lundi, octobre 09, 2006

Peuples sans histoire

Je me considère à la base comme déjà trop lucide et sous cet angle, je dois admettre que mes séminaires d'anthropologie ne font rien pour aider... Depuis le début de la session dans le cours de Pr. Lanoue, on parle d'états nations et de l'émergence d'histoires nationales qui ne sont rien d'autres qu'un mécanisme de contrôle.

Pourquoi l'histoire est-elle si importante? Pr. Lanoue posait la question et tout le monde semblait se rabattre sur son sens commun pour préciser que l'histoire avait fait de nous ce que nous sommes aujourd'hui, qu'elle était à la base de notre identité...et bla bla bla. Mais dans le fond, l'histoire de ma nation n'a absolument aucun impact sur mon quotidien.

L'histoire n'a aucun rôle apparent. Mais voilà que les gouvernements de par le monde investissent considérablement dans l'éducation pour que tous leurs citoyens de demain "maîtrisent" l'histoire nationale - et quelques fois internationale (mais là c'est beaucoup en demander : )...pourquoi?

L'histoire lie entre eux, des individus qui n'ont pas nécessairement autre chose en commun. En proposant un modèle "absolument" rationnel de l'histoire de la nation, l'état se saisit du contrôle du temps et justifie le statut quo... le fait que les choses sont aujourd'hui telles qu'elles sont.

Une histoire nationale, pour invalider les mémoires individuelles.

L'histoire est aussi basée sur l'oubli. Et même lorsque des faits historiques sont réfutés ou demystifiés (comme ce cher Dollar qui aurait bravement prévenu de l'arrivée des Iroquois, alors que la version originale voudrait qu'il ait tiré par mégarde et sans vraie motivation dans un baril de poudre à cause d'un état d'ivresse avancé), on continue de les considérer comme réels. Les autochtones s'insurgent contre notre version de la découverte de l'Amérique, avançant qu'ils y étaient bien avant nous...on leur ajouter deux, trois pages dans nos manuels d'histoire et basta...prochain appel?

Les questions et les tentatives de réponses qui émergent de ces séminaires ont un effet des plus bouleversants sur ma vision du monde. Tellement de choses que l'on prend pour acquis sont "debunkés", tellement de certitudes rassurantes s'écroulent et tant de justifications apaisantes foutent le camp, c'est déstabilisant, surtout lorsqu'en parallèle, la vie continue à suivre son cours normal.

Peut-on savoir et continuer à vivre comme si on ne savait pas?

À quand une photo par satellite de notre patrimoine génétique?

Je dis souvent à la blague que si je n'avais pas poursuivi mes études en anthropologie, je serais sans doute devenue épidémiologiste. Fascination pour les virus, les mutations, la propagation. D'un autre côté, je travaille en pub...champ métaphoriquement rapproché.

Quoi qu'il en soit c'est mon petit scientifo-freak qui s'est délecté de la dernière émission de Découverte sur l'épigénétique. Il y était question de l'influence de l'environnement sur les phénomènes épigénétiques - qui sont des genres d'interrupteurs - qui activent ou inhibent certains gènes dans le cas de maladies génétiques et qui sont parfois observables sur plusieurs générations de descendants.

Ils donnaient l'exemple d'une corrélation entre les épisodes de famines ayant touché les grands-parents et les décès liés au diabète des petits-enfants ou encore la corrélation entre la taille plus petite de l'enfant à naître d'une mère qui aurait subi la famine durant sa puberté, et qui aurait donc un canal obstétrique plus étroit. Un peu comme si la mère parvenait à transmettre de l'information à son foetus pour favoriser sa survie.

Des chercheurs américains ont exposé des souris enceintes à des pesticides et des fongicides pour constater une fréquence beaucoup plus élevée que chez le groupe témoin, de tumeurs et autres affectations, qu'elles ont toutes transmis (activation des interrupteurs) à plus de 85% à leurs descendants, qui les ont ensuite transmis à plus de 85% à leurs propres descendants, faisant de l'exposition de leur "arrière-grand-mère"à ces toxines, un facteur déterminant de la santé de plusieurs générations à venir.

Un des chercheurs a conclu magnifiquement le reportage en faisant allusion à ces premières photos de la planète terre à avoir été rendues publiques. De voir cette "petite" planète toute colorée et si fragile sur un fond d'une si infinie immensité, a grandement contribué à la conscientisation environnementale et les gens se sont non seulement mis à se considérer comme citoyens de la terre, mais ils ont entrepris des actions concrètes pour protéger les ressources des populations futures.

Peut-être qu'une fois que les gens verront l'impact des phénomènes épigénétiques, ils en arriveront à se considérer davantage comme les gardiens de leur génome pour les générations à venir...

jeudi, octobre 05, 2006

Se souvenir c'est bien, mais à deux c'est mieux!

Je me demandais pourquoi l'être humain a besoin d'évoquer des "insides". De préciser, par le biais de souvenirs partagés, des liens qui résistent au passage du temps.

Je suis tombée dernièrement sur 8 CD que j'avais gravés avant de partir en Grèce et de les ré-écouter m'a plongé dans un mood plutôt nostalgique. Je ré-entendais des pièces que je n'avais pas entendues depuis des lustres. Certaines d'entre elles étaient associées à des moments précis de ma vie, des tournois de volley, des poèmes analysés en classe, des voyages, des sorties et je me suis mise à radoter les petits bouts d'histoire de chacune à mon frère qui en avait absolument rien à faire...

J'avais un prof de littérature à McGill qui avait résumé l'existence humaine à sa plus simple expression: "tout ce que fait l'être humain a pour but de l'éloigner de la mort, de la nier, de la repousser..." Et une des façons les plus efficaces de résister au temps qui file - quoi qu'on y fasse - c'est de se replonger dans le passé.

Est-ce que le fait d'avoir un passé partagé est garant d'un meilleur futur?

Pourquoi collectionne-t-on les reliques d'époques révolues? Sont-elles autant de petits cailloux blancs que nous laissons derrière nous pour retrouver le chemin si on se perd en route?