bêtes, si simples et affectueuses.

C’est sans doute pas la dernière fois que je vais parler de mon super Arthur, parce que je l’aime énormément et que même s’il continuera bientôt sa vie ailleurs, je vais toujours avoir de merveilleux souvenirs de cette année qu’on a si intensément vécu ensemble.

Les petits plaisirs de la danse classique


Pour donner suite à une idée un peu folle, j'ai décidé de m'inscrire à des cours de ballet et question de se donner un peu plus confiance et de briser la glace, j'ai invité ma cousine à se joindre à moi.

À première vue, le Conservatoire de Danse de Montréal "fitait" parfaitement avec notre prototype de l'école de danse, troisième étage d’un vieil édifice en briques de type manufacture avec de grandes fenêtres à petits carreaux. On monte l’escalier et on entend la musique. Par la fenêtre, on voit des petites sautiller en suivant le rythme et tout de suite, on sent l’excitation monter. Ça va être chouette, y a aucun doute. On se change rapidement, malgré notre réticence à afficher bien peu subtilement notre noviciat par l’absence de l’attirail de la parfaite ballerine. Plutôt qu’un Léotard, des collants et des chaussons, on se pointe dans la classe avec nos habits de fortune (pantalons, t-shirt, petits bas), se promettant de remédier à la situation d’ici le premier cours. Il faut dire que ma cousine et moi, on se ressemble pour ce genre de choses, si on commence quelque chose, il faut être équipé de pied en cape pour l’occasion. Ce n’est aucunement rationnel, disons plutôt viscéral. Quoi qu’il en soit, on a déjà planifié notre visite prochaine à la boutique :o)

La classe nous a complètement charmées, avec ses deux murs fenêtrés, son parquet vieilli, son mur couvert de miroirs, ses barres et son plafond couvert de petites lattes peintes.

Bien que la moitié des participants n’étaient pas « débutants », donnant ainsi l’impression de s’emmerder en plus de nous faire passer pour encore plus débutant que nous l’étions vraiment, cette première expérience fut un vif succès. Malgré nos premières difficultés à compter les temps et à coordonner nos mouvements (il était question de musique qui ne fitait pas avec le tempo selon ma cousine :o) on a finit par suivre le rythme et y prendre un plaisir fou.

Les cours de ballet sont donc une histoire à suivre. Je me réjouis d’avoir finalement posé le geste pour transformer ce désir un peu fou en réalité. Peut-être qu’en continuant dans cette lancée, je prendrai, dans les années à venir des cours de peinture, de tricot, de broderie, de couture, de Russe, de Latin, de photographie...C’est important d’avoir des listes de projets. C’est prouvé que ceux qui font ce genre de listes de choses à accomplir au courant de leur existence finissent plus riches et plus heureux (ça c’est le plus important) que les autres.

vendredi, mars 17, 2006

Plus que de la détermination

N'ayant rien à faire cet après-midi après le brouhaha et l'excitation de mon admission (enfin!) à la maîtrise:o), j'ai écouté " Touching the void ", un film basé sur une histoire vécue par deux alpinistes qui se sont lancés dans l'ascension de la Siula Grande dans les Andes péruviennes en 1985. Lors de la descente, Joe se fracture le tibia (comprendre, son os de tibia lui pulvérise le genou et il sent ses os se frotter pour le reste du film, ayoye!) et le film raconte, à coups de témoignages narratifs post-aventures des deux vrais alpinistes et d'une reconstitution visuelle, leur périple jusqu'au camp de base, avec un focus sur Joe qui y parvient malgré sa fracture et l'hémorragie qui l'accompagne. Ça va de mal en pire, avec la déshydratation, la fatigue et le froid qui leur bouffe le visage et le bouts des doigts. En les regardant aller, je me rendais compte que j'aurais abandonné à mille et une occasions alors que Joe continuait. Chute de 25 m, atterrissage dans une crevasse, descente dans la crevasse à défaut d'en sortir par en haut, retour à la surface, rampage sur la neige, sauts et chutes sur les rochers à la base du rocher, folies passagères et moments de désespoir desquels il ne semble pas encore revenir aujourd'hui...De quoi alimenter les angoisses les plus glaçantes.

J’ai une espèce de fascination morbide pour ce genre de film. La glace, le froid, la nature déchaînée qui ne laisse de chance à personne et ce courage, cette force humain à l’état pur, qui refuse de se laisser ensevelir.

Le moment le plus mémorable survient à la fin, lorsque Simon entend Joe appelé son nom à quelques mètres du camp de base. Alors qu’il le croyait mort depuis 4 jours, il hésite avant de partir à la rencontre des cris. Ahuri, il le retrouve et le ramène dans la tente. Les premières paroles prononcées par Joe sont les suivants : « Tu as bien fait de couper la corde, j’aurais fait la même chose » et on voit Simon baisser la tête et sangloter.

L’humanité toute entière est présente dans cette scène.

Voici des petits liens pour voir le trailer et le making of.

jeudi, mars 16, 2006

Gaga des technologies


Assise en classe à l’université avant que mon cours commence, j’éteins mon cellulaire (pour ne pas qu’il me fasse honte en sonnant au milieu de la leçon devant les quelques 200 élèves réunis). Je me connecte ensuite en moins de deux sur le réseau wireless de McGill et accède à mes courriels, vérifiant par le fait même que personne ne m’a laissé de courriels dans ma boîte sur Hotmail, via une connexion rapide à MSN Messenger. Sur le chemin de l’école, je prends le temps d’immortaliser avec ma caméra numérique la fermeture prochaine du Caban (snif!) coin McGill College et Ste-Catherine. Dans le train j’écoute mon iPod ou regarde un bout du film Jeux d’enfants, question de me donner le sourire en ce matin nuageux. Sur mon ordi, ce merveilleux nouveau petit logiciel « Dashboard » me permet d’avoir accès en un simple clique, à la météo sur cinq jours, un dictionnaire, un thesaurus, un traducteur, une calculatrice, un calendrier, un convertisseur de devises (sans compter, les suivis boursiers, sportifs et les conditions de ski). Wow, je deviens vraiment accro des techno. Je me rend compte de l’ampleur de la dépendance quand survient une panne électrique qui m’empêche de me connecter à Internet durant plus de 2 heures en lignes, quand mon premier réflexe en revenant à la maison est de prendre mes courriels, quand je pense à ouvrir mon ordinateur avant de me faire un café, quand je me réjouis que les connexion wireless me permettent de chatter dans mon lit. J’adore les technologies, elles rendent ma vie plus facile et me réjouissent par leur simplicité et l’ampleur de leurs possibilités. Nuisent-elles quelque peu à ma vie sociale? Sans doute un peu, puisque je vis certains aspects de ma vie dans la virtualité la plus complète (mais pas les relations interpersonnelles, je n’en suis pas encore là et ne compte pas m’y rendre :o) mais en même temps, c’est tellement stimulant. Ça me donne l’impression de vivre pleinement mon époque. Je surfe la vague techno! Ya baby!

mercredi, mars 15, 2006

La beauté des technologies d'hier et de celles d'aujourd'hui


On faisait, il y a de cela un an, un anniversaire spécial pour ma mamie et j'ai mis la main sur des photos de son enfance. Ils sont incroyablement beaux, les portraits de cette époque. On dirait une petite poupée. Ils retouchaient les joues avec du rouge et les vêtements pour les faire resortir autrement qu'en noir et blanc (ou traitement sépia). Et avec la technologie d'aujourd'hui, on arrive à mettre ces vieilles photos en ligne pour que tout le monde puisse les apprécier. Splendide!

Voilà donc pour toi ma petite mamie, un second souffle pour ce superbe portrait de la fillette croquante que tu étais. Bisous

Les privilèges de mon enfance


En repensant à ce que j’ai écris précédemment sur mon enfance, j’ai eu envie de faire une liste, parce que dit comme ça, les privilèges sonnent comme des trucs qu’on encaisse alors que c’est tout à fait le contraire. Mon enfance c’est les forts construits dans la neige, les glissages en crazy-carpet sur la petite pente à côté de la maison, le patin sur la patinoire improvisée que mon père prenait le temps d’arroser à côté de la maison, les œufs à la coque servis dans un présentoir en forme de flamant rose, le macaroni au fromage de ma mère avec du Cheez Whiz, les visites chez ma grand-mère avec les beignes et les bonbons, les frissons de ma mamie, les cours d’équitation, les voyages à Cape Cod en écoutant Tracy Chapman, les émissions de Passe-partout, les livres de la Courte Échelle, les Martine, "Émilie a peur du noir", les BB, les voyages avec l’école, les après-midi passés à jouer dans la cave, les arrosoirs l’été, les fraises écrasées avec du sucre, les macintosh à l’automne, les concours de dessins, les collants qui sentaient les fruits, les films de Walt Disney, les dessins animés du samedi matin, les noëls où l’on fait des mise en scène de Père Noël pour les plus jeunes, mes petits cousins cousines, les fêtes d’amis, les « Où est Charli », les gommes Bazooka, les petits bonbons bleus qui donnaient le cancer, les dessins que ma mère accrochait dans la descente de cave, les amies qui restent à coucher, les week-end passés chez les tantes avec les cousins, les vêtements choisi par maman, le baptême de mon frère, le mariage de ma tante, les bas de Noël chez mon grand-père, les chocolats de Pâques de Bernard, les super cadeaux de ma marraine, les cassettes audio de Passe-Partout, INIMINIMAGIMO, le camp de jour du village, les rentrées scolaire, les vêtements neufs et le matériel scolaire, les professeurs du primaire, le temps des sucres, les berceuses de maman, les acrobaties avec papa, les bains avec ma sœur et mon frère, l’halloween et les déguisements faits expressément par maman, les soirées chinoises pour le bureau de papa, les party de famille, les sorties au glissades d’eau, Sesame Street, Calimero, Les Calinous,Ma Petite Pouliche, ma mini-cuisinière, les big wheels, les spectacles de lulu dans le noir, les casettes de bébé, "Le vilain petit canard", "Boucle d'or et les trois ours", "Nouga, nouga, nougatine, tu es une fée coquine" et la machine qui raconte des histoires avec les 4 boutons jaune, rouge, bleu, vert, les maisons Fisher Price, les Playmobil, les Barbie, ma poupée Martine et le lit de bébé que papa m'avait fabriqué et dont maman avait fait les couvertures pour aller dedans, les souliers en cuir patant, les maillots deux pièces attachés sur les côtés, les sandales en plastique, les couettes fontaine sur le dessus de la tête, les trajets en autobus, les petits muffins avec du glaçage dans les fêtes à l'école, les dépouillement d'arbres de noël du club optimiste, les week-end à la ferme, les ride de ski-doo avec Richard, le ménage du grenier du garage, le chatons "Trois petits minous ont perdu leur mitaines...", le camping, les guimauves, les histoires de peur, la marche en forêt…C’est fou comme ça fait du bien de se remémorer tout ça. On part d’un souvenir qui en appelle un autre et ainsi de suite. Je me plais souvent à tenter de remonter le fil de mes pensées pour voir comment j’ai pu en arriver à un certain point. J’en conclu souvent que mon esprit a des voies impénétrables, ça ne sera pas le premier.

L'importance d'avoir des parents fiers de soi

En regardant la 78e cérémonie des Oscars au début du mois, j'ai été interpellé par une partie du discours de Reese Whiterspoon (meilleure actrice pour Walk the Line) : « My mother and my father are here. And I just want to say thank you so much for everything, for being so proud of me. It didn't matter if I was making my bed or making a movie. They never hesitated to say how proud they were of me. And that means so very much to a child. So thank you.” (source: http://www.oscar.com/oscarnight/winners/bestactresscategory.html). Ça m’a fait sourire sur le coup et j’y ai souvent repensé dans les jours qui ont suivi. Le poids du regard parental…J’ai des parents géniaux qui m’ont toujours encouragé à découvrir le monde, à aller de l’avant et à m’épanouir. Ils m’ont fourni les outils – et ils continuent d’ailleurs – pour que j’aille au bout de mes capacités, ils ont été l’oreille qui m’a permis de faire le tour de mes états d’âme et de vivre mes propres expériences tout en sachant qu’il y aura toujours en ce monde, une présence solide, un amour inconditionnel vers lequel je pourrai toujours revenir. Et cela n’a aucun prix. Une belle enfance est la plus grande richesse, le reste de son existence en découle. Si j’ai un jour des enfants, je m’appliquerai à récréer l’environnement sécurisant et épanouissant de ma propre enfance parce que je suis aujourd’hui consciente de l’enfance privilégiée que j’ai eue.

LES ILLUSIONS D'HORATIO ALGER ou le réveil brutal du rêve américain

Pour un cours de sociologie, je devais lire ce livre* qui dépeint la réalité quotidienne de l’existence de familles de la classe ouvrière américaine (fin 1970). On a beau se dire que les choses ont sans doute changé depuis 30 ans, je suis persuadée que certaines de ses conclusions sont aujourd’hui tout aussi fondées.

Il y est question de jeunes filles de 17 ans qui tombent enceintes et qui n’ont plus qu’à se marier ensuite, de jeunes hommes pas beaucoup plus vieux qui ont l’impression de s’être fait piéger dans un coin, alors que les bébés ne se créent certainement pas en vase clos. Du manque d’éducation qui conduit à des emplois de col bleus pour des hommes, qui n’ont d’autre endroit que la maison pour exercer leur autorité sur des femmes qui doivent leur rendre des comptes pour la moindre dépense, s’assurer que le repas du soir est sur la table dès que ces messieurs rentrent et assumer toutes seules la charge domestique et familiale. Mais plus encore, Rubin y parle de la violence et de la pauvreté qui se mélangent en un cocktail explosif, qui mène même les plus courageux à parler des jours qui s’enchaînent, comme d’une bien pénible survivance. Derrière les factures impayées qui s’amoncèlent, la douleur des coups portés et l’amoncellement des bouteilles vides, les sujets de cet ethnographie arrivent à peine à formuler ne serait-ce qu’un souvenir d’enfance heureux…Mais cela ne les empêche pas de mettre au monde à leur tour, des ribambelles d’enfants qui continueront de mettre l’épaule à la roue dans un cadre qui, bien que peut-être un tout petit peu étincelant que celui de leur parents, n’en demeure pas moins peu reluisant.

Et tout cela est d’autant plus aberrant qu’on parle de l’Amérique, cette terre magique où tous les rêves sont permis et où les histoires d’Horatio Alger ont alimenté l’imaginaire de millions d’américains en mettant en scène l’acharnement, le courage, la détermination de jeunes hommes à la poursuite du rêve américain de richesse et de succès. On parle d’une Amérique où la notion de classe sociale n’a pas sa place. Fondée sur les principes d’égalité entre les hommes, la patrie de l’oncle Sam s’est toujours enorgueillie de ne faire aucune distinction (d’où le pourquoi tout le monde s’interpelle par le prénom) entre les hommes. Après ce que je viens de lire, je crie au déni. Un déni sans doute inconscient parce que salutaire. Qui souhaiterait vraiment que cette masse imposante de travailleurs dociles se rassemble et se révolte? Mis à part Karl Marx qui l’a longtemps souhaité sans que rien de tel ne se soit encore produit, je vois très peu d’individus disposés à éduquer la classe ouvrière. Et avant même d’en arriver là, j’en suis à me poser la question à savoir si en bout de ligne, cette classe ouvrière a vraiment le goût de prendre en main son sort.

* « Worlds of Pain, Life in the Working-class Family »
Lillian B. Rubin (1976)